Recréation permanente

Tous ces enfants qui jouent au téléphone arabe, qui passent leur temps à se chamailler et, pris la main dans la culotte de leur copine Marine, les joues rougies, s’écrient : c’est pas ma faute, c’est celle du petit Nicolas. Leurs bêtises, de plus en plus magistrales, sont suivies d’un « m’enfin » indigné, digne de Gaston, et leurs stratagèmes n’ont rien à désirer à ceux d’Achille (pas celui d’Homère, mais de Greg). Jouant à Blake et Mortimer, son livre de chevet préféré, Arnaud découvre qu’à Marseille il y a des tricheurs. Il n’était pas encore né, pas plus que son père ni même son grand père, que le Vieux port croulait de sardines géantes ayant droit de vote, et que Mémé (pas la mienne, Guérini), trouvait le juste Milieu pour gouverner avec Gaston (pas de Spirou, le maire). C’est dur l’éducation. A chaque fournée de gosses, il faut recommencer avec les lois de la gravité et expliquer, une fois de plus, que la terre reste ronde.
Le drame, si drame il y a, c’est que dans cette foutue école on ne sonne jamais la fin de la récré. Le niveau baisse à force de jouer à colin Maillard, et, au lieu de passer les classes les unes après les autres, on commence à la terminale pour atteindre la maternelle. On démarre par l’idéalisme transcendantal d’Emmanuel et on finit par devenir expert en petit chaperon rouge. Non pas que cela n’a pas son importance, les loups entrant toujours du côté de Passy ou de Neuilly. M’enfin, Elvire ne grandira jamais si elle passe du rire à la peur sans rien comprendre entre les deux. Cela dit, qui s’inquiète vraiment du sort d’Elvire ou même de Marianne ? Pas le petit Nicolas en tous les cas. Il est perdu dans sa lecture de Tintin en Afrique, maintenant que Tintin aux soviets est épuisé et introuvable. Imberbe encore, ça ne l’empêche pas d’y penser à ce qu’il pensera quand il devra se raser. On peut tout dire sur ce gosse, mais, à l’instar de Midas, tout ce qu’il touche se transforme en campagne électorale.
Des besogneux, il n’en manque pas non-plus. Marie, reste punie dans un coin, par ce que elle accapare les jouets des autres. Elle s’insurge bien sûr, répétant à l’infini que l’avion de son copain maghrébin est tombé dans ses mains complètement par hasard. J’ai rien fait dit-elle. Rien du tout. Ses parents, interviennent : s’il faut blâmer quelqu’un prenez-vous-en à nous et non pas à notre petite fille chérie, si pure, si naïve.
Il y a bien des forts en thème, ici et là, dans cette cour. Isolés, solitaires, dans leur monde, ils observent d’un œil les cancres, de l’autre s’adonnant à leurs lectures. Ils restent sourds à l’appel de leurs camarades, ne veulent jamais jouer, en tous cas, pas avec eux. Ils ont d’autres jeux en vue, voient grand, refont le monde. Les autres, hargneux, finissent par les bouder : va donc jouer dans une autre école Dominique, à la fac, tiens, tant qu’on y est, à polytechnique espèce de rabat joie. Et toi, Jean François, retourne à ton école privée, au lieu d’inventer des tours vicieux contre le petit Nicolas. Heureusement que Tintin inspire Nicolas pour se défendre. C’est tout l’avantage des pragmatiques. Ils savent exfiltrer la substantifique moelle de chacune de leurs lectures.
Il y a aussi des diablotins, des irrécupérables. Des blousons noirs, des casseurs, qui contestent la cour et rêvent d’une autre. Sans pour autant vouloir entrer dans l’école.
Celle-là, personne n’en veut : ni Olivier, ni Jean-Luc, ni les autres.
Même pas Alain, qui devrait pourtant se souvenir des bizutages d’antan, de quand il était un peu plus grand.
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