Regarde-moi...
Dans les rues de la ville, les gens se hâtent, vaquent à leurs occupations, happés par le temps, le travail, et les autres disparaissent, s'effacent...
Les autres n'existent plus, les autres s'évanouissent...
Et pourtant, ils sont là, les pauvres, les sans abri, les démunis, les sans visage, ceux qu'on ne voit plus.
Ils sont là, de plus en plus nombreux, de plus en plus isolés et solitaires.
Les gens détournent le regard, comme saisis de honte, ils ne voient plus ceux qui sont là accroupis, assommés de fatigue, de douleurs.
Ils refusent de voir la misère, la descente aux enfers, le désarroi, la détresse de ceux qui n'ont plus rien.
De la même façon qu'ils refusent de voir les vieillards enfermés désormais dans des ghettos, ils ferment les yeux devant la douleur des déshérités.
"Regarde-moi" pourraient-ils dire tous, vieillards et pauvres...
Dans nos sociétés individualistes, le regard ne s'attarde plus sur les autres, le regard se détourne de ce qui dérange et fait peur... la vieillesse, la misère...
"Regarde-moi, regarde mes rides, ma souffrance, mon visage las et douloureux."
"Regarde mon humanité, derrière les rides et la détresse. Je suis un être humain, comme toi, même si mon aspect est douloureux et triste.
Il m'arrive de sourire, de pleurer comme toi".
Dans un monde où la beauté, la jeunesse sont magnifiées, dans un monde de consommation, d'artifices et de paillettes, comment les vieux et les pauvres pourraient-ils attirer le regard ?
Il nous faut réapprendre à voir au delà des apparences, il nous faut réapprendre à regarder les autres, les humains, nos semblables.
Et puis il nous faut aussi rétablir le contact avec les oubliés de la terre, il nous faut partager.
"Notre société est très cloisonnée et cultive l'entre-soi. Tout est fait pour que les personnes incluses, qui travaillent, qui consomment, ne rencontrent pas les exclus- ceux qui sont au bord des rues et du monde. Et c'est bien le drame, car avec ce manque de contact entre les uns et les autres, un fossé d'incompréhension s'installe..." écrit Véronique Fayet dans son ouvrage Révolution fraternelle.
"Regarde-moi... " le verbe regarder implique une attention à l'autre, une ouverture...
C'est là un message qu'il nous faut tous entendre.
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