Nuit Debout avant de se coucher ?
Comment ne pas remarquer l'intérêt des médias mainstream pour le mouvement citoyen "Nuit Debout". La question de l'anguille sous roche n'est pas complètement idiote. D'ailleurs que serait devenu ce joyeux attroupement de refaiseurs de monde sans la sponsorisation de la presse nationale et locale. Vous savez ce que valent aux yeux de nombreux citoyens, tous ces "journaleux" constamment suspectés d'activer un quatrième pouvoir, mais finalement à la botte des élites dominantes ou d'une idéologie. La vérité oblige à dire que toutes les analyses des professionnelles de l'information ne sont pas forcément favorables au mouvement. Mais généralement la critique n'est pas trop sévère, les médias sont plutôt dans l'observation. On jauge, on compte les jours et on surveille comme le lait sur le feu le moindre débordement. Dernièrement, "l'apéro chez Valls" avait fait sensation et les invités inopinés avaient été reçus par les CRS, en l'absence du Premier Ministre très occupé à défendre la liberté de la presse en Algérie.
Mais les actions violentes de quelques casseurs ont provoqué des réactions courroucées de certains élus de Paris. Des autorités très soucieuses de la tranquillité des riverains et inquiètes des dégradations causées aux commerces, aux distributeurs de billets des banques, aux abribus, panneaux publicitaires et autres mobiliers urbains. Une autre façon pour quelques révoltés de faire passer en force des "idées".
Point de vue d'observateurs politiques
Pour commencer, comment ne pas citer l'inusable Roland Cayrol. Selon le politologue habitué des plateaux télé, les partis politiques...
"sont largement des astres morts. Il n'y a plus de militantisme, mais des gens qui viennent remplir les écuries présidentielles ou chercher un point de chute électoral. On a une véritable dévitalisation des partis".
Mais on peut également écouter l'analyse acide du très libéral Eric Verhaeghe pour qui "Nuit Debout" sera peut-être le "crépuscule des idoles".
"Car le tour de force de la Nuit Debout est de babiller sans lassitude apparente sur le sexe des anges solidaires, de gauche, révolutionnaires, progressistes et autres adjectifs bisounours, dans un entre-soi ethnique et social très bien huilé. Ici, on est bien, on est tranquille, on est humaniste, mais on est d’abord blanc des quartiers centraux de Paris. On adore dénoncer la précarité et la discrimination, mais selon l’étiquette bobo en vigueur, qui accorde une place nulle aux « minorités visibles », manifestement peu intéressées par les sujets qui se traitent."
La parole aux militants
"Johanna Silva, militante de Nuit Debout qui travaille au journal Fakir de François Ruffin" remarque que les "journalistes en font quelque chose de plus gros que ça n'est pour le moment".
Quant à Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Logement, il semble un peu déçu par le plafonnement du mouvement malgré son remarquable "écho médiatique".
François Ruffin, sur les revendications des noctambules
"Cela me paraît assez flou pour l'instant... Des tas de revendications s'agrègent, sociales, écolos, anti-sécuritaires... Tout est parti du rejet de la loi El Khomri. C'est une opposition commune et solide mais aujourd'hui, on a le sentiment que c'est presque devenu un prétexte. Ce qui fédère les uns et les autres, c'est l'absence totale de perspective politique. Moi-même, je suis un déçu des partis politiques : en tant qu'ex-compagnon de route j'ai pris acte du suicide du Front de gauche. Quant aux autres formations de gauche, il suffit de voir ce qui se passe dans ma région, en Picardie : le FN est à 42 % et le PS et les Verts ne trouvent rien de mieux que de se diviser. J'ai compris qu'on était électoralement liquidé. Le changement ne passera plus par les urnes mais par un mouvement social de grande ampleur. C'est le pari presque pascalien que j'ai fait depuis la sortie de Merci Patron."
Pas certain que cette initiative de démocratie participative qui fleure bon le désir d'avenir de Ségolène Royal plaise beaucoup à son ex de l'Elysée. Toujours est-il que ce rassemblement qui n'a rien de spontané d'après Ruffin, pourrait monter rapidement ses limites. Le "principal risque" serait celui de "l'entre soi", car le public qui se retrouve sur l'agora est surtout "blanc et jeune". Où sont les couches sociales défavorisées et les milieux populaires regrette François Ruffin.
Cependant, grâce à la puissance de feu des médias, un mouvement qui n'existe que depuis quelques jours est connu par 71% des sondés d'Odoxa. 60% sont favorables, mais seulement 27% sont au courant des revendications de "Nuit Debout". En attendant l'épuisement du mouvement, comme 53% des sondés le pensent, c'est surtout la curiosité le sentiment qui domine dans un pays désabusé qui ne croit plus en rien.
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