Quelques vérités sur la chasse : doit-elle encore exister ?
C’est au nom de l’équilibre des milieux naturels et du besoin de réguler des animaux qui seraient en surnombre et provoqueraient des nuisances que les chasseurs déciment chaque année 2,3 millions de grives, 800 000 bécasses, 400 000 sarcelles ou 200 000 bécassines. Quel danger ou quel déséquilibre ces espèces pourraient-elles causer aux équilibres naturels ou aux cultures ? Même chose pour les tétras, les limicoles ou les alouettes. Cet argument relève d’une véritable supercherie. Chaque année, les chasseurs français tuent 30 millions d’animaux dont 5 millions de mammifères et 25 millions d’oiseaux. Le quart d’oiseaux tués à la chasse dans l’Europe entière (100 millions) le sont en France. Et ce uniquement dans les chasses « ouvertes ». Il convient d’ajouter à cela 15 à 20 millions d’animaux abattus dans des chasses en enclos ou moyennant quelques centaines d’euros la journée ; les chasseurs peuvent tuer, toute l’année, des animaux enfermés dans des parcs à gibier. Nous sommes là loin de la « chasse gestion » comme aiment à nous le présenter les chasseurs eux-mêmes, mais aussi les pouvoirs publics et nombre de responsables politiques.
Mais au fil de décennies de chasse, nombre d’espèces ne sont plus de souches « pures » :
L’apport d’animaux génétiquement différents, sujet rarement abordé, est pourtant lourd de conséquences. À force de lâchers, depuis des décennies des « perdrix rouges » hybridées avec des perdrix choukar (originaire d’Europe Orientale et d’Asie), il ne reste à ce jour plus aucune perdrix génétiquement pure en France. Il y a une dizaine d’années, l’ONCFS a vainement entrepris de rechercher des souches génétiquement pures de cet oiseau. Aucune n’a été trouvée dans la nature. Aucun non plus dans les élevages de gibiers de l’hexagone. La perdrix rouge a disparu de France, non seulement à cause des pratiques agricoles intensives qui ont fortement dégradé les paysages ruraux, mais également par les agissements inconsidérés des chasseurs, avides d’imposants tableaux de chasse. Cette disparition est un sujet tabou dans le monde de la chasse.
L’impact des lâchers de perdrix et faisans (espèce exotique) est également à l’origine de décennies de chasse, piégeage, gazage (interdit depuis) des renards qui, sous le prétexte fallacieux de dévorer les poules des agriculteurs, sont pourchassés toute l’année, y compris en période de reproduction. En moyenne, un million de renards sont tués chaque année par les chasseurs et les piégeurs.
Mais,« Non, le renard n’est pas nuisible à l’agriculture ». De plus en plus d’agriculteurs le disent, voir le revendiquent. Un renard consomme chaque année plus de six mille rongeurs. À une époque où la culture sans labour se développe, en agriculture biologique et conventionnelle, le renard est plus que jamais un auxiliaire de l’agriculture et non un « nuisible » comme aiment à la propager le monde de la chasse. Si les chasseurs sont aussi assidus à tuer ce magnifique prédateur, c’est parce qu’il est vu comme un concurrent. Certes, et comment pourrait-il en être autrement, étant donné que lorsqu’un renard tombe sur un faisan ou une perdrix sachant à peine voler, il en fait son déjeuner. C’est dans l’ordre des choses. Sauf pour les chasseurs !
Autre cas d’hybridation dont les chasseurs sont responsables : celui de sangliers avec des porcs domestiques. Malgré la toute-puissance des fédérations de chasse, le scandale est de notoriété publique. Ce qui ne l’empêche pas de perdurer. Comme pour les perdrix rouges, il n’existe plus de sangliers purs en France. Seulement des « cochongliers » qui parfois ressemblent à des sangliers, parfois à des cochons.
Comme pour les perdrix, ce sont des commodités d’élevage qui sont à l’origine de cette pollution génétique de grande ampleur. Difficile d’élevage, et peu rentable, les « vrais » sangliers ont été croisés avec des porcs. Leur descendance est moins farouche, se reproduit mieux et en plus grand nombre en donnant des animaux plus gros et plus vite. Mais ces « qualités » d’élevage se sont rapidement révélées comme un véritable fléau dans la nature. Suite aux très nombreux lâchers officiels et clandestins des années 1970 et 1980, notre pays s’est presque aussitôt vu colonisé par ces cochongliers. Les « vrais » sangliers se sont tellement raréfié qu’ils ne sont généralement plus qu’un souvenir.
Comme si cette nouvelle catastrophe écologique ne suffisait pas, les chasseurs ont amplifié ce phénomène en nourrissant les cochongliers, à très grande échelle. Pas un seul département français n’a échappé à l’engouement de l’agrainage. Des centaines de tonnes de maïs sont déversées chaque année dans les forêts françaises. Officiellement, cet agrainage se pratique pour contenir les populations de sangliers en forêt, hors des cultures et prairies. Là encore, les pouvoirs publics ont couvert, et couvrent toujours cette scandaleuse pratique qui a fait exploser les populations de cochongliers et aujourd’hui maintient ces populations artificiellement en état de surabondance, malgré des sommes colossales de dégâts aux cultures – certes remboursées par les fédérations de chasse. La chasse au « cochon » rapporte tellement plus aux sociétés de chasse que les chasseurs entretiennent et imposent, pour la pratique de leur loisir, une surdensité qui ne nuit pas qu’aux activités agricoles, mais également aux espèces d’oiseaux qui nichent au sol. Nombre de couvées sont dévorées par ces pseudo-sangliers. Une fois encore, c’est le renard qui sera mis en accusation le plus souvent…
On peut ajouter toutes les réintroductions d’espèces exotiques qui ont été réalisées pour élargir plus encore la vertigineuse liste des espèces chassables. La France détient, avec une avance considérable, le record européen de ces dernières. Quatre-vingt-onze d’entre elles peuvent être abattues au nom du loisir cynégétique. Y compris des espèces en mauvais état de conservation comme le grand tétras, l’alouette, le canard chipeau ou la barge rousse. Le totalitarisme cynégétique n’en a cure. On voit même les institutions de la chasse soutenir et encourager le braconnage d’espèces protégées comme le bruant ortolan ou le phoque veau marin ! Chasser plus, le plus longtemps possible, avec le moins de quotas possible, pour remplir les congélateurs ou transformer de magnifiques animaux en trophées qui finiront accrochés aux murs des salons. Voire dans les poubelles des bords de route comme c’est le cas pour des milliers de canards, faisans et autres lièvres. C’est consternant, et bien triste !
Dans de telles conditions, ces chasses sont-elles encore bien légitimes ? Ou à proscrire ?
« Le pouvoir n’est pas de tuer un animal, mais c’est de lui laisser la vie !! »
PS : La pandémie du covid 19, nous remet à notre place : l’espèce humaine n’est pas au dessus de la Nature, mais elle en fait partie, au même titre que les autres espèces animales ! Les erreurs se payent toujours un jour ou l’autre !
Extrait de mon document "Qui sommes-nous pour traiter ainsi les animaux ?" éditions libre & Solidaire, (en collaboration avec Pierre Athanaze pour le chapitre sur la chasse en France) :https://libre-solidaire.fr/Qui-sommes-nous-pour-traiter-ainsi-les-animaux
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