Prostitution : nouvelle lettre ouverte à Mme Olivier
"Les faits sont tétus" disait Lénine. Les témoignages relatés ces derniers jours dans la presse, par les prostituées elles-mêmes ont montré la face sombre de cette activité. Mais aussi sa réalité lorsqu'elle est choisie et assumée. Problème : ces faits-là, non dénués d'une certaine noblesse, déplaisent aux thuriféraires de la pénalisation du client. Au point, s'il le faut, de bafouer les fondamentaux de notre démocratie. Démonstration par Mme Valaud Belkacem.
Madame la Députée,
Vous allez poursuivre vendredi l'examen du projet de loi relatif à la prostitution. Ces derniers jours ont vu une intensification du débat entre les pros et les antis. Débat alimenté par différents témoignages dans la presse éclairant de mieux en mieux la réalité de la prostitution en France. D'une part une prostitution aux mains de réseaux mafieux, dont les victimes sont évidemment les prostituées. D'autre part, une prostitution choisie et assumée par les prostituées elles-mêmes.
Le projet de loi tel qu'il est envisagé nie cette réalité. Dont acte. Bien plus fâcheux est l'argumentaire de Mme Vallaud Belkacem : interviewée sur BFM, elle a déclarée en substance qu'il était "normal en démocratie de prendre des décisions qui ne plaisent pas à une minorité" (en l'occurrence les prostituées par choix). Déclaration bien inquiétante en vérité !
Mme Vallaud Belkacem devrait être au service de la démocratie, et non l’inverse. Elle pourrait donc utilement revoir quelques fondamentaux, par exemple l'article IV de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen :
"La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi"
En l'espèce, Mme Valaud Belkacem ne dépasserait-elle pas, justement, les bornes ? La restriction des libertés ne s’impose que pour préserver autrui. Dans le cas de la prostitution choisie, il y a échange (service contre rémunération) entre deux personnes adultes et responsables. Service qu’il serait réducteur de cantonner à une question sexuelle : les prostituées ont bien conscience de leur utilité sociale. En quoi cet échange nuirait à autrui ?
Ne nuirait-il pas plutôt à la vision moralisatrice que ce projet de loi cherche à imposer ? A contrario, du point de vue de l'intérêt général, la suppression du délit de racolage ne serait-il pas une aberration : la déambulation des prostituées n'importe où (parcs, aires de jeux pour enfants) et n'importe quand (le dimanche par exemple, au beau milieu des familles...) ne risque t'elle pas de choquer ? Point de vue moralisateur ?
Il n'en est rien : la relation choisie entre deux adultes n'est imposée à personne, pas même sa vision. Alors que le racolage public se fait à la vue de tous, vision imposé à des personnes qui ne le souhaitent pas. C'est là toute la différence entre exercice des libertés individuelles sans nuisance à autrui et restriction de ces libertés au nom de la préservation d’autrui.
Ce projet de loi porte en lui ses propres faiblesses, en ce qu'il a été construit autour d'un but dogmatique. Son argumentaire partisan exclut volontairement un champ de la réalité pour ne pas desservir ce but. Le bien et le mal n'ont rien à voir avec le licite et l'illicite, seuls ces derniers sont du ressort des députés. Les libertés individuelles, y compris sur le plan de la sexualité, ne sauraient souffrir d'une moralisation étatique. Mme Vallaud Belkacem défend les droits des femmes. Oubliant que le premier d’entre eux est de disposer d'elles-mêmes comme elles le souhaitent, ne lui déplaise.
Ce projet de loi, s’il avait été construit dans un esprit de consensus, aurait pu être autre : un projet qui aurait renforcé l'aide et la protection des prostituées contraintes, tout en offrant un cadre plus sécurisant pour celles qui en font le choix. Peut-être même les clients auraient été près à contribuer, financièrement, pour permettre un assainissement de ce milieu ? Leur a-t-on demandé ? Un projet qui n'aurait fait que des gagnants. Malheureusement, la voie actuelle fera plutôt des perdant(e)s.
Bien respectueusement.
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