Xi Jinping à Moscou : en passe d’instaurer un nouvel ordre mondial ?
Le récent voyage du président Xi Jinping en Russie comporte des ramifications et des sous-entendus importants. Il permet de jauger la capacité de la Chine à défier l’influence et la domination américaines. Sans se laisser décourager par l’escalade de l’ire américaine, le chef d’État chinois a audacieusement entrepris son excursion à Moscou, pleinement conscient de sa valeur symbolique et significative.
Après avoir déclaré publiquement devant le parlement national que les États-Unis sont à la tête d’une croisade visant à « contenir, encercler et réprimer » la Chine, le dirigeant chinois a désormais l’intention de consolider la position de son pays sur l’échiquier mondial.
John Kirby, porte-parole du Conseil national de sécurité américain, a résumé de manière succincte les perspectives américaines à l’échelle mondiale. Il a souligné que la Chine et la Russie nourrissaient le même désir de contester la suprématie de l’Amérique et de renverser le cadre international fondé sur les principes des Nations unies et de l’État de droit. Selon lui, ces nations ont pour objectif de changer le paradigme et de renverser la domination américaine, en particulier en Europe et dans d’autres régions du monde.
L’ancien ministre britannique des affaires étrangères, William Hague, a mis en lumière une vérité que l’Occident refuse obstinément de reconnaître : la Chine ne fait que poursuivre ses intérêts stratégiques, comme le ferait n’importe quelle nation. Dans une tribune publiée dans le Times, il a souligné la nécessité pour la Chine d’avoir la Russie comme alliée, compte tenu de ses aspirations pour le XXIe siècle.
Selon lui, il ne suffit pas que la Russie s’aligne sur la Chine, il faut qu’elle lui soit liée et qu’elle soit obligée de poursuivre dans cette voie. Cela signifierait la construction de gazoducs exclusivement destinés à la Chine, l’échange de technologies militaires et spatiales et, en fin de compte, la garantie que la Chine ne devienne pas la proie de l’agression américaine.
Le président Xi ayant habilement tissé des liens avec Poutine, la Chine dispose désormais d’un allié sur lequel elle peut s’appuyer et d’un partenaire fiable sur lequel elle peut compter, en fonction du climat politique actuel.
« En Occident, nous agissons également dans notre intérêt en soutenant l’Ukraine, car si la Russie pouvait s’en tirer en détruisant un pays européen, nous et nos alliés aurions besoin de dépenses de défense beaucoup plus importantes pour les décennies à venir », écrit M. Hague. « Mais nous pensons également que nous agissons dans l’intérêt général de l’humanité. Pour nous, la défaite de l’agression armée et le respect des droits de l’homme sont des principes vitaux », ajoute-t-il.
L’article de M. Hague a peut-être mis en évidence le décalage entre la réalité et la position obstinée de l’Occident, mais la Chine et la Russie ont pris soin de préciser que leurs liens étroits n’équivalent pas à une « alliance politico-militaire ». Elles soulignent que leur lien n’est ni antagoniste, ni conflictuel, ni orienté contre une tierce partie.
Cependant, les faits parlent d’eux-mêmes : la Chine et Moscou entretiennent des relations commerciales florissantes qui ont atteint le chiffre stupéfiant de 190 milliards de dollars en 2022, soit une augmentation de 30 % par rapport à l’année précédente, malgré l’embargo sur le pétrole et les technologies de pointe et le retrait des liens commerciaux des entreprises occidentales avec la Russie.
Les exportations de la Russie vers la Chine ont augmenté de 43 %, tandis que les importations de la Chine ont augmenté de 13 %. Parallèlement, les échanges commerciaux de la Russie avec l’Occident ayant diminué l’année dernière, la Chine est devenue le partenaire commercial le plus important de la Russie, les exportations de gaz naturel vers la Chine ayant grimpé en flèche de 50 % et les importations chinoises de pétrole russe ayant augmenté de 10 % à partir de 2021.
La question pressante qui se pose est de savoir si le dirigeant chinois a commencé à définir les limites de son conflit avec les États-Unis. La réponse est affirmative, mais elle est prudente. La Chine reste déterminée à se dissocier - même formellement - de toute répercussion négative de ses liens avec la Russie et ne souhaite pas faire les frais de la confrontation entre Moscou et l’Occident ou faire partie de ceux qui la réclament.
Prenons, par exemple, l’annonce par Pékin de la première conversation directe entre le président Xi et le président ukrainien Volodymyr Zelensky depuis le début du conflit - un signal clair de la Chine de donner la priorité à la résolution du conflit plutôt qu’à la formation d’une alliance avec la Russie. La Chine entend se présenter comme un médiateur de paix acceptable à l’échelle mondiale, et c’est là qu’elle met l’accent.
La Chine s’efforce de consolider sa position sur la voie de ce qu’elle appelle la nouvelle ère des relations internationales. La récente visite du dirigeant chinois à Moscou est un mouvement calculé dans cette direction, avec prudence dans la gestion des relations chinoises avec la Russie et l’Europe.
Dans une déclaration commune, les deux parties ont affirmé les valeurs fondamentales de la Chine, à savoir l’inclusion, la non-discrimination, la prise en compte des intérêts de toutes les parties, la construction d’un monde multipolaire et la promotion du développement durable dans le monde entier.
La déclaration a également réfuté la notion de supériorité d’un modèle démocratique sur les autres, rejetant l’idée américaine d’opposer la démocratie à la dictature, et rejetant l’utilisation de la démocratie et des libertés comme prétexte pour intervenir et faire pression sur d’autres nations.
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