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Power of ten : comment les neo-conservateurs et la fausse gauche ont pris la Grande-Bretagne en otage

Il y a quarante ans, la Grande-Bretagne pouvait être décrite comme une démocratie dynamique. Les partis politiques tenaient les promesses contenues dans leur nom : le Parti Conservateur croyait en la conservation des choses, un Parti Travailliste représentait les intérêts de la population qui travaille et un Parti Libéral était... libéral.

Nous avions une économie mixte, dans laquelle les intérêts de la majorité étaient mis au premier plan et une politique étrangère sensée était conduite : nous avions poursuivi la détente avec l'Union Soviétique et n'avions pas cherché à faire le tour du monde en essayant d'attiser les conflits. La seule "guerre" étrangère dans laquelle nous nous sommes impliqués dans ces jours, était la soi-disant "Cod War" (en référence à Cold War, mais Cod signifie "morrue" en anglais) avec l'Islande.

Aujourd'hui, c'est une histoire très différente. Nos partis politiques ont convergé autour de ce que l'auteur Tariq Ali a qualifié comme - l'extrême-centre -. La gamme de points de vue qui peuvent être exprimés librement en Grande-Bretagne sans conséquences néfastes pour leurs auteurs, se rétrécit de jour en jour.

Des écrivains véritablement de gauche qui étaient habitués aux plateaux de télévision et aux tribunes de journaux dans les années 70, sont aujourd'hui vus comme des dissidents et sont constamment l'objet d'attaques par d'odieux gardiens de la pensée.
 
"En politique comme dans le journalisme et dans les arts, il semble que la dissidence autrefois tolérée et intégrée dans le "courant dominant" (main stream) ait régressé au stade d'une "vraie" dissidence : une sorte d'univers underground", dit John Pilger.

Des écrivains vraiment conservateurs qui refusent les guerres sans fin et le capitalisme de copinage - ont également été marginalisés. Au lieu de cela, nous avons une politique du "commentariat" dominée par une béatitude mutuelle et par l'adoration de la clique du "mouvement néo-conservateur" accompagné de leurs alliés "faux-gauchistes", faisant tous les mêmes génuflexions adoratrices devant le Pentagone et devant un capitalisme de copinage tout en soutenant la même raison "humanitaire" des interventions "militaires" salvatrices. Nous l'avons vu, ce nouvel "establishement" de l'orthodoxie en pleine action dans la façon dont "l'Irak possédant des armes de destruction massive qui menaçait le monde" a été détruite et comment la propagande a été colportée matin et soir, jusqu'à l'invasion illégale de 2003, et nous le voyons aujourd'hui de nouveau dans la promotion d'une "menace russe" non-existante et de l'implacable diabolisation de Vladimir Poutine. En 1975, nous avions un état qui n'allait pas en guerre, mais qui finançait généreusement les bibliothèques publiques, aujourd'hui, de la bouche d'Andrew Murray, de la coalition "Arrêt de la Guerre", nous avons un état qui est assez grand pour une guerre, mais trop petit pour garder les bibliothèques publiques ouvertes.

Toute personne, qui ose sortir de la ligne directrice et qui conteste "l'extrême-centre", sera visée par les attaques en règle du "cosy club de l'élite" qui dicte les règles dans la Grande-Bretagne d'aujourd'hui. Les pressions sur la libre-pensée des journalistes et des politiciens pour se conformer à ce nouveau consensus "neo-cons uni à la fausse-gauche" sont énormes : une sorte de pernicieux nouveau Maccarthysme, pire que tout ce qui a eu lieu en Grande-Bretagne durant l'ancienne guerre froide. Un tweet ou une parole de travers, et vous aurez "l'extrême-centre" accompagné de sa "Police de la Pensée" à vos trousses, ceci dans les minutes qui suivent. Et ce harcèlement est effectué par des personnes qui prétendent être des "démocrates" et qui disent qu'elles sont opposées à la "censure" et au totalitarisme.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment notre pays se laisse-t-il prendre en charge par ces personnes, dont les vues des extrémistes pro-guerre ne reflètent certainement plus les vues de la majorité de l'opinion publique Britannique ?

Eh bien, voici 10 événements importants (par ordre chronologique) dans la prise de contrôle de la Grande-Bretagne par le mouvement néo-conservateur et leurs alliés de la fausse-gauche. Comme vous allez le voir, c'est dans les années 1980, que les dommages ont été les pires.

1. Le 16 mars 1976 : Harold Wilson annonce sa démission du poste de Premier Ministre et de chef de parti du Labour.

La démission de Wilson a été une catastrophe pour la gauche en Grande-Bretagne et pour la démocratie Britannique. Il était un adroit opérateur politique, (il a remporté quatre élections générales sur cinq), et s'il était resté en poste en qualité de Premier Ministre et de chef du Labour, il aurait probablement battu Margaret Thatcher (voir point 2) dans l'élection générale suivante. Le successeur de Wilson, James Callaghan, a fait quelques erreurs importantes qui ont conduit à une longue période d'hégémonie conservatrice et la disparition de la vieille gauche Britannique.

2. Le 4 mai 1979 : Margaret Thatcher devient Premier Ministre, à la suite de la victoire dans l'élection générale des Conservateurs.

Ceci a marqué la fin du consensus d'après-guerre et nous sommes passés à une nouvelle forme de politique - celle dans lequel les intérêts de l'élite sont devenus la chose la plus importante. Comme je l'ai indiqué ici, bien que Mme Thatcher ait quitté le pouvoir en 1990, son influence continue ; nous sommes tous encore entrain de vivre dans "l'Angleterre Thatchérienne". C'est révélateur, Thatcher elle-même dit que le New Labour avait été sa plus grande réalisation. Elle a détruit le socialisme, mais elle a aussi détruit la véritable conservatisme.
Rupert Murdoch, executive chairman of News Corporation (Reuters/Jason Reed)
Rupert Murdoch, un empire médiatique

3. Le 12 février 1981 : Le Times, le leader de l'establishment journalistique britannique est acheté par le magnat de la presse, Rupert Murdoch.

Le plus vieux journal de Grande-Bretagne, qui date de 1785, suivait une ligne éditoriale de droite modérée, voir du centre, mais avec Murdoch comme propriétaire, il s'est transformé en un organe enragé de propagande néo-con, jouant un rôle clef dans la diffusion des idées du parti de la guerre et de sa propagande, comme déjà souligné avant.

Au cours des dernières années, le papier a été au-delà de la parodie dans son implacable poussée de propagande neo-con, toujours accompagnée de la fausse-gauche, l'ordre du jour : battre les tambours de la guerre pour les armées occidentales, l'intervention contre l'Irak, la Libye et la Syrie. Il a été révélé en 2012 que Rupert Murdoch avait fait la rencontre de Margaret Thatcher, quelques semaines avant que le "Cabinet du Comité" n'ait examiné l'offre du magnat pour reprendre le Times et le Sunday Times.
 

"Le personnel de lobbying était critique sur le fait que le gouvernement avait le pouvoir de bloquer son acquisition par le renvoi de la candidature à la Commission des Monopoles et des Fusions... le refus ultérieur du gouvernement de bloquer le projet a de la sorte ouvert la voie à la création de ce qui est facilement devenu le plus grand journal en Grande-Bretagne". Alan Travis a écrit dans le Guardian.

4. Le 26 mars 1981 : de la formation du Parti Social-Démocrate (SDP).

Aujourd'hui, peu de gens se souviennent du soi-disant “Gang des Quatre” - un quatuor de politiciens de droite, du Labour, des politiciens qui ont rompu avec le Parti du Travailliste en 1981, pour former leur propre parti. Mais les dégâts qu'ils ont occasionnés à la cause anti-Thatcher ont été énormes en Grande-Bretagne. Le SDP a permis d'assurer la ré-élection de Thatcher en 1983. Oui, "ils ont cassé le moule" de la vie politique Britannique, mais pas dans le bon sens, vu qu'ils ont aidé à détruire "la cause sociale-démocrate" qu'ils prétendaient soutenir.

5. Le 3 mars 1985 : la défaite de la grève des mineurs.

Quel que soit son point de vue personnel - Arthur Scargill, chef du syndicat "National Union of Mineworkers" et la défaite des mineurs après une grève qui a duré un an - a sans doute eu des conséquences désastreuses, non seulement pour les mineurs eux-mêmes, mais pour la politique Britannique en général. Elle a représenté une victoire des forces du capital financier sur le travail organisé et signifiait que la restructuration néolibérale de l'économie Britannique, qui avait commencé en 1979, pourrait se dérouler à un rythme encore plus rapide (voir l'événement, 6). Si les mineurs avaient gagné leur bataille, la guerre en Irak, la privatisation des chemins de fer et le "New Labour", tout cela ne serait probablement jamais arrivé. Loin d'être une victoire pour la "démocratie", la défaite des mineurs a contribué à faire de la Grande-Bretagne un pays moins démocratique.

6. 1986 : Richard Ingrams, départ de l'éditeur en chef du magazine satirique "Private Eye".

Peter Cook, le comédien qui avait la propriété de Private Eye, était un vrai rebelle. Une fois, il a reçu un appel téléphonique l'invitant à un dîner avec le Prince Andrew, le fils de la Reine, et son épouse-en-devenir Sarah Ferguson, serait présente. "Oh, pardon, je vais voir mon agenda", répondit-il en ajoutant, "Oh mon cher, je viens de voir que je devais regarder la télévision ce soir là." Ingrams a été de même acabit - quelqu'un qui se décrit comme un "Conservateur Chrétien Anarchiste" et qui en n'avait vraiment rien à foutre. Mais depuis 1986, sous la direction de Ian Hislop, le premier magazine satirique est devenu de plus en plus pro-Establishment ; ses objectifs sont en général les mêmes que ceux des gens de "l'extrême-centre", ils n'aiment pas beaucoup les gens comme comme George Galloway (qui bizarrement à une émission sur... RT.com, NdT). Ce sont les pro-guerre "de gauche" et leurs alliés neo-cons que les satiristes devraient être entrain d'attaquer - pas de leurs adversaires -, mais dans la Grande-Bretagne d'aujourd'hui, être satiriste, c'est devenu : défendre le statu quo.

7. Le 26 octobre 1986. "Big Bang" - le gouvernement Thatcher passe la déréglementation des marchés financiers.

La suppression d'un contrôle sensible et sensé sur la City de Londres a inauguré l'ère de la turbo-mondialisation et signifiait que le pouvoir politique était transféré de la boîte de scrutin vers les nouvelles élites financières. Ses effets sur notre démocratie ont été désastreux. Une enquête récente a montré que près de la moitié des fonds du Parti Conservateur viennent des "hedge funds". Avant les réformes de Thatcher, la Grande-Bretagne était une démocratie ; après ce "Big Bang", elle est devenue un "bancocracie".

8. Le 28 janvier 1987 : La suppression d'Alisdair Milne en tant que Directeur Général de la BBC.

Seumas Milne, le fils de Alisdair, a écrit à ce sujet en profondeur. La BBC a dû commencer à suivre la ligne du "nouvel" establishement dans ses programmes politiques - et, pour l'avenir des cadres de la BBC, le renvoi de Milne était un avertissement de la part du gouvernement au sujet des lignes qui ne doivent pas être franchies. Quelques mois avant que Milne n'ait été poussé vers la sortie, un ancien du Times, le directeur général, Marmaduke Hussey, a été nommé Président de la BBC. Dans la nuit ou la tête de Milne fut "coupée", Maggie Brown se voyait assuré une mission chez le Premier Ministre Margaret Thatcher.

"Je lui ai demandé ce qu'elle pensait du départ de Milne. Elle semblait triomphante et livide.
"Parlez au président de la BBC", répondit-elle, avec un sourire heureux."

9. Le 21 juillet 1994. Tony Blair, l'élection au Parti Travailliste et la naissance du "New Labour".

Blair rend le Parti Travailliste acceptable pour le nouvel établissement - il va se débarrasser de la Clause IV, - l'engagement du parti dans la nationalisation de 1995 - et a été récompensé pour cela par le soutien de l'empire médiatique de Murdoch. Il a dirigé la Grande-Bretagne dans la série "des interventions militaires", toutes furent acclamées par les neo-cons et la fausse-gauche, qui se sont depuis enracinées dans la presse Britannique. Pendant ce temps, il a assuré qu'il n'y aurait pas de retour à la politique économique véritablement progressive de l'après-guerre, qui avait servi les intérêts de la majorité des gens si bien. Les chemins de fer sont restés privatisé et ont reçu plus de subventions des contribuables que dans les jours de British Rail, et le PFI (Private Finance Initiative) a été élargie. Le copinage des capitalistes et les brigades des "guerres sans fin" étaient ravis qu'en Grande-Bretagne, le Parti Travailliste ait ainsi été capturé.

10. Le 18 décembre 2007 : L'élection de Nick Clegg, de l'Orange Book faction, en tant que chef de file du parti Libéral-Démocrate.

Les Libéraux-Démocrates ont combattu électoralement en 2005, sur des positions à la gauche du New Labour : ils ont supporté la re-nationalisation des chemins de fer et s'opposaient à la guerre en Irak en s'accrochant encore à une forme de social-démocratie du Travail, que Blair avait désertée.
MAIS en 2007, ce parti a été capturé par "l'Extrême Centre" avec l'élection du fils du banquier et enthousiaste néolibérale, Nick Clegg, nommé leader. Dans le bureau, le Livre Orange Lib-Dem portait sur des politiques de guerres sans fin et sur plus de privatisations, les politiques sur lesquelles, ils avaient été des critiques il y a de cela seulement quelques années. Le New Labour a détruit l'Irak, les Lib-Dems ont contribué à détruire la Libye et la Syrie.

Quelle différence ils ont fait ! Mais le mouvement néo-conservateur et celui de la fausse-gauche savaient que le parti de Clegg ne ferait pas de changements majeurs, donc, ils étaient heureux pour eux, qu'ils accèdent au pouvoir.

Neil Clark is a journalist, writer and broadcaster. His award winning blog can be found at www.neilclark66.blogspot.com. Follow him on Twitter
traduit et publié par TJ, le 17 mars 2015, cet article peut être reproduit à condition d'en donner l'URL
http://vodkaetpelmini.blogspot.ru/2015/03/power-of-ten-comment-les-neo.html
article source : http://rt.com/op-edge/240745-uk-neocons-faux-left-establishment/

 


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2 réactions à cet article    


  • Spartacus Lequidam Spartacus 23 juin 2015 19:20

    Wilson, le zozos qui a dépensé l’argent des générations suivantes et a mis la grande bretagne sous tutelle du FMI.....

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