Sol Invictus et la septante, instruments de l’impérialisme romain
Pourquoi sommes-nous obligés de préciser, quand nous mentionnons une date, si elle se situe avant ou après l’ »ère chrétienne » ? Quel rôle a bien pu jouer cette religion chrétienne dans l’antiquité et le moyen-âge pour avoir pu imposer ce calendrier à la planète entière, ou du moins aux organismes officiels et internationaux ?
La septante.
Après la défaite de Spartacus lors de la guerre servile, vers – 70, qui se solde par une défaite écrasante pour eux, les esclaves romains perdent tout espoir de retrouver une condition d’homme libre. Mais l’espoir en un Sauveur était né.
Vers - 30, des esclaves formés aux lettres sont envoyés à Alexandrie comme "employés aux écritures". En Egypte, ils découvrent la Septante, une version grecque de la Bible hébraïque (non reconnue par le judaïsme). Ces esclaves assimilent leur condition à l’oppression subie par les juifs et donnent une place à part à ce livre qui se met à circuler. Mais la grande majorité des esclaves sont illettrés et les traditions orales supplantent les traditions écrites jusqu' au règne de Constantin
Chrestus
Suetone a laissé un témoignage sur des provocateurs et agitateurs de Rome sous le principat de Claude (41-54) menés par un certain Chrestus, un prophète parmi les esclaves romains dans la Rome du I er siècle. Les adeptes de Chrestus sont progressivement désignés par le terme "chrétiens". Cette appellation caractérisait sous Trajan (98-117) toute personne opposée à l'ordre Romain, passible de peine de mort, amalgame pratique,équivalent à « terroriste » aujourd’hui. Il existait d’autres rebelles parmi les populations envahies par les armées romaines, ce qui augmentait le nombre de "chrétiens" au fur et à mesure qu' avançaient les frontières.
Les « Collegia »
En 144, la Septante est définitivement adoptée par ces "chrétiens". Deux lois vont alors contribuer à la propagation du "christianisme" dans les régions sous domination romaine :
- la première, instaurée par Septime Sévère (193 à 211) permettait aux citoyens de Rome de se regrouper en associations.
- la seconde, instaurée en 212 par Caracalla, accordait la citoyenneté romaine à tous les hommes libres vivant dans l' Empire. La plèbe urbaine "chrétienne", qui pouvait alors se réunir dans des Collegia, s'organiser et créer des mutualités avec les esclaves "chrétiens", permettant aux pauvres de s'assurer d'une sépulture dans des lieux appropriés acquis par ces associations. La pratique de ce culte privé était autorisé à condition de désigner un episcopus (évêque), responsable de la discipline du groupe, qui faisait le lien entre l’association et l’administration impériale ( jamais un esclave), et la récitation d’une prière pour la prospérité de l’Empire et la bonne santé de l' Empereur à la fin de chaque réunion de Collegium.
Il ne s’agissait pas d'une Eglise, mais de différentes Collegia doctrinalement concurrentes, dont les oppositions pouvaient se transformer en véritables bagarres. Chacune d'entre elles adoptent la Septante, dans plusieurs versions, interprétée de différente manière, ainsi que d'autres textes ou des apports d'autres religions dites païennes ; les évêques des autres Collegia les considèrent comme hérétiques et/ou les textes adoptés comme apocryphes, et vice versa. Avec la conversion de romains au judaïsme et la propagation des "chrétiens", le monothéisme s’impose petit à petit dans l’Empire des romains polythéistes, à coté de nombreux autres cultes comme celui de Mithra.
Jésus-Christ
Aux 2ème et 3ème siècles, les chrétiens ne font pas mention de Jésus Christ dans des textes où il devrait figurer. Cyprien qui écrivait à son ami Donat pour l' inciter à partager sa nouvelle croyance religieuse, sans jamais mentionner le messie des chrétiens. Minucius Félix dans son apologie à la religion chrétienne, qui ne mentionne ni le Christ, ni la Septante, ni les Evangiles, ni les Apôtres.....Des "chrétiens" sans Christ.
Entre 235 à 284, pendant 50 ans, l’Empire Romain vivra sous un climat d’anarchie où 20 empereurs se succéderont, et bien que divisées, les Collegia "chrétiens", très présentes dans les grandes villes de l’Empire, Rome, Carthage, Alexandrie, Antioche forment une sorte de parti hiérarchisé, unique en son genre, sans aucune concurrence de cette nature dans les religions dites païennes. Cette prise d'importance est sans doute la raison qui a poussé Dèce en 250, Valérien en 257, et Dioclétien en 303
Constantin Christos
A partir de 313, Constantin va réaliser l'un des plus grands tours de passe-passe politique de l' histoire, en se convertissant et en faisant rapidement du "christianisme » la religion d'état de l' Empire Romain. Tous ces évêques, ces chefs de Collegia, ces lettrés chrétiens issus des paedagogia de l' Administration de l' Empire, pour garantir leur vie et leurs avantages, ont pactisé avec leur ancien ennemi pour lui apporter un appui. Constantin en fera son administration religieuse. Il prend pour symbole le chrisme et pour titre Christos (oint de Dieu), et perpétue la tradition romaine des "souverains-dieux soleils" tel que Septime Dominus Sévère ou Auguste.
Constantin Pontifex Maximus devient ainsi le représentant officiel du Dieu Unique des chrétiens. L' Edit de Milan autorise les "chrétiens" à pratiquer publiquement leur culte.
Comme la grande majorité des chrétiens sont illettrés, plutôt que s' attacher aux écritures, Constantin va utiliser d'autres moyens pour fidéliser les communautés chrétiennes, avec la construction de nombreuses Collégiales ou Basiliques (maisons de l' Empereur), et n' oubliera pas ceux qui sont attachés à la Septante en déclarant Jérusalem comme capitale spirituelle. A ce moment les chrétiens, traditionnellement insoumis dans la Rome Antique deviennent des troupes obéissantes.
A Constantinople, l’Istanbul actuelle, la future Byzance, dans sa nouvelle capitale de l' Empire, au centre ville, domine une statue monumentale sur un pylône de pierres rouges représentant Constantin en divinité solaire illuminant de ses rayons la totalité de l' Empire. Son mausolée dit Eglise des Saint Apôtres, abrite son sarcophage trônant au centre de l' édifice, tel le soleil éclairant tout le Zodiaque symbolisé par 12 faux sarcophages représentant les 12 divinités zodiacales.
A Rome, il ordonne l’édification de la basilique de Saint Pierre, vraisemblablement commencée en 322. A Jérusalem, il fait construire une. Il officialisait ainsi l' appropriation chrétienne de la Septante, et créait virtuellement les Lieux Saints chrétiens en permettant aux futurs évangélistes, copistes, correcteurs, glossateurs, et autres, de situer en Galilée la vie terrestre de leur Sauveur.
Le syncrétisme de Constantin
En 335, on christianisa la fête d'une autre religion. Noêl ou Neo Helios (Nouveau soleil) qui coïncide à peu près avec le solstice d'hiver est fêté le 25 décembre pour fêter la naissance du Sauveur... ce jour de fête coïncide avec celui de Sol Invictus (religion très répandue dans l’armée romaine) et avec la naissance de Mithra.
Pâques est un nom emprunté à une fête juive, par l’influence de la Septante sur les chrétiens, mais qui n' a pas plus de liens avec le judaïsme que ce nom. Les juifs fêtent Pâques à une date fixe de leur calendrier (le 15 Nissan) pour commémorer l’exode hors d’Egypte, tandis que les chrétiens fêtent Pâques durant l’équinoxe de printemps, pour commémorer la résurrection du Christ. Les premiers n’ont jamais eu de mal à dater cette fête tandis que la datation de la Pâques chrétienne est restée un problème jusqu' à l’instauration du calendrier Grégorien. Avant que Constantin ne légifère la date de Pâques, cette fête était célébrée le 25 mars, or le culte de Cybèle et Attis célèbre ce même jour... la résurrection d' Attis.
En 451 le Concile de Chalcédoine introduit la doctrine d’un Christ en croix, comme pour succéder au mythique Attis, crucifié et ressuscité, de même qu'on déclarera de foi que le Sauveur s'était incarné sous les traits d'un esclave (chose que les Evangiles actuels ignorent).
Le Concile de Constantinople en 692 ordonne de ne représenter Christos que sous une forme humaine, ce qui sous-entend que jusqu' à l'aube du 8ème siècle, le Sauveur était représenté sous d’autres formes.
La papauté
Contrairement à l’idée reçue, la liste des papes ne commence pas avec Saint Pierre. C’est an 382 que l' Empereur d' Occident Gratien décide d'abandonner son titre de Pontifex Maximus, après que Théodose ait fait interdire tout culte qui ne soit pas celui du Christ-Roi. Cette "révolution culturelle" va conduire vers des persécutions de pratiquants de religions, auxquels le christianisme a pourtants puisé certains fondements : le culte de Mithra, de Cybelle et Attis, Sol Invictus. Une répression sur les cultes dits païens qui va durer de nombreux siècles en Occident et en Orient, accompagnée de la destruction des textes et des livres concernés, une répression sans comparaison bien plus importante et sanglante que les précédentes persécutions romaines anti-chrétiennes.
Le premier évêque à s'intituler Pontifex Maximus est Léon 1 er vers 440. De 590 à 604 l'évêque de Rome, Grégoire, dit Grégoire le Grand connaît plusieurs succès en convertissant au christianisme plusieurs souverains barbares, et il impose une primauté sans conteste de Rome, à l'encontre notamment du Patriarche de Constantinople, qui voulait être nommé par l'Empereur d' Orient.
L’intervention des « barbares » (qui n’étaient bien souvent que des mercenaires venus réclamer la solde que Rome ne leur payait pas), va relativiser les pouvoirs de la papauté jusqu' au 8ème siècle. Menacé par les Lombards, l’évêque de Rome, Etienne II, demandera de l'aide à Pépin le Bref accompagné d'un document aujourd'hui nommé comme la Donation de Constantin. Ce document rattaché au nom de l’Empereur Constantin et adressé à l’évêque de Rome Sylvestre 1er, en 315 aurait pour origine la guérison, par Sylvestre, de la lèpre dont Constantin aurait été affligé. Ce texte est divisé en deux parties, la première établit les croyances que Sylvestre aurait inculqué à Constantin. La seconde partie est la donation à proprement parler, et prétend léguer à Sylvestre et à ses successeurs, la ville de Rome, l’Italie et toutes les régions occidentales de l’Empire. Constantin y aurait déclaré devoir se retirer dans la partie orientale de l’Empire pour ne pas empiéter sur la souveraineté de l’évêque de Rome. Pour ses nombreux anachronismes, notamment le legs d'églises à Rome, qui n'existaient pas en 315-317, date supposée de sa rédaction, ce document est largement considéré comme une falsification depuis le 12ème siècle, et par le Vatican depuis le 19ème siècle.
Pépin le Bref accède à la demande d'Etienne II vers 753, envoie ses troupes et libère Rome et l' Italie qu'il offre à la papauté. C'est la naissance des Etats Pontificaux, et, bien que les lombards vont bien vite reprendre le contrôle de la région, la papauté se déclare à ce moment-là comme légitime héritière de l' Empire Romain d' Occident, à partir d'un faux document. Ces étatsse sont accrus et ont connu leur extension maximale au 14 ème siècle.
A partir de ces données, on peut établir une chronologie de l’ évolution du christianisme dans notre histoire :
-70 Révolte de Spartacus
-30 Découverte de la Septante par les premiers esclaves "chrétiens" lettrés
0 Naissance supposée de Jésus Christ
50 Révolte de Chrestus à Rome
100 Trajan nomme "chrétiens" toute personne opposée à l’ordre romain
111 Pline le Jeune mentionne que les chrétiens louent "le Christ"
135 Disparition de tout état juif en Palestine
144 La Septante est définitivement adoptée par les chrétiens
210 Approbation de deux législations romaines qui permettent l' extension du christianisme dans l' Empire
313 Conversion de Constantin au christianisme dont le Concile de Nicée légifère ce nouveau culte et affirme la nature trinitaire d'un Dieu Unique, une révolution parmi les cultes monothéistes
335 La fête du Sol Invictus devient le jour de Noël
440 Léon 1er, premier pape portant le titre de Pontifex Maximus
451 Le Concile de Chalcédoine introduit la doctrine d'un Christ en croix, et d'un Sauveur incarné sous les traits d'un esclave
546 Premier Nouveau Testament constitué par le Codex Fuldensis
692 Le Concile in Trullo de Constantinople ordonne de ne représenter le Christ que sous forme humaine
753 Etienne II fait intervenir Pépin le Bref en Italie avec le document de la Fausse Donation de Constantin. Naissance des Etats du Pape.
795 Charlemagne fait réviser les différentes reproductions écrites de la Bible et leurs dissonances
800 Début de la révolution scripturale de la minuscule qui laisse à l’abandon un grand nombre de textes anciens
Le fait que la décision de rattacher le calendrier naissance supposée du Christ n’est pas un hasard. La proposition de Denys le Petit a été adoptée par l'Église en 532, puis elle s’est généralisée au 8ème siècle. A partir de l'an 1000, seul ce calendrier figure sur les actes officiels, certifiant ainsi l’influence effective de la doctrine chrétienne dans les sociétés européennes.
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