Stasi, Savak, PJ.... ?
Fier était l’occident conquérant lorsque disparaissaient les derniers signes du pouvoir totalitaire de RDA ; au détour d’une fin de siècle essoufflée, les grands pouvoirs tyranniques s’éteignaient peu à peu, entraînant dans leur destin les fort symboliques polices politiques, Stasi, Savak, Securitate etc.
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Pourtant de ci de là, quelques résurgences rappellent à nos bons souvenirs les méthodes tant décriées alors par nos Enarques ataviques. Nous n’irons pas jusqu’à soutenir que la police Française ait une quelconque ressemblance avec ces organes politiques d’un autre âge, mais certains évènements récents tendraient à nous y conduire sérieusement.
Le trait d’humour d’un prof de philo, un panonceau lors d’une manifestation, une bousculade sur un quai de gare, une militante en garde à vue pour ses idées, un épicier incarcéré sans preuve, deux bambins accusés et embarqués, sont des incidents qui ne peuvent que nous interpeller sur l’état de notre démocratie, et comme support cette police qui agit dans l’urgence inique. A l’outrage présumé, le pouvoir répond par l’outrance, la police devient le garant non plus de la sécurité des citoyens mais du temple exécutif, la recherche de la vérité se transforme peu à peu en présomption de culpabilité et l’objectivité, âme d’une police citoyenne, fait place à l’objectif sécuritaire et pécuniaire.
Nous sommes passés en quelques mois d’un état de sécurité publique au paradigme populiste de sûreté nationale. Terrorisme fantasmé mutant, au fil des contingences, en terrorisme d’état, nos hommes en bleus, hier, arbitres d’une justice républicaine, glissent inexorablement vers l’arbitraire du chiffre et de l’action d’éclat immédiate.
Mais au delà de ce phénomène dramatique pour nos libertés fondamentales, l’absence coupable de réaction de l’ensemble des intervenants sociaux, humanitaires syndicaux ou politiques interroge sur la situation de notre pays face au contrat social républicain. Nous pouvons nous demander si une société dont les vertèbres sont le droit et la justice peut encore exister quand ses piliers sont inéluctablement malmenés, quand ceux là même qui se doivent de nous protéger entretiennent abusivement le cercle vicieux provocation-répression en toute impunité.
Y a-t-il une seule justification qui agréerait à l’interpellation sans motif, pis, la suspicion doit elle engendrer systématiquement l’interpellation transformant la présomption d’innocence en culpabilité probante. Les lois récentes niant les principes démocratiques semblent aller dans le sens du renversement de la charge de la preuve et vers la policiarisation systémique. Ici entrent en ligne de compte la faiblesse des contre pouvoirs, l’aliénation des médias et la mansuétude des partis d’opposition, le gouffre qui s’ouvre est sans fond qui tolèrent, acceptent puis entérinent chaque errement nous menant insidieusement vers un despotisme inexorable.
Si un sursaut démocratique doit apparaître, aujourd’hui, il ne peut venir que d’un rejet profond de cette méthodologie qu’une police intègre ne peut supporter, des partis d’opposition résolus à épurer la compromission, d’une presse volontariste capable de réintégrer une éthique indispensable. C’est de l’apathie générale que le pouvoir immodéré se nourrit, investissant tous les rouages sociétaux à ses fins ambitieuses, la concupiscence de celui-ci ne se repaît que dans la confusion entre gouvernement et état, entre services publics et intérêts privés.
La limite du supportable n’est-elle pas atteinte lorsqu’un fonctionnaire de police justifie l’arrestation d’un enfant de six ans, lorsque certains quidams encouragent ce comportement ? Devons-nous, au mépris de l’essence de notre nation, entériner la perversion d’un système déviant ? Avons-nous le droit de brader notre liberté, l’avenir de nos enfants sur l’autel de la sécurité illusoire ?
Les enjeux démocratiques sont patents et cruciaux au fur et à mesure que se dissolvent la déontologie et la philosophie des principes républicains, rappelons-nous encore qu’il est un devoir constitutionnel que de se révolter contre un pouvoir inique.
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