Société & Démocratie ou la recherche d’une espérance
Deux mondes s'affrontent, les uns parlent de politique, les autres sur la politique. On nous parle à longueur de temps de nouvelles réformes qui visent à adapter l'existant à de nouvelles problématiques, autrement dit de faire du « neuf » avec du déjà vu ou « mettre un moteur sur un carrosse ». Écoutez les politiciens s'exprimer, ils ont des idées sur(tout) et manipulent l'art de la rhétorique à merveille, aucun ne dira : « Je veux » mais : « La France veut ! » A part un despote, quel homme peut s'incarner en un pays ou parler au nom d'un peuple. La société, l'État et la Nation ont besoin bien plus que d'une opération cosmétique qui sied aux hommes politiques d'un âge certain. Ce ne sont que des gens ordinaires qui ont besoin des autres pour se révéler à soi-même, fusse en utilisant l'hypocrisie et en misant sur le mensonge pour parvenir à leurs fins. La politique est verrouillée, l'électorat en représente la clef et la fonction n'est qu'une vanité supplémentaire.

Le 31 mars 2016, un communiqué de la Convergence des luttes en opposition à la loi El Khomri appelait à l'occupation de la place de la République. A la nuit tombée, 4000 personnes allaient s'y rassembler et donner naissance au mouvement « Nuit debout ». Le 5 avril, ou 36 mars dans le jargon des contestataires (on compte à partir du 31 mars), le mouvement s'étendait à une cinquantaine de villes et à : l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne et le Portugal. Le 6 avril « Radio debout » diffusait sa première émission comme au temps des radios-libres et chaque participant se prenait à rêver au grand soir. Par contre, pour 54 % des 18-30 ans, les revendications du mouvement ne sont pas claires...
Le mouvement est une redite de celui de Madrid apparu le 15 mai 2011 lorsque les « Indignés » se réunirent sur la Puerta del sol à la suite d'une manifestation contre la crise économique frappant la péninsule ibérique et à laquelle « Nuit debout » a emprunté sa structure typologique sans prendre la peine de l'adapter... Personne ne parle au nom d'un parti, mais en son nom seul - les propositions sont inscrites à l'ordre du jour sur un tableau visible de tous - la foule spectatrice assise en tailleur à même le sol, écoute l'intervenant et exprime son opinion par une gestuelle appropriée (d'accord ou pas, trop long, je ne comprends pas, on se calme) et l'AG se termine par le vote à main levée. La foule est bigarrée, il y a : les partisans, les curieux, les provocateurs, les sympathisants, les dragueurs, les sans-papiers, les désœuvrés, sans oublier les nostalgiques de mai 68. L'ambiance y est plus proche du milieu altermondialiste qu'une réunion de la rue de Solférino.
Dans la soirée du 42 mars, une centaine de militants entend rejoindre l'immeuble du Premier ministre Manuel Valls situé à proximité du Boulevard Voltaire. Les forces de l'ordre ayant reçu des consignes strictes leur font barrage afin d'empêcher les protestataires d'aller chanter la sérénade à l'édile politique, c'est l'escalade. La colère des casseurs qui avaient brisé les vitrines des établissements financiers se trouvant sur leur passage se heurtent aux rangs policiers. L'opposition « accrochait » le gouvernement. L'état d'urgence n'interdit-il pas tout rassemblement sur la voie publique ? Le lendemain, les services de nettoyage de la ville de Paris étaient à pied d'œuvre sous la présence policière pour faire place nette, mais c'était sans compter sur la pugnacité. Le soir, ils étaient de retour, tandis qu'Emmanuel Macron le jeune ministre des finances qui se targue de n'être ni de gauche ni de droite et de privilégier le mérite individuel, annonçait la création de son mouvement « En Marche ! » Son ambition ? rassembler sous une même bannière ou étiquette les déçus des partis, en majorité les lycéens et jeunes diplômés tourmentés par leur manque d'avenir.
Notre jeunesse se sent de plus en plus délaissée : 83 % des 16 à 25 ans ne font pas confiance aux hommes politiques - 23,4 % des jeunes actifs sont sans emploi - 54 % renoncent à se faire soigner - près de 50 % travaillent en plus de leurs études, d'autres peinent à se nourrir ou à se loger ! Nos jeunes sont plus mal lotis que les SDF venus du bout du monde recevoir quelques « prébendes » alors qu'ils représentent l'avenir des forces vives de la nation. Ils vivent un drame humain doublé d'un drame politique et existentiel. La coupe est pleine, aussi entendent-ils remettre en question la démocratie. Comment trouver des raisons d'espérer et un peu de justice sociale ? En se tournant vers une démocratie participative, collaborative, directe ou l'avènement d'une VIe République ? car voilà bientôt plus de six décennies que la Ve perdure.
Notre jeunesse a faim d'espoirs et l'instabilité actuelle s'oppose à tout dogmatisme. Nos « politic(h)iens » sont dépassés par les événements, par la technologie et les courants d'idées novateurs. Il serait grand temps de nous délester des points morts politiques, des hommes compassés et autres gérontocrates qui « dirigent » la France selon des doctrines d'antan ; ils ne sont que de vulgaires postillons. J'ai souvent tendance à voir en eux les « Trois mousquetaires » qui chacun le sait, étaient quatre, vous me suivez ;-) ? Ces habitués des couloirs du pouvoir souffrent non pas de faim, mais de diabète, de cholestérol et d'artériosclérose. Ils n'en finissent pas de mourir nous infligeant un jeu de bascule à nous en donner le tournis. Notre jeunesse aspire vers quelque chose qui ne ressemble ni au passé ni au présent, mais les partis ne veulent se résoudre à un bouleversement qui remettrait en cause leur doctrine figée dont ils tirent leur subsistance. Chacun son maroquin décroché s'installe avant de se répartir les postes, les titres et les honneurs liés à la fonction, sans en oublier les nombreux avantages en nature... Tous ont une chose en commun, le parti-pris qui est à l'origine de petites combinaisons politiciennes et parfois de désertions motivées par l'ambition qui les ronge. Peu importe si on mange la main qui hier nous nourrissait, c'est une anthropophagie à laquelle ils se sont habitués.
Notre pays souffre, à moins qu'il n'agonise de ses contradictions sociales - de sa politique étrangère - du cadre économique - et d'un système politique imparfait. Cela n'en signifie pas autant qu'il y ait place pour un nouveau parti réformateur. Les électeurs se parquent en troupeaux qui attendent leurs maquignons. Les voix se portent sur le candidat d'un parti, mais bien peu d'électeurs possèdent un bagage suffisant pour comprendre l'enjeu sociétal d'un scrutin. L'esprit critique se dilue dans le lavage de cerveau. L'idéologie ou l'aspect physique guide leur choix et pas question de se déjuger ! Rendre responsables les hommes politiques pour lesquels on a voté revient aussi à s'accuser. Vous qui croyiez être porté par une vague, peu importe la couleur, la lame de fond vous a rapidement submergée. Que voulez-vous, on n'est jamais trahi que par ceux à qui on a accordé notre confiance, faisant de nous, les « naïfs », leurs complices.
A droite on cherche une révolution économique et à gauche une révolution sociale. Faire bloc ou barrage à un parti honni ne peut que contraindre à une cohabitation éphémère comme celle des passagers clandestins embarqués à bord d'un navire qui n'attendent qu'une occasion pour quitter le bord. Il y a bien peu de chance de rassembler tous les mécontents autour d'un parti unique, chat échaudé craint l'eau même tiédie. Un nouveau parti ne peut qu'espérer effleurer les masses mécontentes mais certainement pas toutes se les rallier. Une partie entend opter pour une forme de mysticisme démocratique tandis qu'une autre prêche pour le durcissement de l'autorité et une autre encore prône l'indifférence. Les nouveaux partis reposant sur l'idéologie du moment attirent surtout les jeunes en quête d'un avancement politique rapide, car la politique comme le syndicalisme est devenue une profession à part entière. Pour réussir un bouleversement politique digne de ce nom, il faut l'assentiment de la masse, or cette dernière n'est jamais neutre et encore moins acquise. La population contestataire est segmentée : les lycéens - les étudiants - les travailleurs - les fonctionnaires - les paysans - les cadres, les investisseurs, les demandeurs d'emploi, etc. Comment un tel chœur pourrait-il battre à l'unisson ? Un parti peut toujours espérer convaincre ceux qui le combattent, mais comment interagir avec à des individus lui opposant une résistance passive ou l'inertie ?
« La démocratie a mille bonnes qualités, elle n'a par contre qu'un défaut, elle n'est pas démocratique. » (Chesterton). La République porte en elle le despotisme comme tous les autres régimes. Et pour cause, la République a besoin d'un gouvernement fort pour contenir toutes les velléités contingentes. Un régime politique se doit à être un équilibre subtil entre permissivité et fermeté, il ne vaut que par les hommes qui le servent... Si on reproche à la République, surtout en ce moment, d'exercer son pouvoir, c'est qu'on n'en partage pas tous les idéaux. La démocratie reste imparfaite, elle représente l'opinion moyenne d'un pays à un moment donné, ce qui lui suffit à contenir les extrêmes et la condamne à l'incapacité perpétuelle.
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