Un gouvernement à la Prévert
Fillon I exit, voici Fillon II. Un gouvernement hétéroclite et d’affichage entre recyclage de J.-L. Borloo, touches de couleurs et aventures personnelles voire sportives. Pipolisation de la vie politique, Fillon II a un goût de Star Ac. Reste à savoir si cette équipe très élargie censée répondre à l’avertissement des législatives arrivera à mettre en musique, et sans fausse note, la rupture si attendue des Français.

Nicolas Sarkozy a formé sa “dream team”. Content de lui, cigare à la bouche, le Président s’est déclaré serein, prêt pour l’action. L’élargissement conséquent de l’équipe gouvernementale à 16 strapontins de secrétaires d’Etat est avant tout un écran de fumée réussi, pour ne pas dire un alibi à la conception très personnelle du pouvoir de Nicolas Sarkozy. On peut en effet douter des réelles prérogatives dont disposeront les nouveaux venus dont la fonction effective risque de se limiter à celle de porte-parole de seconde zone.
Peu importe, si pour quelques-uns les mini-maroquins constituent une simple marque de reconnaissance et se limiteront à cela. La distinction présidentielle suscite bien des envieux.
L’intérêt de Fillon II est, comme l’analyse fort justement Jean-Luc Mélenchon, de redonner à la droite une dynamique brisée par le second tour des législatives. La statue du commandeur a des pieds d’argile. La position du président de la République est hautement dépendante de la conjoncture économique. A ce jour l’état de grâce politique dont il bénéficie ne coïncide pas avec un état de grâce économique, ce qui le fragilise hautement.
La mise en œuvre du changement passe par l’ouverture d’un pharaonique chantier législatif. Les Français sont durs à accepter les réformes. Nicolas Sarkozy le sait et se l’est vu rappeler par l’épisode de la TVA sociale. Il y a pourtant des chances pour qu’il tente de passer en force quitte à s’expliquer après. Le glissement de Jean-Louis Borloo de Bercy vers le pseudo superministère du durable est loin d’être anodin. Il trahit sinon un changement de cap au moins un changement de méthode.
Borloo à Bercy c’était un peu Tintin chez les soviets, l’avocat des pauvres et du social dans le saint-sépulcre de l’économie française. Fillon II, avec la nomination de Christine Lagarde, avocate d’affaires reconnue par les milieux anglo-saxons, signe un retour à des pratiques plus orthodoxes et à des prédispositions avouées à l’égard des milieux économiques et financiers.
Nicolas Sarkozy est sûr de lui et de ses capacités physiques. Omnipotent, omniprésent, il veut tout administrer. Ce grand amateur de vélo aura-t-il assez de souffle, passé le sprint de départ, pour s’inscrire dans la durée ? Le doute ne l’habite pas. Sa méthode est basique : commencer à fond et accélérer à chaque tour...
A se prendre pour un dieu, Nicolas Sarkozy risque de tomber de haut. Quel que soit son volontarisme, il n’allongera ni les heures, ni les journées. Or, comme le rappelait en connaissance de cause Jacques Attali,l’ancien Sherpa de F. Mitterrand, dans les fonctions d’un président de la République, la gestion des affaires du monde, très prenante, l’emporte sur la gestion des affaires intérieures. A défaut d’ubiquité, le Président risque la précipitation, la surchauffe et les crises de nerf.
43 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON