National-Socialisme ou Totalitarisme 2.0 ?
NATIONAL-SOCIALISME OU TOTALITARISME 2.0 ?
Jacques-Robert SIMON
Lorsqu’une société est ébranlée, elle se tourne vers un sauveur, un messie, un Duce qui peut, pense-t-on, assurer sa survie. Le Krach boursier de Wall Street frappa une Allemagne déjà ruinée par la guerre. Un gouvernement sans majorité s’efface, un homme providentiel est nommé chancelier, une dernière consultation électorale libre lui donne 43,9% des suffrages contre 18,3% pour le parti Social-Démocrate et 12,3% pour le parti communiste. C’est suffisant pour qu’il puisse régner sans partage. En 1932, il y avait 6 millions de chômeurs en Allemagne, en 1939 aucun.
La crise due aux prêts hypothécaires faits à des ménages démunis qui se révéleront incapables de rembourser vient également des Etats-Unis en 2007. Les nations occidentales plus empêtrées dans les inégalités que dans le manque de richesses s’acheminèrent pas à pas vers la quête de sauveurs selon des méthodes presque identiques à celles déjà connues. Les élites tentèrent de convaincre le peuple qu’on allait vers le pire. Mais cette élite, qui profitait du système autant qu’elle le dénonçait, n’était guère convaincante vis-à-vis de gens qui exprimaient leur souffrance. Une nouvelle mouture du bien connu National-Socialisme se mettait en place. Mais une autre bien plus trendy submergeait déjà le monde.
Le totalitarisme est un système politique qui ne possède qu’un seul parti, une seule idéologie, une seule philosophie, une seule source de réel, qui n’admet aucune opposition organisée, et dans lequel l’État, ou tout autre clan dominant, confisque toutes les décisions de la société. Le nouveau totalitarisme ne revendique aucune idéologie et n’a que faire de l’État et des stratagèmes pour en prendre le contrôle : il se concentre sur la surveillance de tous, tout le temps, dans tous les domaines. La connaissance de l’intime permet de neutraliser les uns, favoriser les autres, créer des mouvements de foule ou les neutraliser. L’adhésion à un mode de pensée tombe sous le sens puisque aucun autre n’est possible, il s’agit du néo-libéralisme dont le slogan est « concurrence libre et non faussée ».
L’expression Web 2.0 a été proposée au début des années 2000 pour désigner une évolution d’Internet permettant à des utilisateurs peu férus en informatique d’utiliser de nombreuses fonctionnalités permettant une grande interactivité. Cette meilleure simplicité d’utilisation d’Internet fut possible grâce à une complexification considérable de la technique.
La connectique, le nombre et la nature des relations entre unités, est un facteur primordial pour déterminer la capacité de traitement de l’information, l’intelligence d’un réseau. Une (lointaine) analogie peut être faite avec le cerveau. Il est constitué d’un certain nombre de neurones (100 milliards chez l’Homme) reliés les uns aux autres par environ 10 000 synapses. Un neurone donné capte les signaux et délivre en aval un potentiel d’action sous forme binaire. L’informatique et les moyens actuels de communication permettent à chaque individu de devenir une sorte d’unité neuronale au sein d’un réseau Internet.
Facebook, fondé en 2004, est aujourd’hui le réseau social le plus populaire. Il compte 1,5 milliard d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde et 30 millions en France. Le nombre d’ « amis » moyen, la connectique, est de l’ordre de 300. Des cookies sont notamment utilisés pour stocker et recevoir des identifiants et d’autres informations à partir d’appareils comme des ordinateurs ou des téléphones. Les cookies permettent en particulier de « personnaliser » les pages que vous utilisez et d’adapter les publicités à votre endroit. En d’autres termes, Facebook, et d'autres sites du même ordre, peuvent connaître vos goûts, vos habitudes, vos pratiques intimes, vos opinions politiques, vos humeurs quelquefois mieux que vos proches.
Peut-on échapper au fichage électronique qui se produit inévitablement lorsqu’on utilise internet ?
Les villes s’équipent de plus en plus de caméras de vidéo-surveillance, à Paris par exemple il en existait plus de 1300 en 2015. Les images enregistrées peuvent être traitées afin de se livrer à la reconnaissance faciale : un programme d’ordinateur permet de reconnaitre automatiquement une personne à partir d'une image de son visage. Les caractéristiques telles que l'écartement des yeux, des arêtes du nez, des commissures des lèvres, la forme oreilles … sont analysées puis comparées à une base de données existante afin d'identifier un individu. En filmant également les boutiques devant lesquelles vous flânez, le temps que vous y consacrez, le nombre de fois que vous l’avez fait devant des devantures analogues, « on » saura tout de vous, de vos habitudes, de vos désirs, de vos répulsions.
Un autre moyen de vous traquer est fourni par la géolocalisation par satellite. Votre position sur la surface terrestre est déterminée avec une précision qui peut atteindre 1m si l’un de vos appareils est équipé d'une puce compatible avec les signaux satellitaires. Par croisement d’informations, on pourra dire avec certitude à quelle distance d’un militant gauchisant vous étiez lorsque celui-ci a acheté un périodique illustré formellement identifié comme potentiellement dangereux ou susceptible d’ébranler les cours de la bourse.
L’intime ne pourra pas se cacher dans la multitude. Des algorithmes permettant la fouille de grands volumes de données sont maintenant disponibles. Les géants d’Internet (Yahoo, Google, Facebook …), ont été les premiers à déployer des techniques permettant de trouver un élément donné enfoui dans un volume d’informations vertigineux. Il est ainsi possible de trouver par voie informatique une aiguille dans une botte de foin.
En 2015, Facebook a engrangé 15,4 milliards d’euros de revenus publicitaires en vendant aux annonceurs non plus des espaces mais des audiences. La diffusion des campagnes se fait à une très large échelle et elle est également ciblée grâce aux vastes bases de données personnelles sur les usagers accumulées grâce aux connexions à partir du site. La mission que se donne les dirigeants de Facebook est de faire en sorte que le monde soit plus connecté et plus ouvert, mais le résultat corrélé sera qu’il sera également plus étroitement surveillé. Facebook a créé un « advisory board » regroupant ses principaux annonceurs pour la France : Havas Media, La Redoute, Coca –Cola, AXA, Chanel … Ainsi le monde des réseaux sociaux rejoint intimement celui du big business.
Si les progrès en Physique, Chimie, Biologie semblent marquer le pas, il n’en est pas de même en technologie et en informatique. La progression fulgurante des possibilités offertes par les téléphones portables en est la preuve. Le monde futur sera encore plus « connecté » qu’il ne l’est aujourd’hui. Tous les aspects de la vie d’un individu seront accessibles aux forces de justice, aux employeurs mais aussi aux voisins. Une uniformisation des cultures sociales et politiques est inévitable (et peut-être souhaitable). Une classe sociale de nantis détiendra tous les pouvoirs économiques indépendamment de tout caractère démocratique. Des réseaux mettant en avant droits et libertés peuvent se créer au sein des mêmes structures et certains s’y emploient avec talent, mais le défi à relever est immense pour contrebalancer les immenses empires du net déjà en place.
Est-ce une forme de totalitarisme qui prend place que l’on annoncerait tout au contraire comme une libération ? Nous avons vu que les réseaux sociaux présentent une certaine analogie avec un cerveau fait de neurones. Certains réseaux de neurones ont le rôle d'exciter et de déclencher une fonction, alors que d'autres vont au contraire l'inhiber. Lorsque l’un n’équilibre pas l’autre une crise d’épilepsie peut se produire et des convulsions plus ou moins spectaculaires peuvent être observées. L’équivalent de l’épilepsie pour les réseaux sociaux c’est le totalitarisme, il y a peu de possibilités que l’on y échappe.
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