Overdose et lassitude
On retiendra du premier tour des législatives un taux de participation particulièrement faible. L’explication n’est pas à chercher bien loin. Il suffisait de scruter les mines des uns et des autres sur les plateaux de télé dans la soirée électorale. « To much ! » On a assez vu tout ce beau monde et enduré leurs chamailleries. A présent, on aspire à un peu plus de sérénité.

Et il ne pouvait en être autrement. La désillusion des électeurs de droite, dont le « champion », Nicolas Sarkozy (écarté), hystérisait le débat politique, s’est exprimée par un vote sans enthousiasme. A gauche, une certaine tradition est que le Président élu obtient des électeurs la majorité parlementaire pour pouvoir gouverner. Surtout, trop d’efforts ont déjà été dépensés.
Une droite démotivée et une gauche épuisée par des mois de campagne : ça produit de la lassitude.
Il faut bien admettre que ce spectacle (de lassitude) était tout à fait prévisible. Depuis plus d’un an, l’actualité en France est outrageusement dominée par la politique. On a été littéralement tenus en haleine aussi bien par l’activisme du Président battu que par les péripéties des primaires socialistes.
En posant comme seules conditions le paiement d’un euro et l’adhésion aux valeurs de gauche, le Parti Socialiste s’est adressée à un si large électorat que ses primaires ont inévitablement revêtu une dimension nationale. Les médias ont massivement été mis à contribution malgré les maugréements de la droite, privée de primaires puisque déjà dotée d’un « candidat naturel ». Des maugréements injustifiés si on pense à la surexposition médiatique de Nicolas Sarkozy depuis une décennie et son quinquennat qu’il a mené comme une période de campagne ininterrompue en vie de sa réélection.
Avant même les primaires, on peut remonter plus loin aux éditoriaux qui annonçaient un certain Dominique Strauss-Kahn comme futur locataire de l’Elysée. Des sondages et des pronostics favorables que la presse s’est employée à rabâcher sans se faire prier. Jusqu’à un après-midi de mai 2011 lorsque l’homme s’est sabordé tout seul au Sofitel de Manhattan. Cette affaire, elle aussi, ajouta son lot de « politique » à une actualité politique déjà chargée.
Finalement, le choix par l’électeur de François Hollande, dont la sobriété n’est un mystère pour personne, peut être interprété, entre autre, comme la recherche d’un environnement plus paisible. Un peu moins de tintamarre politique dans les médias. La même lecture vaudrait pour expliquer le faible score des deux autres « tribuns hystériques » qui se sont ridiculement pourchassés jusque dans les rues d’Hénin-Beaumont.
En tout cas, pour le Président élu, les législatives passent quasiment pour une formalité qui ne pouvait mobiliser que faiblement. La promesse d’une cohabitation formulée par l’UMP n’avait aucune chance de soulever les foules. Ce fut même un repoussoir, les Français gardant de très mauvais souvenirs des années de cohabitation.
Les jeux sont faits et aucun miracle n’est à attendre au soir du second tour. On se souviendra juste du climat de lassitude de l’électeur et de l’impression de perte de temps du côté du Président élu, obligé de « poiroter » plusieurs semaines durant pour disposer d’une majorité parlementaire qui lui est pourtant acquise.
La question de savoir s’il ne serait pas judicieux de grouper certains scrutins trouve tout son intérêt. Mais, ça, c’est un autre débat.
Boniface MUSAVULI
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