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Vaines élections au pays du social network

Les élections à mi-mandat constituent un des événements très singuliers du calendrier politique américain. Il en résulte souvent une cohabitation entre un président et une opposition dans l’une, voire même les deux chambres formant le Congrès. C’est le lot habituel depuis des décennies. Une pratique bien rodée et encadrée par une constitution assez sobre. En France, la première cohabitation en 1986 laissa perplexe bien des analystes. Montrant la différence entre les Etats-Unis et notre pays. Chez nous, c’est le hasard du calendrier qui créa l’opportunité pour qu’une cohabitation se produise. Alors qu’au Etats-Unis, c’est un phénomène bien ancré tout en étant régi par une constitution différente. La Cinquième République dispose maintenant d’un calendrier censé interdire toute cohabitation mais tout repose sur l’électorat et selon les règles, rien n’interdit qu’en 2012 ou plus tard, l’Assemblée nationale soit d’une couleur opposée à celle du candidat élu à l’Elysée. Ce qui sera interprété comme une situation de crise politique. En fait, cohabitation ou pas, la vie politique française est en crise depuis au moins 25 ans. Mais ne pourrait-on dire qu’elle a toujours été en crise ? Avec des périodes adoucies et des phases plus agitées, tendues. La société des années 1970 semblait assez paisible quand Giscard était à la barre. Il n’y avait pas ce chômage massif. En 2010, les tensions sont présentes. Elles se manifestent dans la méchante comédie politicienne mais surtout, dans une société traversée par un clivage opposant les classes dites dirigeantes, associées au médias, et la société dite civile pour ne pas la nommer France d’en bas. Nul besoin d’être sorti de l’X pour comprendre l’impact de la crise financière et économique sur la vie publique.

Au Etats-Unis, la crise sociale et politique s’est fortement accentuée depuis 2001, après la parenthèse faussement enchantée des deux mandatures exercées sous Bill Clinton. D’abord l’hystérie sécuritaire, puis l’élection de 2004 dont le vainqueur fut désigné deux mois après le scrutin par la Cour suprême et enfin, la crise financière, ce chômage, ces saisies immobilières, cette dette colossale, et pour finir, l’enlisement en Irak puis en Afghanistan. Les observateurs de la vie américaine pointent une crise de confiance comme jamais auparavant. Signe du moment, l’élection sénatoriale au Nevada où le chef des démocrates est menacé par une activiste du Tea Party. Rien de bien significatif. Le Nevada est tout aussi exotique que notre Corse. Les Mormons y exercent une influence importante. Les analystes appréciant le pittoresque, il est culturel (naturel) d’aller chercher les traits saillants d’une élection là où les résidents sont plutôt typés. Mais ce trait résonne de tout son poids avec cette société américaine porteuse de toutes les crises, confiance, religiosité, économie, politique, civilisation.

Les observateurs focalisent sur le résultat. Les uns anticipant une raclée des Démocrates, les autres, une victoire maigre des Républicains ayant raté leur mobilisation. Mettre ce scrutin au centre du destin des Etats-Unis ne sert pas la vérité. Juste à remplir les pages des journaux. Ces élections sont sans enjeu et sans intérêt spécial. D’abord parce que le président Obama a joué toute ses cartes réformistes et n’a plus aucune option ni marge de manœuvre, ni dans ses possibilités politiques, ni pour résorber les dégâts d’un système financier et militaire débridé dont la dernière crise est en quelque sorte l’acte final de ce monde fétichiste de l’argent et des armes, dévergondé par le profit, désaxé par la vénalité, décomposé par l’individualisme, distordu par la volonté de puissance. Les laudateurs du président Obama pointent une communication mal gérée. Comme si les artifices médiatiques étaient un objectif de bonne gestion d’un pays. Quel marasme, les Américain cherchant à imiter l’Elysée. Les Américains de gauche sont des rêveurs. Ils ont cru en un prophète rédempteur sans se poser la question de leur système vacillant et des valeurs pourrissantes qui le nourrissent. Le matérialisme conduit les sociétés à la ruine de l’âme. L’ivresse technologique anesthésie les esprits.

Les observateurs voient la politique comme un match. C’est dans leur culture, en ces pays où les stades captent les esprits et où le sport alimente les conversations, rassemble les foules, autant que le cinéma et le star system. Un monde artificiel, avec pourtant des gens qui souffrent, d’autres qui se passionnent. Et la politique qui maintenant ne peut plus arrêter la course du profit, le cours de la machine industrielle et militaire. La politique ne peut plus rien. Les puissances qui dirigent le monde sont hors du domaine politique, elles le surpassent. Les masses citoyennes sont aussi hors du domaine politique puisqu’elles sont à l’écart de la vérité et de la raison. Ce sont des machines humaines défendant leurs intérêts propres, captant les discours émotionnels, les affects politiciens, les sectarismes idéologiques. Le langage est la demeure de l’être, et surtout de l’homme. L’idéologie enferme les gens dans un langage particulier. Les Américains sont nombreux à répondre au qualificatif de demeurés. Un pays de demeurés n’a plus d’avenir. En Europe et partout dans le monde il y a des demeurés. Le cours inexorable des choses a été mis en scène par David Fincher et son film social network qui deviendra culte comme le fut easy rider dans les seventies. Le lien social finit par se confondre avec le profit. Les gens se croient reliés alors qu’ils sont égarés. Sur la toile comme en politique. Autant dire que le résultat de ces élections de 2010 sont à prendre avec circonspection et même avec dérision. Des élections pour rien. Les classes dirigeantes peuvent poursuivre leur emprise sur la société. Les classes laborieuses peuvent continuer à s’illusionner sur le politique. La machine économique brise des hommes en faisant la fortune d’autres hommes. Le jeu semble cruel et injuste. Les citoyens l’ont accepté. Le politique ne peut plus annuler le jeu ni même le réformer. Les réseaux mafieux ou non dominent le système. Les masses sont en dehors des lieux de pouvoir. Les médias leur offrent des os à ronger. En aboyant, le décérébré croit accéder à la dignité de l’homme révolté.

L’Amérique de Barack Obama, c’est aussi celle de Mark Zuckerberg. On attendait tout d’Obama qui a su jouer sur le réseau artificiel du Net pour galvaniser un électorat jeune. On accuse d’atteinte à la vie privé le fondateur de Facebook qui en fin de compte, n’est qu’un surdoué ordinaire ayant su capter les possibilités de son époque. Génération Obama coïncide avec génération Facebook. Obama est dépeint comme un président solitaire, ayant peu d’amis politiques. Comme du reste Zuckerberg. Une Amérique effrayante dessine les traits de ce que pourrait devenir l’Europe mais l’heure est aux ressorts séculaires et cette fois, des destins divergent pourraient se dessiner.


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5 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 2 novembre 2010 11:04

     Le Nevada est tout aussi exotique que notre Corse. Les Mormons y exercent une influence importante

    Ne confonds tu pas avec l’Utah ?


    • Marc P 2 novembre 2010 11:09

      Je rêve d’une discussion publique pour des téléspectateurs entre autres US et Européens, avec comme participants par exemple Marcel Gauchet, Emmanuel TODD, Eric Hobsbawm, Pap N Diaye, Suzan George, B. Obama et Dilma Rousseff... et d’autres d’ailleurs et de là bas... Mais pour l’instant, la parole est surtout aux cloches de tous bords...

      Cdlt

      Marc P


      • obismey [ Against All Authorities ] obismey [ Against All Authorities ] 2 novembre 2010 12:09

        Comme le disent les americains :

        Everytime an americain leaves U.S.A to stay in FRANCE, the average I.Q. of both countries increase significantly !

        Ils ont surement raison si on s’en tient à l’article ci-dessus !


        • Gabriel Gabriel 2 novembre 2010 13:40

          Que les ricains aillent revoter pour ceux qui les ont foutu dans la merde me laisse perplexe, ils ont la mémoire courte. Bush a laissé un pays en guerre (Irak) et financièrement ruiné, super bon bilan le mec ! Remarquez, les italiens ont bien réélu deux fois Mario et nous les français avons bien choisi Pipo ! Alors la question à se poser est : « Méritons nous les ordures qui nous gouvernent ». J’ai bien peur que la réponse soit positive. 


          • millesime 2 novembre 2010 19:26

            Les Etats-Unis se débattent avec une économie moribonde, une dette faramineuse une monnaie à la dérive, deux enlisements militaires et une population de 30% inférieure à celle de l’Union européenne, mais l’UE continue à lui obéir comme au milieu des années 50, quand elle était divisée, soumise à deux empires militaires surpuissants, appauvrie par deux guerres mondiales, en moins d’une génération.
            Pire encore, alors que le France dans cette situation pourtant difficile arrivait à générer un dirigeant comme De Gaulle, aujourd’hui elle ne se donne qu’un perroquet de Washington.
            D’un bout à l’autre de l’Europe et de la planète il faut reconnaitre qu’on nous regarde, nous français, avec stupéfaction et tristesse.
            Au moment où les efforts français de plusieurs décennies pour exister de manière indépendante et peser à nouveau sur la marche du monde ce grâce à la construction européenne, sont finalement en train d’aboutir, nous lâchons la proie pour l’ombre le pouvoir pour la soumission, la direction pour le suivisme.
            Soumission au plus fort, vision négative de l’identité, incapacité à penser l’Europe en positif, etc... ;
            http://millesime.over-blog.com.

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