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Réforme des retraites et nouvelle mutation anthropologique ignorée des politiques

La réforme des retraites, sujet hautement sensible, et les réactions d’opposition qu’elle suscite, traduit de nouveaux rapports que peuvent entretenir les individus entre eux. Or le gouvernement, par la façon dont il a traité cette réforme illustre son incapacité à appréhender le fait que nous vivons désormais une nouvelle mutation anthropologique due à l’évolution numérique et ses effets.

Désir d’appropriation et rapport des individus entre eux

Si le désir d’appropriation est le propre de l’être humain et toujours le plus fort, jusqu’à présent, dans leur rapport et relation « individu - groupe », de manière générale, l’individu s’efforce d’agir en conformité avec les comportements les plus consensuels au sein du groupe et reçoit ainsi son approbation avec les avantages sociétaux inhérents. Le comportement individuel, c’est-à-dire la manière d’être, d’agir ou de réagir est propre a chaque individu, mais des éléments extérieurs peuvent toutefois le modifier. 

Ces éléments extérieurs résultent essentiellement de l’influence du groupe qui est conditionné par l’environnement, son nombre et ses besoins économiques, fussent-ils minimum (se nourrir, se vêtir, se soigner, se loger, se déplacer…). Pour ne pas être exclu du groupe, il pourra modifier son comportement pour s’adapter toujours aux autres. Certes, il y a toujours des récalcitrants qui y dérogent, mais c’est limité et ne dure pas très longtemps.

La science et la recherche, avec désormais le numérique modifie les rapports et les relations entre les individus et le groupe

La science et la recherche qui lui est inhérent, la médecine, mais aussi la technique, avec désormais le numérique où des robots peuvent s’auto- programmer entre eux, internet et les réseaux sociaux, dont l’usage individuel par les relations diverses et multiples que cela permet en terme de communication directement entre individus, modifie le rapport des individualités entre elles, mais aussi avec celle du groupe. Bien que la notion de groupe n’est pas et ne sera pas pour autant gommer… Ce qui change, c’est dans la capacité du groupe, à fortiori s’il s’agit d’une organisation structurée de type institutionnel, de pouvoir imposer ses directives aux individualités qui le compose, via des rapports internes classiques entre dominants (les dirigeants) et dominés (les divers autres membres ).

Grâce à ces nouveaux outils techniques numériques cela permet des relations directes entre les individualités au gré des problèmes sociétaux soulevés. Par exemple, pour initier et conduire des actions de masse, désormais chaque individu isolé n’a plus besoin d’avoir recours, obéir ou être soutenu par un groupe de type institutionnel (syndicats, partis politiques, associations…) et son « leader ».

Les « gilets jaunes », mais aussi les manifestations contre la « réforme des retraites » dont certaines échappent aux organisations syndicales et les dérives violentes commises par certains dans leur sillage démontrent que la société humaine est d’abord une addition d’individualités où chacun souhaite posséder sa totale liberté pour agir comme il l’entend et non d’une addition de groupes dans lesquels se diluent les individualités. Le problème, jusque dans une période récente, c’était l’impossibilité de pouvoir communiquer et agir en dehors d’un groupe organisé préalablement et durablement.

En communicant directement entre individus, via les nouveaux outils numériques et non par le groupe structuré dans lequel il se diluait antérieurement, les individualités peuvent agir et se constituer ponctuellement en groupe indépendant d’une quelconque organisation institutionnelle. Le faible nombre d’adhérents aux organisations syndicales, ainsi qu’aux partis politiques, par rapport à ce qu’ils étaient dans les années 1950/1960, voire encore dans les années 1980/ 1990 en témoigne. Malgré leur très grand nombre, pour les associations c’est souvent comparable ou encore pire pour chacune, d’entre elles. C’est leur efficacité par rapport à la résolution des problèmes qui est remise en cause, tant par rapport à l’espace de liberté d’application qu’à l’espace territorial concerné ...

L'explosion démographique de la dernière décennie, où entre 2012 et 2022 la population est passée de 7 milliards à 8 milliards d'habitants ajouté à la révolution numérique est aussi un facteur déterminant où chaque individualités tient à s'affirmer comme telle et ne souhaite que se distinguer de la masse du groupe.

La réforme des retraites et sa façon de l’imposer par le gouvernement, ainsi que la façon dont se font les réactions de refus illustre parfaitement le fait que nous vivons bien désormais une nouvelle mutation anthropologique.

L’incapacité d’imposer une mesure qui était très loin de recueillir l’enthousiasme de la population, telle la réforme des retraites, par les « outils » de régulation de la démocratie que sont les député(e)s et les partenaires sociaux, outils de régulation d’ailleurs très mal ou pas utilisés, illustre parfaitement que nous vivons désormais une nouvelle mutation anthropologique due à l’évolution du numérique et ses effets. Ce que le gouvernement et plus généralement la classe politique semble totalement ignoré. Bien que sous une forme différente, la coordination des individus entre eux au travers des réseaux sociaux numériques a fortement contribué à une dynamique de pression pour obliger les groupes institutionnels que sont les organisations syndicales à agir.

Ce qui est vrai pour la réforme des retraites le sera également pour toutes les réformes à venir, dès lors qu’elles « heurtent » une partie la population. Hors des outils classiques de régulation de la démocratie que sont le parlement, les syndicats, partis politiques associations, chacun des individus disposant de sa totale part d’expression et d’organisation , en communiquant directement par les divers « réseaux sociaux » numériques il peut à son gré se constituer en lobby de pression auprès de ces « outils de la démocratie, y compris en créant eux même ponctuellement leurs propres « outils » de pression. Suivant la nature des outils de pression dont ils se dotent, ils refuseront même toute forme organisationnelle de hiérarchisation, tels « les gilets jaunes »...

Chaque individu étant différent des uns aux autres, l’un des effets de la mutation anthropologique que nous vivons, implique de ne plus imposer des mesures autoritaires identiques pour tous, tel que cela a été fait pour la réforme des retraites.

En fixant un départ de l’âge à la retraite à une date applicable à tous de la même manière, ce qui pouvait être encore imposé hier grâce à une bonne « utilisation des outils de régulation institutionnels de la démocratie » que sont les élu(e)s, en particulier au parlement, les partenaires sociaux et les associations, désormais ce n’est plus possible.

Non seulement cette réforme des retraite n’était surtout pas urgente et il y avait d’autres sources de financement extérieures au budget de l’État, voir : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/avec-la-reforme-des-retraites-et-247411. Et même s’il y avait eu urgence à mettre en place cette réforme, alors qu’il n’y aurait pas eu la même réaction d’hostilité en ne fixant que la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite complète, laissant chacun choisir sa date de départ au-delà de 60 ans. Avec la mutation anthropologique que nous vivons, vouloir imposer une date de départ de façon identique pour tous, est une erreur fondamentale et un déni de réalité sociétale.

Pour avoir ignoré cette nouvelle situation sociétale, il est certain que les partis présidentiels et leurs alliés, vont « le payer cher » lors des prochaines échéances électorales. Il y a un exemple récent en Ariège avec le premier tour d’une élection législative partielle. La candidate Renaissance Anne-Sophie Tribout, pourtant finaliste il y a neuf mois, n’a récolté qu’un peu plus de 10% des voix. Ce qui est vraiment une claque pour la majorité présidentielle en pleine contestation de la réforme des retraites.

Pour conclure

Avec la nouvelle révolution numérique et son évolution il apparaît clairement que la société humaine est d’abord une addition d’individualités où chacun a désormais sa totale liberté pour s’organiser et agir comme il l’entend et non d’une addition de groupes structurés dans lesquels doivent se diluer les individualités. Dès lors, pour certaines mesure d’ordre général concernant l’ensemble de la société, telle la réforme des retraites, les lois qui sont prévues pour son application doivent veiller à éviter que les mesures ou parties de mesures proposées pouvant heurter les individus respectent leur diversité et ne soient pas identiques pour tous de la même manière, laissant à chacun sa liberté de pouvoir moduler tout ou partie de son application.


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4 réactions à cet article    


  • Sirius paparazzo 31 mars 2023 14:00

    Il faut une loi par individu, alors ?


    • lecoindubonsens lecoindubonsens 1er avril 2023 10:00

      @paparazzo
      non, pas une loi par individu, une seule, la même pour tous, mais une loi qui permet la liberté individuelle maximale de chacun tout en garantisant l’équité entre tous.

      Sur l’exemple retraites, une loi par exemple basée sur

      • l’universalité (la seule bonne partie du projet initial mais abandonnée), c’est l’égalité des règles du fronton de nos mairies
      • « un euro cotisé = mêmes droits pour tous » qui en découle
      • abandon de l’objectif « 14% PIB pour retraités », mais détermination d’un % équitable revu annuellement en fonction de la démographie (cela permet de déterminer la part globale des retraités = le vrai système de répartition = la génération qui travaille partage sa production avec les jeunes et les retraités qui ne produisent pas). C’est la fraternité du fronton de nos mairies.
      • système par points pour que les retraités se partagent entre eux leur part globale du gateau (part de chacun selon total cotisé et espérance de vie a l’age de la retraite)
      • age de départ déterminé librement par chacun pour son cas personnel (on oublie les notions d’age légal, d’age pivot, de nombre d’annuités, de majoration/minoration qui ne servent à rien et ... qui fâche en plus ! = maso).
        C’est la liberté du fronton de nos mairies.
      • la pénibilité se gère via les salaires. Travail pénible = meilleur salaire = plus de cotisation = possibilité de partir plus tôt en retraite à montant égal.
      • système similaire pour les enfants (qui génèrent des cotisations pour mère/parents ?)

      Bref discutons, échangeons des arguments pour construire, mais sans violence ni gène, ni perte de production (diminution de notre gateau global), ni casse (frais pour tous)

      Lire la suite ▼

    • leypanou 31 mars 2023 15:12

      La candidate Renaissance Anne-Sophie Tribout, pourtant finaliste il y a neuf mois, n’a récolté qu’un peu plus de 10% des voix  : si le poudré a été réélu sans problème c’est parce que l’opposition -en particulier le 2ème et le 3ème des présidentielles— est nulle.

      Et cependant, ils veulent remettre çà pour 2027.


      • lecoindubonsens lecoindubonsens 1er avril 2023 09:52

        Impasse, pas d’issue ! Que faire ?

        Une solution possible !

        1. le conseil constitutionnel annule le projet actuel sous un prétexte quelconque, chacun sort honorablement de l’impasse
        2. nouvelle phase de concertation pour un nouveau projet, mais sur de meilleurs critères, par exemple
        • l’universalité (la seule bonne partie du projet initial mais abandonnée), c’est l’égalité des règles du fronton de nos mairies
        • « un euro cotisé = mêmes droits pour tous » qui en découle
        • abandon de l’objectif « 14% PIB pour retraités », mais détermination d’un % équitable revu annuellement en fonction de la démographie (cela permet de déterminer la part globale des retraités = le vrai système de répartition = la génération qui travaille partage sa production avec les jeunes et les retraités qui ne produisent pas). C’est la fraternité du fronton de nos mairies.
        • système par points pour que les retraités se partagent entre eux leur part globale du gateau (part de chacun selon total cotisé et espérance de vie a l’age de la retraite)
        • age de départ déterminé librement par chacun pour son cas personnel (on oublie les notions d’age légal, d’age pivot, de nombre d’annuités, de majoration/minoration qui ne servent à rien et ... qui fâche en plus ! = maso).
          C’est la liberté du fronton de nos mairies.
        • la pénibilité se gère via les salaires. Travail pénible = meilleur salaire = plus de cotisation = possibilité de partir plus tôt en retraite à montant égal.
        • système similaire pour les enfants (qui génèrent des cotisations pour mère/parents ?)

        Bref discutons, échangeons des arguments pour construire, mais sans violence ni gène, ni perte de production (diminution de notre gateau global), ni casse (frais pour tous)

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