Nuit debout : en être ou ne pas en être et comment ?
Tout a commencé le 31 mars 2016 à l'occasion de la manifestation contre le Projet de loi El Khomri dont les réformes sont exigées par la Commission européenne depuis 10 ans.
A la fin de cette manifestation, une rumeur s'est répandue : "Et si on ne rentrait pas à la maison ?!"
Depuis cette date, des citoyens se sont installés sur différentes places dans nos villes. Ces rassemblements visent à réinvestir l’espace public pour échanger et débattre.
Un seul mot d'ordre : « la convergence des luttes », de toutes les luttes de toutes les "France" : quartiers populaires, paysans, ruraux, populations des centres-villes...
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Emmanuel Todd et "Nuit debout"
Fakir : C’est un petit truc, Nuit debout…
Emmanuel Todd : Il ne faut pas dire ça. D’abord, c’est peut-être une petite chose mais au milieu de rien. Et ça, le fait que les médias s’intéressent à cette petite chose, c’est aussi un signe du grand vide. Les journalistes, qui certes appartiennent à des grands groupes, liés à l’argent, qui certes ne remettront jamais en cause ni l’euro ni l’Europe ni le libre-échange, mais qui sont des gens diplômés, pas toujours bêtes, ils sentent ce grand vide. Ils savent qu’ils donnent la parole à des hommes politiques méprisables, inexistants, tellement creux. Eh bien, ce qui se dit, ce qui se passe place de la République, et sur les places de province, parce qu’il faut regarder l’ouest de la France, Rennes, Nantes, Toulouse, la jeunesse des villes universitaires, ce qui se dit sur ces places, pour aussi farfelus que ce soit, ça vaut toujours mieux que ce grand vide. Et il ne s’agit pas seulement de remplir des pages, de vendre du papier…
Fakir : Ça remplit l’âme ? C’est l’indice d’une crise métaphysique ?
E.T. : Presque ! Et puis, pour aussi petit que ce soit, c’est peut-être un signe avant-coureur. Regardez Occupy Wall Street. Quelques mois après, je regardais les sondages qui paraissaient aux Etats-Unis, les jeunes devenaient favorables à l’Etat, à du protectionnisme. Et aujourd’hui, certes Bernie Sanders a perdu contre Hillary Clinton, mais il s’est revendiqué du « socialisme » aux Etats-Unis, et ses thèmes font maintenant partie de la campagne.
« Il y a là une ouverture pour se débarrasser du parti socialiste ! »
Fakir : Donc ça pourrait mener à un basculement ?
E.T. : C’est sans doute une étape dans la maturation des esprits. Déjà, si ça pouvait conduire à un engagement simple, chez les jeunes : « Plus jamais nous ne voterons PS ! » Je me porte beaucoup mieux, c’est une libération spirituelle, depuis que j’ai fait ce serment pour moi-même. Je rêverais de la mise à mort du PS. C’est peut-être ce que va nous apporter Hollande, il y a là une ouverture pour se débarrasser du parti socialiste. Et il existe désormais un boulevard à gauche.
La suite ICI
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Nuit Debout, comment ça marche ?
Nuit Debout - Démocratie en travaux par latelelibre
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La démocratie est-elle encore représentative ?
L'historien Pierre Rosanvallon, dit spécialiste des mutations de la démocratie, nous livre ses réflexions :
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Crise démocratique avez-vous dit ?
Donnez donc un travail, un logement et des salaires décents à tout le monde, de réelles perspectives pour chacun, et vous verrez, il n’y aura plus de crise démocratique ! Place de la République, les animateurs de « Nuit debout » choisiront alors de passer la nuit couchés, dans un lit bien douillet avant de dormir du sommeil du juste, contentés, sereins quant à leur avenir.
Crise de la démocratie ?
Pierre Rosanvallon, cette semaine, sur France Culture passe à côté de l’essentiel, incapable qu’il est d’identifier cette crise et d’en fournir une analyse pertinente, se contentant de parler de malaise mais sans pouvoir nous expliquer là où les « contre-pouvoirs » ont échoué dans leur mission, et plus important encore : quelle devait et devrait être cette mission. Rien de surprenant à cela : si sa bonne foi et sa bonne volonté ne sauraient être remises en cause, il n'en demeure pas moins que Rosanvallon est un social-démocrate, bourgeois de centre-ville à position dominante.
Car enfin...
Dans le contexte d’une mondialisation qui n’est qu’une guerre contre les Etats nations, la démocratie, l’Etat providence, les droits des salariés et la liberté d’expression – mondialisation encadrée ici en Europe par la Commission de Bruxelles avec la complicité du parlement de Strasbourg totalement sous influence des lobbies...
Avec la construction d’une Europe-instrument de cette mondialisation, c’est bel et bien contre un projet mondialiste liberticide et cruel qu'une vaste majorité de citoyens ne veut pas soutenir qu’aucun rapport de force ne peut être établi ; de plus, aucun recours ne peut être envisagé pour contrer ce projet puisque la quasi-totalité du corps politique et institutionnel (Matignon, Elysée, Assemblée nationale, Sénat, Conseil constitutionnel, Conseil d’Etat) ainsi que tous les médias dominants de masse ou non (de TF1 à BFM-TV en passant par France Culture et Public Sénat) et le CSA, sont entièrement dédiés à la mise en oeuvre de ce projet en nous martelant avec plus ou moins de régularité qu’il ne saurait y avoir d’alternative crédible.
Elle est donc là, et bien là, la crise dite démocratique ou bien encore « crise de la représentation » : dans l’incapacité d’opposer à ce projet un contre-projet, ou à défaut, d’empêcher son déploiement.
Apathie, désenchantement, retrait de la vie politique et citoyenne, dégoût, abstention massive, vote à l'extrême droite, pour cette alternative privée d'appuis institutionnel et politique, trop de citoyens comme autant d'électeurs potentiels, manquent à l'appel.
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Pour prolonger, cliquez : Il faut que le PS meure pour que la gauche renaisse
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