Mort cérébrale du capitalisme, mort cérébrale de la gauche !
C’est quoi le capitalisme ?
C’est quoi le banco-centralisme ?
Quelle différence entre les deux ?
Le capitalisme, c’est l’élargissement du capital investi par l’augmentation de la valeur réellement créée par le travail.
Intuitivement, même sans parler de plus-value, il est simple de comprendre que nous consommons des biens et des services en dépensant l’argent de notre salaire, c’est-à-dire la valeur que nous avons créée par notre travail.
Mais le prix de ces biens et services ne comprend pas seulement le prix du salaire de ceux qui les ont produits par leur travail. Il comprend également le coût d’amortissement des machines qui ont servi à leur fabrication, le coût d’amortissement des infrastructures nécessaires à la réalisation des services, le coût des matières et de l’énergie consommée, etc…
Pour simplifier ici, on résumera donc ce cycle comme étant celui de la reproduction du capital fixe. « Coût d’amortissement » signifie déjà assez clairement qu’il ne produit pas, par lui-même, de valeur ajouté, pas de plus-value réelle, donc.
Pourtant, intuitivement, on peut aussi comprendre qu’avec le développement de la production, son stock total augmente néanmoins constamment : l’économie ne produit pas seulement toujours plus de biens de consommations, mais aussi toujours plus de machines pour les produire, toujours plus d’infrastructures de services et autres.
Ce qui caractérise également le modernisme, ce n’est pas seulement l’augmentation de la production en quantité, mais aussi le progrès technologique : les nouvelles machines produites, plus perfectionnées à chaque génération, remplacent un nombre toujours plus grand de machines anciennes. Une machine nouvelle suffit pour effectuer la production de plusieurs anciennes, et nécessite donc moins de travail humain réellement productif, voire même, plus du tout, dans le cas d’une machine entièrement robotisée.
Et donc, avec le développement de l’économie, avec le développement de la production moderne, la part du coût d’amortissement du capital fixe devient de plus en plus importante, dans le prix des produits et services, en comparaison du prix des salaires.
Il se crée donc une disproportion entre le cycle de reproduction du capital fixe et le cycle de la valeur ajoutée par le travail, que l’on appelle aussi cycle du capital variable, par opposition.
Dans la période de pleine expansion du capitalisme, c’est donc une partie de la valeur ajoutée par le travail (la plus-value) qui est précisément « capitalisée » pour l’élargissement du capital, et donc en grande partie réinvestie, à la fois en capital fixe et en capital variable.
Avec le développement de l’économie, tel que l’on vient de le résumer, on comprend donc bien que la part réinvestie dans le capital fixe augmente donc constamment, en proportion. Or c’est donc précisément la partie « morte » du capital, celle qui ne produit pas, par elle-même, de valeur ajoutée. Tandis que la part de valeur ajoutée par le travail humain productif décroit constamment, en proportion.
Il y a donc nécessairement un moment du développement ou le cycle du capital variable devient insuffisant, tant en termes de valeur ajoutée que de plus-value proprement dite, pour assurer l’élargissement du capital fixe, et même, son simple cycle de reproduction.
C’est précisément là le point de basculement du capitalisme vers le banco-centralisme.
Comment cela se manifeste-t-il dans le cycle de l’économie mondiale ?
Tout d’abord, il est évident que le développement économique n’est pas uniforme selon les pays et régions du globe. Et donc, ce phénomène se manifeste d’abord dans les économies les plus développées, et surtout, les plus avancées, technologiquement.
Et même dans les économies les plus avancées, il y a manifestement des inégalités de développement, selon les secteurs d’activité.
De sorte que déterminer exactement le jour et l’heure où le monde a basculé dans le banco-centralisme n’a pas grand sens, de même que pour les historiens sérieux, le basculement du mode de production esclavagiste au mode féodal, en tant que mode de production dominant, s’est donc effectué dans le courant du IXe siècle, et possiblement, au début, sous Charlemagne, mais sans qu’il soit possible ni même, réellement utile, de préciser davantage. Les deux modes de production ont continué de coexister encore dans les siècles suivants.
En effet, c’est une des loi de l’évolution que les formes anciennes restent potentiellement contenues dans les nouvelles, même si parfois seulement à l’état de traces résiduelles.
En ce qui concerne l’esclavage, c’est malheureusement plus que des traces, comme on vient encore récemment de le voir, à propos des enfants de Côte d’Ivoire, un des fleurons de la Françafrique, toujours « chaperonné », peu ou prou, par notre « belle démocratie » à la française !(*)
A l’échelle mondiale, cependant, le signe le plus tangible du basculement est celui de l’augmentation de la dette globale, tant privée que publique.
Bien évidemment, cette augmentation a pris un tour spectaculaire avec la présente crise dite « sanitaire », mais cette présentation des faits est néanmoins un moyen « médiatique » pour dissimuler le fait que la dette mondiale venait déjà précisément de battre des records absolus à la veille même de cette nouvelle « crise » ! Globalement, la dette mondiale n’a cessé de croître, depuis plusieurs décennies, déjà.
Tout aussi évidemment, dette et capitalisme ont toujours coexisté, à des degrés et dans des proportions diverses, et la dette n’est pas, en soi, un signe caractéristique de la fin du mode de production capitaliste, ni même, de ses possibilités d’expansion.
Pour le capitaliste « en expansion », un endettement approprié doit être le signe d’un investissement judicieux et d’un calcul avisé sur un élargissement futur de la valeur de la production créée par son entreprise. Le problème peut donc, dans une certaine mesure, mais fréquente en pratique, intervenir en quelque sorte « à son insu », dans la mesure où confronté à la réduction de ses marges il les « élargit » néanmoins au-delà de la valeur travail réellement ajoutée par ses salariés, tant que le marché le lui permet, en termes d’écoulement et de rentabilisation de sa production.
Il peut donc ainsi continuer à « capitaliser » tout en remboursant une partie de sa dette et en la renouvelant si besoin, ce qui est généralement le cas, essentiellement du fait de ses besoins en renouvellement de son capital fixe, eut égard à la concurrence… !
Concrètement, la capacité d’endettement d’une entreprise dépend de son « ratio de solvabilité », notion que l’on ne développera pas ici, mais qui se trouve être essentiellement manipulable, à grande échelle, par le jeu de la spéculation sur les actions, et donc sur les « capitaux propres » des entreprises, qui en sont un élément essentiel, indépendamment de leur rentabilité réelle, comme le montre, notamment, et même, de façon spectaculaire, l’exemple de Tesla.
Mais le résultat global de cette situation est bien que la dette mondiale continue de croître plus que la valeur réellement produite par les entreprises.
Dans la période d’expansion du capitalisme le cycle de la dette et le cycle du capital peuvent varier l’un par rapport à l’autre, mais jamais durablement, et actuellement, depuis plusieurs décennies déjà, dans le sens ou la dette croît plus vite que l’expansion du capital lui-même.
Ce qui signifie clairement que l’expansion apparente du capital n’est plus qu’une fraction de la dette constamment renouvelée mais non remboursée, et qui augmente continuellement, signe évident que l’élargissement global du capital par la création de valeur-travail ajoutée est insuffisant pour compenser la reproduction et l’élargissement du cycle du capital fixe.
La différence est donc en permanence comblée par la création monétaire émise par les banques centrales, selon une multitude de nouveaux mécanismes, essentiellement depuis déjà la crise de 2007-2008, et qui se sont encore multipliés et complexifiés avec la présente crise « sanitaire ».
On ne rentrera pas, ici, dans le détail de tous ces mécanismes, mais il est clair que pour une compensation efficace du déficit de valeur-travail réelle par rapport au cycle du capital fixe, une grande partie de cette création monétaire se fait nécessairement « ex nihilo », en accroissement, actuellement également spectaculaire, du bilan des Banques Centrales.
Dans la mesure où l’analyse montre que déjà, sans l’intervention massive des Banques Centrales, le système de domination de classe n’aurait pas survécu aux conséquences de la crise de 2007-2008, toujours non résorbées à ce jour, et aux quelles viennent de s’ajouter celles de la crise « sanitaire » de 2020-2021, il est donc évident que même si le capitalisme survit, formellement, par ce moyen, le basculement fondamental vers le banco-centralisme est déjà, pour l’essentiel, opéré.
A travers toutes les mesures de restrictions, de répression et de restructurations économiques actuelles, le nouvel ordre mondial banco-centraliste ne fait donc que continuer à se mettre en place dans tous les domaines d’activité et de vie courante, et se renforcer, un peu plus, chaque jour qui passe.
Et donc sauter sur les ballons de la CGT, que ce soit en proférant des insultes en dessous de la ceinture ou même en criant « A ! A ! A ! Anticapitaliste ! », cela ne fait pas plus de sens que le combat de cette même CGT pour une répartition « équitable » du capital ainsi produit, au final, en termes de perspectives politiques. Les deux démarches constituant deux aspects de la même impasse, celle produite par la mort cérébrale de la gauche, incapable de remettre en cause son idéologie formellement déjà archaïque, mais révisionniste, en fait, en regard des fondamentaux du Marxisme-Léninisme, si l’on veut bien les confronter réellement à la réalité du monde actuel, et non pas se contenter de la caricature qu’en ont déjà fait les révisionnistes et les gauchistes des générations passées.
Quant à la mort cérébrale du capitalisme, on vient d’en résumer le principe, et pour ceux qui veulent bien étudier réellement l’économie actuelle, post-2008 et encore plus, post-« covid », il est clair que la duplicité des principaux acteurs n’est qu’à l’égard des dupes qui veulent bien l’être, et outre la classe politique, seule une minorité de capitalistes se fait encore des illusions sur la capacité du système à « renouer » avec les processus de valorisation du type « trente glorieuses » ou post-CNR, qui font surtout, et tout à fait au détriment des luttes sociales et politiques nécessaires, « rêver la gauche ». Un cauchemar, sur le terrain, actuellement, pour le prolétariat.
Luniterre
(* Et pendant ce temps là, les enfants travaillent… http://mai68.org/spip2/spip.php?article8701 )
SOURCE :
Mort cérébrale du capitalisme, mort cérébrale de la gauche !
POUR ALLER PLUS LOIN :
“Le Crime du Garagiste” – Le Casse Banco-centraliste !
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-crime-du-garagiste-le-casse-231389
http://mai68.org/spip2/spip.php?article8195
http://mai68.org/spip2/spip.php?article7752
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/merveilleux-monde-d-apres-un-225066
http://mai68.org/spip2/spip.php?article6329
Covid-19 et crise économique : un lien de cause à effet, …ou pas ???!
https://storage.canalblog.com/05/30/1716556/129066600.pdf
« Vous avez aimé la première vague et le confinement… ?
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/vous-avez-aime-la-premiere-vague-227828
http://mai68.org/spip2/spip.php?article7055
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