Monsieur de Villepin, républicain
La question que devrait se poser aujourd’hui le Président de la République, après sa dénonciation de Dominique de Villepin qui prend maintenant des airs de calomnie et lui vaut ce camouflet, c’est : « Devrais-je m’accrocher au pouvoir jusqu’à l’horizon 2012, ou prendre le risque que la rue me signifie mon congé de façon plus musclée, quand la détérioration prévisible de la situation économique et sociale lui suggérera de s’en prendre à un pouvoir qui vient de perdre ce qui lui restait de crédibilité ? » .... Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit. La fin de tout respect pour celui devrait la guider, au moment précis où la France doit serrer les rangs pour faire face à la crise. On a déjà dit de la France qu’elle était veuve, aujourd’hui, elle est orpheline.
Le Président a fait une grave erreur. Il n’a pas compris que sa maîtrise de l’appareil de l’État ne lui servirait de rien, en cette affaire, puisque ce procès se ferait dans la rue et sous les regards d’une population qui, avec l’affaire Mitterrand, était au point de rupture dans le dégoût. Dégoût d’une petite élite qui fait bloc avec ses ministres prévaricateurs ou fiers habitués de lupanars juvéniles.
La justice vient de se prononcer, mais cette cause était déjà entendue. L’ambiance vulgaire de corruption, d’agiotage, de scandale de cette fin de république a déjà convaincu les Français de vouloir s’en laver par la DIGNITÉ, la CLASSE, et le STYLE. Dans ce contexte, avant même qu’un mot ne soit dit ou qu’un témoignage ne soit entendu, ce procès, était déjà gagné pour Villepin. il y avait délit de faciès contre Sarkozy.
La France avait déjà acquitté Villepin et condamné Sarkozy, parce que Villepin incarne ce que les Français voudraient être, alors que Sarkozy leur montre ce qu’ils ont bien bien peur d’être devenus : des vendeurs de frégates et de sous-marins par la corruption, des gens qui votent "non" par référendum, puis qui supportent qu’on leur fasse ensuite dire oui… Même jugé coupable, Villepin serait quand même apparu comme victime de la lettre de cachet d’un prince méprisé. Blanchi par le tribunal, évidemment, il triomphe…
Il triomphe et le Président, qui parfois s’énerve, voit qu’il a ainsi, par cette calomnie, mis le pied à l’étrier à celui qui, en l’absence d’une gauche crédible, apparaît désormais comme le plus intéressant de ses rivaux. Comment le Président pourrait-il encore commander le moindre respect ? Va-t-il s’accrocher au pouvoir, ou partir avec dignité et sauver peut-être sa dynastie ? Car un moment de dignité bien placé, avec le temps, peut faire oublier bien de erreurs…
Dans la crise actuelle, la solution idéale pour la France serait la démission de Sarkozy, des États Généraux et un gouvernement d’union nationale, représentant TOUTE la nation, de gauche à droite, en attendant une constituante pour une VIe république. Villepin serait le chef parfait pour ce gouvernement de transition….Cela dit, on peut toujours rêver, mais le plus probable reste que tout ne se règle qu’en 2012. Ce qui ne met pas Dominique de Villepin hors-jeu, au contraire.
Avec une Gauche sans leader et sans projet et une Droite qui déçoit, il semble logique que ce soit du Centre que vienne le candidat vedette qui raflera la mise en 2012. Mais quel Centre ? On peut penser Bayrou ou les Verts, mais tous les sondages semblent bien mettre le centre de gravité de l’opinion française plus à droite. Est-il inconcevable que l’UMP se scinde entre une faction amie du FN - qui tirera d’autant plus Sarkozy vers elle qu’elle fera des gains et que celui-ci perdra des amis au centre - et un “Mouvement Républicain” (MOREP) qui ne demande qu’à naître, puisqu’il collerait de près au centre-droit que semble vouloir les Français ?
Ce “Mouvement Républicain” serait une image miroir au Centre-droit du Modem au Centre-gauche, les deux pouvant éventuellement devenir les seuls partis de gouvernance, dans une structure bipolaire à l’américaine. Les deux quasi indiscernables dans leurs politiques, sinon dans leurs langages, comme leurs modèles américains, puisque, en l’absence d’un nouveau projet de société révolutionnaire dont on ne voit pas pointer l’aube, ce sont les événements et non les idéologies qui pour l’avenir prévisible imposeront la seule politique possible : l’opportunisme.
Pour ce Mouvement Républicain, Villepin serait le candidat idéal. D’une tout autre stature que Bayrou ou DCB. Centre-droit, si on veut, mais je ne lui vois aucune autre idéologie que le pragmatisme. Je crois qu’il voudrait donner aux Français ce que les Français veulent... Dans le scénario d’un statu quo social, bien sûr, mais la France veut-elle vraiment autre chose aujourd’hui qu’un prudent statu quo social ?
À moins que n’apparaisse à gauche ou a droite un “homme providentiel “ - ce qui n’est pas toujours une bonne nouvelle - je vois en 2012 une finale Villepin - Sarkozy avec le choix entre d’une part l’ordre à tout prix - avec une bonne dose d’autoritarisme clairement annoncée - et, autre part, la légitimité républicaine férocement défendue par un aristo… Ce qui n‘est pas sans précédents, ni en France, ni ailleurs.
http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/10/bayrou-meteores-et-jumen...
Pierre JC Allard
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