Une messe contre le réchauffement climatique
A notre époque, celle du télescope spatial et d’Internet, il faut fermer les yeux et se boucher les oreilles pour ne pas se rendre compte de la petitesse de l'espèce humaine.
On le vérifiera aisément, pour peu qu’on dispose d’une bonne calculatrice, en évaluant, par exemple, ce que représente l'Homme dans la galaxie : moins qu’un atome dans l’océan.
Autre exemple : si on faisait un film sur l’histoire de la Terre, un film de durée standard (mais un film grand spectacle, tout de même), le passage sur l’Homme ne durerait qu’une fraction de fraction de la dernière seconde, juste avant le générique.
Alors, pourquoi l'Homme s'est-il toujours vu plus gros qu'il n'est ?
Au point de croire qu’il n’a rien à craindre du réchauffement climatique, de la pollution de la planète, de la mise à mort de la biodiversité et, plus incroyable encore, de sa bêtise suicidaire ?
On me dira que la taille de l'Homme ne se mesure pas en mètres, que l'Homme est grand par son esprit, sa pensée, ses réalisations, .. et qu’il saura, grâce à son intelligence exceptionnelle et la Sainte Alliance qu’il a conclue avec le Tout Puissant, trouver les solutions à tous les problèmes...
Là, difficile de dire le contraire : rien n’empêchera le poisson de croire qu’il est le roi de l'aquarium et qu’il saura voler avant il n’y ait plus d’eau.
Pourquoi ?
Il y a, selon moi, une raison simple.
Si on s’en tient à ce que nous décrit la Science, le Monde ne serait qu’une chose, certes une grosse chose un peu compliquée, mais une chose sans parti-pris, sans intention, ni bienveillante, ni malveillante. Bref, un vulgaire décor. Un décor indifférent, aveugle et sourd à l’Homme : ni Dieu, ni Déesse, ni ange, ni Père Noël, personne ne s’occuperait de nous, ni en bien, ni en mal !
Seuls ! nous serions seuls !
Or l'Homme, depuis toujours et encore aujourd’hui, souffre d’une peur maladive de la solitude.
Ce qui est paradoxal puisque, avec plus de 7 milliards d’êtres humains sur la planète, il devrait se sentir en compagnie.
Malheureusement, si on en croit les enquêtes d’opinion et le succès de certains partis politiques, l'Homme a tout aussi peur de son prochain.
Il faut croire que l’évolution darwinienne, pour une sombre raison, n’a rien trouvé de mieux pour que l'épisode humain ne s'éternise pas.
Alors, faute d'aller vers autrui, l’Homme s’accroche à d’autres présences, tant pis (ou tant mieux) si elles sont invisibles, surnaturelles ou virtuelles.
En tout cas, c’est tant pis pour la science ! On lui préfèrera toujours la merveilleuse spécificité de l’être humain, son destin formidable, son génie, ses bonnes étoiles, ses anges gardiens, ses Dieux, son Père Noël...
La science sera toujours battue d’avance, quitte à brûler le premier Galilée qui passe.
C’est pourquoi je préconise un changement complet de paradigme. Mieux : de logiciel (c’est le mot à la mode).
Voici.
Au lieu de s’esquinter à prouver que la fin de l’humanité est proche, faute de bonnes températures, d’abeilles, d’air pur et d’eau potable, la Science doit s’appliquer à démontrer que l’homme est d’essence divine !
On le savait déjà, me dira-t-on, mais on ne le répète pas assez dans les revues scientifiques.
Il est vrai que la Science a déjà fait un grand pas dans cette direction avec sa théorie du Big Bang, lequel est évidemment le verbe de Dieu qui créait le monde.
Elle a continué avec la question de la masse manquante, la matière et l’énergie noires. Le royaume de l’au-delà en est bien sûr la raison.
Sans oublier les trous noirs. Ce sont à coup sûr les portes de l’Enfer...
Mais le temps presse, il faut aller plus loin : répéter que l’âme existe, même s’il n’y a aucune difficulté à affirmer qu’elle est immortelle chez tous ceux qui y croient et qu’elle a disparu chez ceux qui n’y croient pas (probablement, sera-t-elle partie par dépit).
Il suffira ensuite de démontrer qu’un maximum de bonnes actions en faveur de la planète est nécessaire pour s’assurer d’une place au Paradis.
Là, sur un point aussi sensible, d’indiscutables preuves seront nécessaires.
Mais faisons confiance aux scientifiques. Grâce à Dieu, ils trouveront.
En attendant, on pourra simuler les bienfaits du jardin céleste par de fortes récompenses et donner une idée des affres de l’enfer par quelques souffrances physiques bien conçues.
Le sens du profit et la crainte de la douleur étant des ressorts inégalés, l’espèce humaine sera alors définitivement sauvée !
Concrètement, une formation religieuse doit être dispensée sans attendre dans toutes les filières scientifiques.
L’apprentissage de l’hébreu, du latin et de l’arabe serait un plus pour une bonne compréhension des articles techniques de référence.
Par ailleurs, le rattachement des édifices religieux aux Universités serait une bonne solution économique, quitte à y aménager quelques amphithéâtres pour accueillir les étudiants et les chercheurs.
Il ne faut pas rêver. On rencontrera des difficultés de toute sorte : le scepticisme du temps, l’activisme des anticléricaux, l’extrémisme des laïcistes, la frilosité de nos politiciens...
Mais quoi, l’Homme vaut bien une messe ! Non ?
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