Pour une résistance numérique !
Il est encore difficile de savoir quand aura lieu l’effondrement de l’Euro : peut-être bien la semaine prochaine, peut-être pas… Mais ce qui est certain, c’est qu’il aura lieu. La Grèce fera défaut sur sa dette ; et si ce n’est pas la Grèce ça en sera un autre.
Les conséquences de cet effondrement seront terribles, mais ne soyons pas naïfs : la frénésie législative avec laquelle le gouvernement s’acharne à supprimer toutes les possibilités légale de contester est loin d’être fortuite. Quand l’effondrement se produira, nous serons à même de connaître le même destin que ces Grecs que nous n’avons pas voulu soutenir. Et quand nous voudrons manifester notre mécontentement, nous comprendrons alors à quoi les récentes lois étaient réellement destinées : protéger l’État contre le mécontentement populaire, et surveiller de près les opposants un peu trop virulents.
Mais tout cela nous le savons depuis longtemps. Et puis il est trop tard pour revenir en arrière. Il nous faut cesser d’espérer pouvoir encore empêcher le chaos qui vient. Il se rapproche.
Maintenant il nous faut intégrer ce fait et passer à une autre étape de mobilisation : la résistance. Et comme celle-ci passera inévitablement par internet, il s’agit ici de lancer un appel à la « Résistance numérique ». Comme la radio fût en même temps un moyen de propagande et de résistance, internet sera à la fois le média qui permet à la fois de tous nous surveiller et celui qui possède les capacités de lutter contre cette surveillance.
Dans tous les « fablabs » de France et d’ailleurs, sur les forums, partout où cela est possible, il faut que les développeurs conscients des dangers qu’un gouvernement autoritaire maîtrisant internet porte en lui, quasi invincible, se mettent dès à présent au travail : il nous faut des possibilités de communiquer sans risque d’être surveillés, dans le « software » comme pour le « hardware ». Il faudra aux résistants de demain une sorte d’internet « parallèle » qui fonctionne de manière à ce que lorsqu’un maillon de la chaîne tombe, les autres puissent continuer de se connecter au réseau. Une espèce de « contre-réseau » accessible avec un mobile, totalement sécurisé, avec un logiciel libre et inviolable, capable de « sauter » de mobile en mobile sans devoir passer par un opérateur. Il faudrait également une carte SIM « universelle », capable de se brancher anonymement sur n’importe quel antenne relai. Tout cela est-il si compliqué à mettre en place ? Ne suffit-il pas de pouvoir envoyer des ondes, et de les recevoir (je taquine, bien sûr) ?
J’ai déjà entendu ici ou là que de tels projets étaient dans les cartons, mais il ne s’agit pas d’en laisser l’usage à quelques hackers surdoués : il faut que tous ceux qui se sentent concernés par la défense de la vie privée (et au delà de la liberté de pensée, par dessus même la « simple » liberté d’expression) se mobilisent pour réunir en un même lieu -accessible à tous- toutes les techniques pour accéder dans un premier temps à une sorte « d’indépendance » matérielle et logicielle (avec des tutoriels pourquoi pas ?), ainsi qu’une sorte de « manuel de survie numérique » destiné à expliquer comment se connecter à un réseau sécurisé avec un vieux portable et une cuiller, ou se fabriquer une antenne relai à l’aide d’un balai et d’un parapluie. Il faut que des gens comme Jérémie Zimmermann de « La Quadrature du Net » , avec d’autres associations du même type, mettent en place un tel lieu, afin que tous les citoyens désireux de résister aient les moyens théoriques et techniques de le faire.
Il faudrait aussi être en capacité de lutter contre la surveillance des « boîtes noires » en désactivant les brouilleurs, ou mieux de pouvoir être en mesure d’espionner les espions. Que ne ferions-nous pas comme découvertes si ces « boîtes noires » étaient dissimulées dans les lieux de pouvoir et de décision ?
En attendant le Sénat votera bientôt la future loi sur le renseignement, et ce malgré toute les oppositions que l’on voudra bien leur servir. Il nous faut désormais du concret, et des outils simples, économiques, libres, pour pouvoir un jour être en mesure de rassembler nos forces contre les dictatures qui ne manqueront pas d’user de leur pouvoir pour nous asservir.
Nous aurons besoin, en matière numérique, de reprendre le pouvoir sur ceux qui contrôlent internet, car ceux qui le contrôlent peuvent diriger le monde : et au lieu d’utiliser les formidables potentialités du net pour éveiller les consciences à la démocratie directe et universelle, ils préfèreront toujours l’utiliser pour faire monter les cours de la bourse, tracer les employés ou dérégler des centrifugeuses nucléaires… paraît que c’est plus rentable !
Nous devons nous y mettre le plus vite possible, car le temps presse : quand la dictature sera installée, il sera extrêmement difficile de développer de tels outils, et quasiment impossible de les diffuser.
Nous sommes les responsables de ce qui viendra.
Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr
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