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Accueil du site > Tribune Libre > Quelle est la durée de vie des réacteurs électronucléaires ?

Quelle est la durée de vie des réacteurs électronucléaires ?

Prendre en compte la durée de vie réelle de ces installations 

Les centrales nucléaires françaises ont été conçues et construites pour une durée initiale d'au moins 30 années équivalentes à la pleine puissance ce qui correspond à au moins 40 ans calendaires avec un taux moyen d’utilisation de 75 % par an (6500 heures/an) à pleine puissance. 

Les résulatts des tests et contrôles montrent une durée prévisionelle d'au moins 60 ans.

Le Président de la République avance comme argument qu’il faut arrêter Fessenheim parce qu’elle est la plus vieille centrale du parc

(Nota : Cette approche est souvent faite par assimilation avec la durée d’amortissement comptable ce qui est une toute autre affaire. On ne détruit pas sa maison lorsqu’on a fini de la rembourser) ! 

La réalité industrielle est autre. Elle ignore l’âge calendaire et ne raisonne qu’en termes d’obsolescence de toutes natures et, pour le nucléaire, de conservation d’un haut niveau de sûreté. 

La connotation de « vieux » est un terme biologique seulement valable pour tous les êtres vivants aussi bien végétaux qu’animaux mais totalement inadapté pour les machines. 

Une installation industrielle ne vieillit pas, elle s'use. Tant qu'elle n'est pas obsolète économiquement, les pièces usées sont systématiquement remplacées par des pièces neuves souvent de bien meilleure qualité que les pièces d'origine. En effet, ces pièces de rechange ont intégré tout le REX (retour d’expérience) non seulement du parc homogène français mais également le REX du parc mondial, notamment des tranches à eau sous pression qui représentent les deux tiers des réacteurs électronucléaires en service dans le monde entier. 

Cependant, deux composants sont dits irremplaçables : l'enceinte de confinement et la cuve. 

Pour l'enceinte de confinement, il s'agit, dans les réacteurs de 900 MWe, d'un ouvrage de béton précontraint par câbles qui est toujours en compression sauf lors des épreuves décennales où, en l'amenant à la pression de l'accident de référence, il se trouve alors temporairement à la relaxation de contraintes. Les bétons supportent remarquablement bien les contraintes de compression permanentes de précontrainte. Ils ne « s’usent pas » dans cet état. Ce n’est pas la même situation pour d’autres ouvrages d’art comme les ponts, soumis à des vibrations quasi permanentes et des contraintes locales de traction ou de cisaillement. Cette enceinte, bien que soumise aux contraintes atmosphériques, ne présente pas un réel souci de longévité

Il reste la cuve dont la durée de vie est fixée par la hausse de la température entre la zone fragile et la zone ductile des aciers ferritiques qui constituent les viroles de la cuve notamment celle qui fait face au coeur du réacteur

Cette évolution est liée, entre autres phénomènes, à la dose intégrée de neutrons qu’elle reçoit et qui perturbe le réseau cristallin de l’acier ferritique. Cette dose intégrée est appelée la fluence. 

L’augmentation plus ou moins rapide de cette température de transition, proche de quelques degrés au dessous de zéro lorsque l’acier sort des forges, est très liée aux impuretés (cuivre, phosphore…) contenues dans le métal de base. 

Lors des opérations de coulage et forgeage des viroles, des coupons témoins sont prélevés. Une partie de ces coupons témoins est conservée pendant toute la durée de vie de l’ouvrage puis dans une autre partie, des éprouvettes métallurgiques sont réalisées dans ce métal de base. Elles sont ensuite placées dans des paniers internes à la cuve dans une zone très proche du coeur du réacteur pour intégrer une fluence bien supérieure à celle que reçoit la cuve en raison de cette position rapprochée. 

L’ASN et l’exploitant ont donc connaissance, lors de l'examen métallurgique périodique de ces éprouvettes, de la température de transition qu’atteindra la cuve 10 ans plus tard. Les autorisations données par l’ASN pour 10 ans ne sont donc pas « tombées du chapeau ». Par ailleurs les métallurgistes, dans tous les pays du monde, ont fait des modèles mathématiques de l’évolution de la température de transition dont les résultats peuvent être recalés lors des essais réels. Actuellement, il y a une bonne concordance entre les résultats des calculs et ceux des essais réels. 

Autant la cuve de Chooz A a vu sa température de transition augmenter après 23 ans de fonctionnement (pour une prévision de 30 ans) ce qui a conduit à la retirer de l’exploitation prématurément, autant les cuves des réacteurs à eau sous pression (REP) actuellement en service en France ont fait l'objet d'un travail métallurgique poussé au Creusot pour éliminer au maximum les impuretés. 

En effet, toutes les viroles qui présentaient des défauts de toutes natures et notamment ceux dus à l’hydrogène, ont été systématiquement rebutées par une équipe de l’ASN, le Bureau de Contrôles des Chaudières Nucléaires (BCCN) détachée au Creusot et à Chalon sur Saône. Cette équipe avait tous pouvoirs pour accepter ou rebuter une pièce forgée et les soudures entre ces pièces forgées. 

La centrale de Fessenheim n'est donc pas "vieille", bien au contraire. Elle vient, pendant les dernières visites décennales, de se voir doter de tout un train de modifications qui la place au meilleur niveau de sûreté et de performance du parc français. 

L’ASN a donné son accord pour 10 ans de fonctionnement supplémentaire à Fessenheim 1 en toute connaissance de la situation des ouvrages. Elle étudie actuellement l’ensemble du dossier de Fessenheim 2 avant de rendre son avis. 

D’ailleurs, il faut savoir que la centrale de référence de Fessenheim est Beaver Valley aux USA. Cette centrale, qui a démarré un an avant Fessenheim, a reçu de l’Autorité de Sûreté Nucléaire des Etats Unis l’autorisation de fonctionner jusqu’à 60 ans. L’application d’une disposition similaire à Fessenheim porterait la date de son arrêt définitif en 2038. 

Nota : Le lecteur intéressé pourra se reporter au n° 184 de la Revue « Contrôles » qui traite précisément de la prolongation de la durée de vie des ouvrages en France et aussi à l’étranger. 


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9 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 8 janvier 2013 12:02

    Article partisan qui omet un point important , la localisation de la centrale sur une zone sismique la rend vulnérable 


    Devons nous attendre qu’elle explose pour prendre un décision ?
    Devons nous attendre d’être dans la même situation que les Japonais pour comprendre ? 

    Ces économies de bout de chandelles , dirigées par des lobbyistes dont le seul intérêt est de gagner encore plus d’argent sans investir , en limitant les réparations.

    Peut être que vous travaillez à la centrale et habitez dans la région mais imaginez si le pire se produit ?

    Philippe 


    • jef88 jef88 8 janvier 2013 16:10

      ben oui !
      l’Alsace est une zone de failles !
      la preuve ? elle est due à un effondrement !
      Cela c’est passé quand ?
      heuuuhhhh ? vers l’aire secondaire .....
      Le dernier tremblement de terre important ? à Basle en 1356 !
      il a été pris en compte pour la construction de la centrale ! ! ! !


    • jef88 jef88 8 janvier 2013 16:12

      j’oubliais !
      la dernière fin du monde c’était le 21 décembre ............................


    • tchoo 8 janvier 2013 14:45

      Nous sommes en train d’atteindre et même de dépasser pour un grand nombre d’entres elles les 30 ans, il nous reste donc à vivre avec elles moins de 30 années si l’on prête cas à vos propos.
      Ce qui milite, que nous devons aller dès aujourd’hui vers la transition énergétique faisant appel à d’autres sources nettement moins dangereuses. nous avons juste le temps de nous retrouver avec une alternative énergétique au moment où il faudra démanteler ces centrales, en espérant que d’ici là nous aillons trouver le moyen de neutraliser leurs déchets (un envoi sur Mars peut-être....)


      • raymond 8 janvier 2013 17:07

        Moi je préférerais une durée de 0 jours.


        • Aldous Aldous 8 janvier 2013 17:40

          les centrales nucléaires sont éternelles, c’est normales, elles divines.


          Saint Atome, donnez nous notre electricité quotidienne aujourd’hui et pour les suecles des siecles.

          Amen.



          • benyx benyx 8 janvier 2013 21:15

            @ jef88

            « j’oubliais ! la dernière fin du monde c’était le 21 décembre ............................ »

            Vous n’y êtes pas du tout la fin du monde a commencé le 26 avril 1986, elle s’est poursuivi le 11 mars 2011, on attend la suite, peut-être à Fessenheim, allez on y croit, courage.


            • Christian Labrune Christian Labrune 9 janvier 2013 01:15

              Ceux qui ont peur de tout, et particulièrement de l’atome, feraient mieux d’éviter de faire des enfants, lesquels ont une espérance de vie qui n’atteint même pas le double de celle d’une centrale nucléaire bien construite et bien entretenue. Toutes les centrales n’exploseront pas, mais les pauvres moutards que je croise dans la rue, bavant dans leurs pitoyables petites voitures, c’est vers une mort certaine que les parents les font rouler - et sans même avoir eu l’élégance de leur demander si ça pourrait leur convenir.


              • manusan 9 janvier 2013 09:09

                dac avec l’article.


                De tout de façon ,le problème n’est pas l’après-nucléaire, mais l’après pétrole/gaz, s’il y a un trou à combler avec des nouvelles techno entre autre, il se situe à ce niveau.

                Sinon il y a aussi un truc qu’on appelle la récession à 80%, ça marche très bien aussi.

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