Streaming illégal : protégeons nos enfants
Les jeunes enfants et adolescents sont de plus en plus nombreux à visionner des contenus pornographiques sur Internet, via notamment les sites de streaming illégaux. Si le gouvernement traîne à réagir, une association, Ennocence, a lancé en juin dernier une plateforme de signalement des sites et contenus inappropriés.

Le 18 septembre dernier, le match de Ligue des Champions Liverpool-PSG a fait le bonheur des amateurs de football : des aficionados capables de payer une quarantaine d'euros pour accéder aux matches en exclusivité sur RMC Sport...et de tous les autres, c'est-à-dire ces footeux qui privilégient la solution du piratage. Ces sites de streaming illégal et gratuit – et pour cause, puisqu'ils ne paient pas les droits de retransmission – sont en véritable expansion : selon Médiamétrie et le Centre national du Cinéma, ils capteraient près d'un million d'internautes français par mois, soit entre 10% et 20% des audiences réalisées par les chaînes de télévision lors de certaines rencontres de haut niveau.
Pendant que le gouvernement tergiverse, une association agit
La plupart du temps, ces sites pirates se rémunèrent grâce à la publicité. Envahissantes et non-souhaitées, ces fenêtres pop-up à caractère inapproprié – pour ne pas dire pornographique – apparaissent devant les internautes quel que soit leur âge. Et c'est là où le bât blesse. Après la victoire des Bleus lors de la dernière Coupe du monde, nos enfants sont de plus en plus nombreux à surfer sur ces plateformes illégales, et à être exposés à ce type de publicités très violentes. Je sais que toutes les mères partagent mon inquiétude et que nombreuses sont les familles qui ne savent pas toujours comment réagir face à ce phénomène.
Apparemment consciente du problème, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a annoncé en avril dernier qu’elle souhaitait créer une liste noire des sites de streaming illégaux. Il était temps ! Mais depuis, rien, ou si peu. Pendant que le gouvernement reste muet, une association, Ennocence, qui a fait de la lutte contre ce fléau sa priorité, a décidé d'agir. Le 1er juin, à l'occasion de la Journée mondiale des parents, l'association a lancé la première plateforme de signalement de contenus inappropriés sur Internet, Balancetonsite.com.
Simple d'utilisation, le site permet de signaler de manière anonyme les contenus que les adultes trouvent dangereux pour leurs enfants. Parallèlement, Ennocence a annoncé qu'elle « mettrait à disposition du ministère ses listes de sites et contenus signalés sur Balancetonsite.com, permettant de soutenir la lutte du gouvernement contre ces sites délinquants ». L'association a également annoncé avoir entrepris de premières actions en justice contre les sites signalés.
Un accès de plus en plus jeune à la pornographie
Téléphones portables, ordinateurs, tablettes, consoles de jeu : jamais il n'a été aussi facile pour nos enfants d'accéder à la pornographie en ligne. Aujourd'hui, le mobile – qu'il soit dans leur poche, dans la cour de récré ou dans la rue – représente le premier portail d'accès à la pornographie chez les jeunes. Problème, la plupart du temps livrés à eux-mêmes, nos jeunes sont moins aptes que nous, les adultes, à trier les informations sur Internet et à sélectionner les sites qu'ils consultent en fonction de leur sérieux, de leur niveau de sécurité ou de leur modèle économique.
Le résultat ? Il ferait froid dans le dos de n'importe quels parents. Qu'on en juge : près d'un enfant sur deux aurait été confronté à des contenus pornographiques sur Internet. La moitié des adolescents de 15 à 17 ans aurait déjà consulté un site porno, selon une étude réalisée en 2017 par l'Ifop – une proportion en hausse de 14% en quatre ans. Selon un autre sondage réalisé par Opinion Way en 2017, 70% des moins de 18 ans avoueraient avoir été confrontés involontairement à des images violentes, et 42% à des images à caractère pornographique.
Mais il y a plus inquiétant encore. Je veux parler du rajeunissement continu de l'accès à la pornographie sur Internet. En moyenne, nos ados ont 14 ans et 5 mois lorsqu'ils visionnent pour la première fois du porno – contre 14 ans et 8 mois en 2013. 20% d'entre eux affirment avoir regardé leur premier film porno entre 11 et 12 ans, et 10% – un sur dix ! – avant 11 ans. Enfin, 35% des enfants de moins de dix ans auraient déjà vu des images violentes, et 32% des images pornographiques.
Ne pas s'alarmer, accompagner
Si ces chiffres sont éloquents, ils ne disent pas tout du traumatisme parfois causé par ces visionnages non désirés, particulièrement chez les plus jeunes de nos enfants. Avant leur puberté, ceux-ci ne peuvent tout simplement pas se représenter la sexualité. S'ils ne réagissent pas sur le coup à ces contenus, ils peuvent intérioriser leur mal-être jusqu'à l'adolescence, moment où une conception erronée et potentiellement dangereuse de la sexualité peut se former chez les plus fragiles d'entre eux.
La situation est évidement différente chez les adolescents, mieux à même de se détacher des contenus qu'ils visionnent, de comprendre qu'il s'agit de représentations fabriquées par une véritable industrie. Dans tous les cas, il revient aux parents que nous sommes de ne pas nous alarmer. Il faut que nos enfants puissent nous parler librement de ces expériences. La solution : ne pas nous voiler la face – nous ne pourrons jamais empêcher nos enfants de surfer sur Internet – et les accompagner le mieux qu'il nous est possible face à cette problématique.
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