Pour voter Sarkozy c’est ici ?
C’était hier pendant la tenue d’un bureau vote. Un homme est entré, le pas assuré. Devant la table d’émargement des valeurs de gauche, me fixant du regard, le menton haut il a soudain déclaré : « Pour voter Sarkozy, c’est ici ? ». Il avait le sourire en coin, un rien provocateur, l’air assuré de son effet. Nous nous sommes regardés quelques fractions de seconde. Une sorte de duel idéologique. « Non, ici on vote pour le mettre dehors ! » lui ai-je alors répondu.

Je l’ai vu décontenancé. De part sa provocation, il devait peut-être s’attendre à autre chose. A un échange d’amabilité, un frottement de muscle « entre hommes », une virilité buccale, une tentative d’impulsion physique. Même pas. Ce provocateur, je l’ai tout de suite aimé. Oui, j’ai aimé cet individu. J’ai aimé son courage désespéré de venir provoquer celles et ceux qui veulent donner un autre nom au changement. C’était un kamikaze gentil du dimanche qui avait profité du marché pour venir nous faire un petit coucou. Il voulait probablement se faire un extra. Se faire un « rose ». Pas vraiment méchant.
Je lui ai souri avec la même douceur dans les yeux que ceux de la Joconde de Léonard de Vinci. Désemparé, il est reparti. Je crois même qu’il vociférait quelques noms d’oiseaux empruntés à un mauvais thriller. Insultes recueillis dans le grand livre d’or, best-off 2007/2012 du langage présidentiel à destination des racailles.
Dommage, il ruminait trop vite. Je n’ai pas compris le sens ni la portée philosophique de sa déclaration. Je n’ai qu’entendu les pneus de sa voiture qui repartaient, au loin. Peut-être allait-il vers un nouveau bureau de vote ? Peut-être était-il missionné pour effrayer le peuple de gauche en prônant la fin du monde en cas de victoire d’un socialiste.
De la main, les personnes qui attendaient dans la file, l’on salué, moi également. Cette marque d’affection était importante, je ne souhaitais pas qu’il se soit déplacé pour rien. Il a donc, par action militante, contribué au rayonnement de ce dimanche 16 octobre 2011. Je l’ai transformé en opposition constructive. J’en suis fier.
En rentrant le soir chez moi, la journée de ce dimanche historique a défilé devant mes yeux. Que de rencontres, que de sourires, que d’échanges avec les citoyennes et citoyens. Je me souviens de tous ces visages. Je me souviens de toutes ses personnes qui arboraient leur bulletin de vote comme contribution à l’œuvre collective. Je me souviens aussi de ses poignées de timides qui donnaient l’impression de voter pour la première fois pour un candidat socialiste.
Ma plus forte image, c’est eux. Eux qui s’étaient trompés… me disent-ils.
Mon duelliste de Droite ne le sait pas encore, mais il a contribué au changement en étant le représentant d’un système à bout de souffle. Il a frappé à la porte du changement, qu’il soit le bienvenu, la mutation est irréversible. Il changera lui-même, il ne peut en être autrement.
Nicolas GEORGES
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