Ressources Eduscol sur Jacques Chirac : pas une critique ni un mot sur les affaires judiciaires !
Il fallait s'y attendre. La mort de l'ex-président controversé Jacques Chirac a été l'occasion d'un battage médiatique disproportionné, dans le but de fabriquer un mythe républicain, voire un écran de fumée pour esquiver les sujets sérieux du moment.
Impossible d'y échapper à la TV, même les chaines "sport" (L'équipe 21...) ont changé leur programmation pour rendre hommage à ce chef d'état "humaniste", "populaire" et "proche des gens". Il y a vingt ans, cela aurait relevé d'un scénario de film de science-fiction burlesque, ou d'un film d'anticipation sur la propagande. Même Zemmour et Naulleau ont mis la main à la pâte en invitant le totem Alain Duhamel pour narrer quelques anecdotes sur le héros républicain du moment. Durant des heures durant, on nous a montré une foule de gens venant "se recueillir" aux Invalides, sans préciser s'il s'agissait de groupies de l'ex-président ou de touristes et de passants venus faire des selfies.
La mort d'un homme est toujours tragique. Paix à l'âme de Jacques Chirac. Toutefois, un personnage public est d'abord étudié en tant que politicien, et non en tant que "people". L'histoire ne retiendra pas ses liens avec sa petite famille mais ses actes. Engagements de jeunesses dévoyés, renoncement au gaullisme, affaires judiciaires de la ville de Paris, trahisons électorales (Giscard...), lois sur le regroupement familial des immigrés qui ont eu les conséquences que chacun sait dans les banlieues, cohabitation houleuse en 1986 avec la répression des manifestations étudiantes et autres casseroles, refus de débattre avec Jean-Marie Le Pen en 2002 par calcul et non par conviction... Jacques Chirac fut à des années-lumière d'un général De Gaulle dont la France ne s'est jamais remis du décès. Un homme qui, lui, sut se montrer courageux, volontaire et soucieux du peuple de France en des circonstances bien plus tragiques que celles de l'époque chiraquienne. Le général qui inspira la création du RPR mit en place l'état-providence après-guerre, nationalisa les entreprises, gouverna avec la gauche quand l'intérêt de la nation le justifiait. Jacques Chirac a privatisé, repoussé l'âge de départ à la retraite pour les salariés, remis en cause les droits sociaux, ouvert les frontières. Il n'a jamais remis en cause le train de vie de l'état, bien au contraire. Il y a un gouffre entre les deux hommes.
Certes, il faut aussi voir les côtés positifs de l'oeuvre d'un défunt. Le soucis, c'est de trouver ceux de Jacques Chirac, qui ne sautent pas aux yeux. Pour cela, les enseignants disposent des ressources Eduscol sur le site du ministère de l'éducation nationale :
https://eduscol.education.fr/cid145419/jacques-chirac.html
Positivons enfin, et notons que la sinistrose ne risque pas d'atteindre les rédacteurs de cette rubrique. A moins qu'il ne s'agisse d'une mise en veille de l'esprit critique, dans le cadre de la lutte contre le complotisme. Car le contenu fait autant sourire qu'il inquiète. Pas un mot sur les affaires judiciaires, les emplois fictifs de la ville de Paris, ni sur le bilan économique et social de la période 1995-2007. Pas un mot sur la période du gouvernement Jospin, la seule où le chômage a baissé. Pas un mot sur l'abandon de souveraineté de la France...
Plus grave, le choix idéologique des thèmes relève de la propagande pure et simple. Chirac, l'homme de la construction européenne qu'il dénonça pourtant dans les années 1970. L'homme qui "adhéra", non pour le bien des français mais pour se faite élire président. L'homme qui supprima le service national pour détruire la conscience collective des jeunes français et en faire de vulgaires consommateurs.
Pour le côté humoristique, notons le réferendum sur le quinquennat (2000) boudé par le peuple, et le débat de 1988 où il fit moucher par Mitterrand. Pas une ligne sur le réferendum de 2005 où les français exprimèrent leur ras-le-bol de l'Europe des banques, dont le résultat fut balayé d'un revers de main par Jacques Chirac.
Il y eu aussi, comme de bien entendu, l'épisode de la commémoration de la rafle du Vel'd'Hiv, pour tenter de culpabiliser les français. Puis la "réconciliation avec l'Algérie" (ne riez pas !) en mars 2002 : on ignorait que l'on devait cela à Jacques Chirac. D'ailleurs, les voitures brûlées durant les matchs de l'équipe de foot d'Algérie, et les exactions en tout genre ont démontré par la suite que les algériens vivant en France n'avaient pas bien compris la démarche chiraquienne...
Tout cela relève de la propagande par dissimulation, omission et détournement des faits. Le ton de l'article d'Eduscol est libéral, européiste, anti-patriotique et culpabilisateur (1942, la colonisation etc.). Ce n'est pas de la documentation républicaine, mais du simple baratin.
Libre à chacun d'honorer ou pas la mort de Jacques Chirac. Personne ne peut l'imposer en démocratie. De leur côté, les enseignants commémoreront le suicide de la directrice d'école de Pantin par des rassemblements le jeudi 3 octobre 2019. Ils honoreront une femme qui s'est occupée toute sa vie des autres, des enfants de milieux populaires, pour un salaire modeste, loin du faste de la galaxie chiraquienne. A chacun ses combats, le soucis d'aider le peuple d'un côté, le goût pour le pouvoir et le luxe de l'autre. Deux France, deux conceptions de la république...
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