Présidentielles 2022 : vers une abstention massive aux deux tours
Dans cette tribune d’opinion, j’explique pourquoi j’envisage l’abstention aux deux tours. Mon petit doigt me dit que je ne suis pas le seul…
Tout d’abord, procédons par élimination.
Il m’est impensable de voter à l’extrême gauche, à gauche, au centre ou pour la droite molle façon Pécresse. Ces partis ne sont que les différentes déclinaisons d’un seul et même système oligarchique, ne proposant jamais autre chose que la perpétuelle continuation des mêmes recettes empoisonnées : 1) matraquer la classe moyenne à coup d’impôts, de bas salaires et de conditions de travail immondes, 2) fermer les yeux sur la délinquance et l’assistanat bien pratiques pour maintenir la peur et la sidération (relire les analyses de Marx sur le lumpenprolétariat), 3) favoriser l’hyper-classe apatride, les grands bourgeois nationaux conservateurs, voire les bobos gauchisants.
Bien évidemment, de Mélenchon à Pécresse, ces gens ne tiennent debout qu’en agitant l’épouvantail du méchant populisme, auquel il faut « faire barrage » à chaque élection, rameutant ainsi tous les électeurs-castors vers le plus petit dénominateur commun, en l’occurrence le très parfait et très élégant Emmanuel Macron, candidat idéal, « seul candidat à sa propre succession » pourrait-on dire en chambrant un peu ceux qui croient encore à la démocratie.
Sans grande surprise, notre petit Brejnev juvénile en costard bleu devrait rependre son trône doré au plus beau pays du libéral-communisme, où l’on privatise les profits tout en nationalisant les pertes, c’est-à-dire la dette, qui deviendra monstrueuse après la crise du coronavirus. À défaut du juvénile en costard bleu, on aura la Pécresse, autrement dit la même chose, mais portant la jupe.
Dans le rôle du rabatteur vers le candidat du système, l’extrême gauche, une fois de plus, fera merveille, en hurlant au racisme et à la nazification des esprits, si, d’aventure, un populiste se trouvait au second tour, une hypothèse, d’ailleurs, moins probable qu’en 2017.
Reste les populistes…
Mais quels populistes ? Il n’y a plus de populistes en France. Il n’y en a peut-être jamais eu. Il n’y en a peut-être jamais eu nulle part dans le monde.
On a eu droit à Marine Le Pen, fille d’un vieux bonimenteur, lucide sur la question des frontières, mais totalement néolibéral, au moins dans sa jeunesse, sur les questions économiques. Marine, probablement influencée par quelques militants pointilleux sur la question sociale et ouvrière, développa de temps en temps quelques réflexes marxistes et ouvriéristes, qui contrastèrent fortement avec les idées de son père. Elle inclina vers une sorte de troisième voie socionationaliste d’assez bonne facture au début. Mais, prise dans la tourmente de la dédiabolisation, elle se transforma rapidement en une Marine La Purge qui vida son parti de ses cadres, bons ou mauvais, tout en adoptant une phraséologie imitée du gauchisme, qu’elle retourne à présent contre Zemmour. Une tactique vicieuse, qui ne lui épargna nullement la haine du système et qui lui valut, même pour ses militants, la réputation, assez justifiée, d’incompétence et d’incohérence.
Elle se plaint à présent de la fuite (de l’hémorragie) de ses cadres, même historiques, vers Zemmour. Mais elle fut la première à vider son parti, sans remplacer les virés par des génies. L’idée stalinienne que le Parti se renforce en s’épurant n’a pas vraiment marché pour elle… Le FN devenu RN, se rêvant en nouveau PCF capable d’entraîner derrière lui d’importantes cohortes ouvrières, allant, pourquoi pas, jusqu’à la révolution national-prolétarienne, s’est réduit entre 2017 et 2022 à une fantomatique organisation d’apparatchiks de droite sans talents, très peu liés, pour la plupart, au mouvement ouvrier.
Les modestes rouges-bruns de base se sont retrouvés en bleu foncé, un bleu qui n’était pas celui des blouses et des combinaisons de travail. Bref : le RN, auquel j’avais modestement conseillé l’auto-dissolution, redevint un groupuscule comique, jouant le rôle du clown battu-cocu-content, dont les cadres ne servaient plus que de punching-ball chez Hanouna, preuve, s’il en est une, d’un masochisme d’autant plus vil qu’il ne sert strictement à rien, et surtout pas à faire progresser la cause nationale.
Puis on a eu Zemmour, la crevette qui voulait devenir aussi grosse que la fille à papa.
Il y réussit, du reste, emmenant la quasi-totalité du RN. Zemmour, c’est le polémiste brillant dans la critique, mais consternant dans la proposition, avec son programme-Arlésienne, dont on parle tout le temps et qu’on ne voit jamais, le type qui nous parle toujours de « valeurs » et d’identité comme la petite Marion Maréchal, mais qui n’évoque jamais les salaires ni les conditions de travail. Le fameux Zemmour, le populiste qui défend le peuple en voulant nous coller la retraite à 64 ans ! L’impayable Zemmour, le sécuritaire qui s’affiche avec son plus fervent soutien, j’ai nommé Patrick Buisson, la baderne réactionnaire, ex-conseiller de Sarkozy, le président qui promit la sûreté publique… et qui ne l’appliqua jamais. L’inénarrable Zemmour, également flanqué de Philippe de Villiers, très ouvriériste lui-aussi (« ouvriériste », c’est ironique pour ceux qui n’ont pas compris l’article).
Le populisme, au départ, c’est une position philosophique qui se veut l’antithèse de l’élitisme, comme le socialisme s’oppose à l’individualisme. Mais le populisme actuel n’est qu’un faux-nez oligarchique. De la gauche graveleuse multiculturaliste à la droite faussement sécuritaire et nationaliste, il n’y a ni peuple ni populisme, que des embourgeoisés et des apparatchiks. Qu’ils aillent tous se faire foutre !
Illustration : diagramme régionales 2021
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