Quand les hommes se prennent pour Dieu par Jacques Arnould
Jacques Arnould est titulaire d’un diplôme d’ingénieur agronome, d’un doctorat en histoire des sciences et d’un doctorat en théologie. Il est par ailleurs chargé des questions éthiques au Centre national d’études spatiales. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le rapport de la science et de la foi. Avec ce nouvel essai, il questionne la théologie chrétienne en la confrontant aux « prétentions transhumanistes ».
Ces dernières années, il semble que le transhumanisme ait trouvé un large public. Il fascine certains, en inquiète d’autres. Son succès médiatique peut se mesurer à la quantité importante d’ouvrages, d’articles, de films et de reportages qui lui sont consacrés. Dès les premières lignes, Arnould rappelle que « fasciner vient du latin fascinare, charmer, jeter un sort ». Il poursuit en développant son propos de la manière suivante : « Le vide nous fascine, il nous attire et, dans le même temps, nous tient à distance ». Arnould admet que « la beauté, le savoir, l’autorité exercent sur nous un semblable pouvoir : nous les admirons, nous les recherchons mais, si leur manifestation atteint des proportions inhabituelles ou excessives, nous prenons peur ».
Par principe, les questions de la vie, de la mort, de l’éternité obsèdent les Hommes depuis la nuit des temps. Des réponses, parfois satisfaisantes, déprimantes ou révoltantes ont été apportées. Il semble que le transhumanisme souhaite aussi proposer sa contribution à cette tentation post-humaine. Cette dernière entend ne pas se soumettre aux lois de la nature car elle en veut toujours plus. Selon l’auteur, il ne fait aucun doute que le « transhumanisme nous fascine ». A titre personnel, cela n’a jamais été le cas : je n’approuve nullement cet engouement pour cette idéologie. Effectivement, je considère qu’il s’agit d’une nouvelle idole intellectuelle qui apportera à ceux qui espèrent en elle beaucoup de déceptions…
Pour quelles raisons le transhumanisme fascine-t-il ? Arnould pense que « malgré les progrès des sciences et des techniques, il se cache encore dans les brouillards de la fiction technique, médicale, sociale, savamment orchestrée et diffusée par ses promoteurs ». Cette explication nous paraît réellement pertinente, mais elle doit être complétée par le propos suivant : « Il est puissamment campé et enraciné dans les désirs les plus humains, voire les plus biologiques qui soient, comme profiter de la santé du corps, échapper autant que possible aux souffrances physiques et psychologiques, atteindre en pleine forme un grand âge, peut-être même jouir de l’immortalité ».
Etant donné que nous ne vivons plus depuis longtemps dans une société chrétienne, les gens méconnaissent la transcendance et ne savent donc pas que notre vie ici-bas doit nous préparer à la vie éternelle. A bien y regarder, des gens qui ont peur de la mort, sont en réalité déjà morts dans leur âme et leur cœur. Une vie pauvre sur le plan spirituel conduit inévitablement à ce genre de vaines vaticinations : vouloir devenir un surhomme par le biais de la cybernétique ou de la technologie revient à nier l’essence fondamentale de l’Homme et de la Femme, créés librement et par amour selon la volonté du Très-Haut.
Arnould pose une question lourde de sens : « Aujourd’hui, possédons-nous des raisons suffisantes de nous montrer moins inquiets, plus frivoles ? ». La logique voudrait que l’on répondît oui sans la moindre réserve - notamment pour la première partie de la question - car nous avons la religion et l’expérience que nous offre la longue histoire humaine. De plus, en Europe de l’Ouest, nous avons atteint un confort de vie et une sécurité auxquels nos ancêtres n’auraient jamais pensé, même dans leurs rêves les plus audacieux. Mais apparemment, cela ne suffit pas : les gens ne sont jamais rassurés ou rassasiés. C’est logique ! Il leur manque l’essentiel…
Ainsi, ils ne sont pas rares ceux qui estiment que « nous sommes entrés dans un siècle de menaces ». Beaucoup ont prédit la fin du monde par une invasion extraterrestre, une collision avec un astéroïde, voire même par une guerre nucléaire. De nos jours, certains parlent aussi d’un risque écologique ou environnemental qui détruirait la planète et mettrait l’Humanité en péril. Et je ne mentionne pas les collapsologues et autres adeptes du chaos politique ou économique…
Le projet des transhumanistes se montre très différent. Ils veulent de manière assumée la fin de l’Humanité, car ils désirent « une modification tellement avancée de notre humanité que celle-ci finirait par disparaître ». L’auteur écrit : « Je ne doute pas un instant que nos premiers parents l’aient déjà entendu dire par ceux qui, en ces temps préhistoriques, faisaient office de prophètes de malheur », car à toutes les époques, le mauvais refrain de l’humanité en danger d’extinction a été chanté. La voie est donc toute tracée : pour dépasser les limites de l’humanité, et prétendument la sauver en la faisant se dépasser grâce à nos techniques, les transhumanistes se proposent de la détruire.
Cette volonté de métamorphose est véritablement effrayante : « L’idée d’une telle humanité tellement modifiée, manipulée, transformée qu’elle en deviendrait immortelle, le projet d’intelligences, de consciences humaines qui seraient extraites, transportées puis chargées dans des ordinateurs ou d’autres systèmes indemnes des limites du corps biologiques » devrait rebuter tout le monde. Ce n’est pas le cas, car la quête de l’immortalité sur terre aiguise les appétits et fait tourner les têtes.
Néanmoins, cette idée nie l’étincelle divine qui nous anime, et elle soulève fondamentalement de grandes questions qui n’ont point échappé à Arnould : « Quel salut en attendre, dès lors que les hommes seraient eux-mêmes capables de se doter de pouvoirs jusqu’alors réservés aux dieux ou au Créateur ? » Le résultat de ce projet ne souffre d’aucune équivoque : « Il semble n’y avoir guère de place, ni d’avenir, pour Dieu en Transhumanie ». Nous sommes en présence d’une énième attaque contre Dieu et sa Création.
Pourtant, la question du Salut reste probablement le sujet le plus important pour nous ici-bas. Les Hommes ne peuvent éviter cette réflexion, même s’ils sont nombreux ceux qui préfèrent ne pas y réfléchir ou vivre comme si elle ne s’imposait pas… Ce n’est pas pour rien que Jésus avait prophétisé : « Quand le Fils de l'Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » Il convient de sans cesse rappeler que « l’existence et le devenir de l’humanité relèvent d’abord de la bonne et puissante volonté divine », tout comme « l’existence et la fin dépendent entièrement de Dieu et du lien que ce créateur a instauré entre lui et nous ».
Arnould affirme avec force l’idée suivante : « Je suis convaincu que le transhumanisme, rêvé ou engagé, offre une épreuve à l’humanité, celle de la nudité de l’être humain qui décide de prendre ses rêves, ses fantasmes pour la réalité future ». Il ajoute avec lucidité : « Dieu ne nous empêchera pas plus de transformer notre espèce qu’il n’a empêché Adam et Eve d’ignorer sa mise en garde, de prétendre transgresser, dépasser les limites qui étaient et sont encore celles de la nature ». En définitive, la logique initiale finit par s’inverser : « Dieu est nu face à nous les êtres humains » à cause de cet orgueil incommensurable…
En conclusion, nous affirmons à l’instar de l’auteur que « le transhumanisme ne nous révélera rien sur l’humanité que nous ne connaissions déjà ou, au mieux, que nous n’ayons déjà imaginé ». Finalement le transhumanisme n’est-il pas la version moderne de la tentation à laquelle succombèrent nos parents au Jardin d’Eden : « Vous ne mourrez point. Mais Dieu sait que, le jour où vous mangerez du fruit de l’arbre, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » ?
17 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON