Quel mécanisme d’alerte précoce pour l’Afrique ?
On peut s’étonner de voir le Kenya, l’un des pays stables africains, basculer dans la violence politico-ethnique d’autant qu’il y a cinq ans, les Kenyans avaient voté massivement pour départager deux présidentiables issus de la même ethnie (les Kikuyu), à savoir, le fils de Jomo Kenyata, du parti au pouvoir et Kibaki (élu et dont la réélection est contestée actuellement).
La violence, au départ politique (suite à des élections générales aux résultats contestés comme cela arrive dans bon nombre de pays africains), prend une tournure tribale avec des exécutions à la manchette de familles, d’incendies d’églises, de maisons... qui nous rappelle le génocide rwandais.
La crise que connaît le Kenya depuis un mois et qui a déjà fait plus 1 000 morts est une crise de trop. Mais à regarder de près, une telle situation était prévisible au Kenya tout comme elle l’est dans d’autres pays africains. La mise en œuvre effective des mécanismes d’alerte précoce prévus par les différents textes n’aurait-il pas contribué à éviter de telles situations ?
Avec l’enlisement rapide des différentes médiations, notamment celles de
Il devient donc urgent de mettre en place les mécanismes d’alerte précoce sur le continent où l’actualité reste toujours dominée par des conflits politiques. Le dernier en date est l’attaque de Ndjaména (capitale du Tchad) la semaine dernière, par des rebelles pour évincer le président tchadien Idriss Deby qui avait tripatouillé
La notion d’alerte précoce qui a fait récemment son apparition dans le domaine de la prévention des conflits est définie comme « la collecte systématique et l’analyse de l’information sur des régions en crise et donc la vocation est :
a) d’anticiper le processus d’escalade dans l’intensité du conflit ;
b) de développer des réponses stratégiques à ces crises ;
c) de présenter des options d’action aux acteurs concernés afin de facilité la prise de décision »
Dans le cadre de l’Union africaine, un tel mécanisme est prévu. L’article 12 du protocole relatif au Conseil de paix et de sécurité, prévoit la création d’un système continental d’alerte rapide. Au cœur de ce système se trouvera un centre d’observation et de contrôle ou « salle de veille », situé à
Il est prévu que le système continental d’alerte rapide de l’Union africaine puisse collaborer avec les Nations unies, leurs agences et d’autres organisations internationales compétentes, les centres de recherche, les institutions universitaires et les ONG.
Les informations recueillies par le Système d’alerte rapide sont utilisées par le président de
Le système collecte et analyse les informations des pays sur la base d’indicateurs politiques, économiques, sociaux, militaires et humanitaires.
L’IGAD, organisation sous-régionale dont le Kenya est membre, a son mécanisme d’alerte précoce : CEWARM (Conflict Early Warning and Response Mechanism).
Mais, en raison de la pratique africaine à adopter des textes prometteurs et à traîner le pas pour les ratifier ou les mettre en œuvre, il est peu probable que nos différents mécanismes d’alerte précoce puissent fonctionner pour répondre à ce foisonnement de crises politiques sur le continent. Ne faudrait-il pas que l’Union européenne avec qui nous avons des liens historiques s’implique dans la prévention des conflits en Afrique en s’associant aux Nations unies ?
Ainsi l’Union européenne (UE) ferait mieux d’abandonner ses missions d’observation électorale en Afrique dont les limites et les défaillances viennent d’être une nouvelle fois mises à nu par la crise kenyane, pour faire l’option d’appliquer l’Accord de Cotonou (accord de partenariat entre l’UE et les ACP signé à Cotonou en juin 2000) qui prévoit que l’UE mettra les moyens à la disposition de son partenaire (africain) pour prévenir, gérer et résoudre les conflits, à travers le dialogue politique sur des questions politiques telles que les droits de l’homme et la démocratisation et des politiques générales (visant à promouvoir la paix ainsi qu’à prévenir, gérer et résoudre les conflits violents).
Le dialogue politique est à même de « remplir un rôle d’alerte précoce en mettant en lumière des problèmes pouvant mener à des conflits violents et en contribuant à leur résolution précoce. »[1]
Au lieu d’attendre l’éclatement des crises post-électorales pour envoyer des médiateurs internationaux en vue d’amener les protagonistes à former un soi-disant gouvernement d’union nationale, sans trouver une réelle solution à la crise qui rebondira à la prochaine élection présidentielle, ce dialogue politique permanent conduira sans aucun doute à maintenir la pression sur nos dirigeants pour les dissuader de frauder les élections pour accéder ou rester au pouvoir.
L’Union européenne, qui aspire à avoir des relations commerciales stables dans le cadre des accords de partenariat économique (APE) avec l’Afrique, a intérêt à avoir un continent de pays démocratiques comme partenaire pour une bonne évolution des relations internationales et commerciales au lieu de laisser l’Afrique se soustraire à la marche du monde et des relations internationales en raison de ces crises politico-ethniques à répétition.
Pour ce faire, elle devra mettre en œuvre l’Accord de Cotonou et son mécanisme d’alerte précoce des crises au lieu de continuer à envoyer des observateurs internationaux dans nos pays lors des élections qui généralement débouchent sur des contestations et de violences politiques. Le bilan mitigé de ses trois dernières missions d’observation électorale envoyées au Nigeria en avril 2007, au Togo en octobre 2007 et au Kenya en décembre 2007 plaide pour leur suppression.
Me Komi Tsakadi
[1] Commission européenne, Communication de
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