Elections municipales : qu’elle était verte ma commune !
Les intercommunalités dont les conseils ne sont pas élus au suffrage universel direct ont récupéré depuis plusieurs années beaucoup de compétences autrefois exercées par les communes. De la plus petite à la plus grande, les candidats aux prochaines élections doivent trouver de nouveaux arguments pour se faire élire.
La grande mode cette année, c’est l’écologie et le développement durable avec toutes les nuances de vert…
Tous écolos !
C’est un mouvement de fond, à tel point que les étiquettes et les slogans politiques habituels s’impriment désormais à l’encre verte sur les tracts distribués, à tel point qu’on peut craindre une pénurie d’encre dans les imprimeries.
Le phénomène prend des proportions importantes surtout dans les communes de plus de 3500 habitants, là où autrefois, il n’était pas rare de voir deux listes s’affronter, l’une de droite (ou apolitique) et l’autre plutôt de gauche.
Fini, ce « nuançage », d’une part parce que les compétences qui comptaient dans la communes (logement, urbanisme, eau assainissement,…) ont été transférées aux intercommunalités, en fonction du statut de ces dernières (Métropoles, communautés d’agglomération, communautés urbaines ou communautés de communes), et d’autre part, en raison de la stratégie développée par La République en Marche, qui, adoptant la technique du coucou, cherche à faire de l’entrisme un peu partout en négociant ses soutiens.
Donc, les conditions sont réunies pour un verdissement de la campagne, seul point de convergence vers l’auberge espagnole de la politique française et surtout seul dossier susceptible de faire consensus auprès des électeurs.
Il y a écolo et écolo…
Fort de son résultat aux européennes, le parti des verts travaille le sujet sur le fond, au risque parfois de se faire traiter d’intégriste lorsque les mesures proposées semblent heurter de front des habitudes de vie dont on sait pourtant qu’il faudra les changer.
Ce qu’on ne peut pas reprocher aux verts, c’est leurs politiques de déplacements et de mobilité qui fournissent des solutions intéressantes, là où les listes classiques de gauche ou de droite pratiquent plutôt la caresse dans le sens du poil des électeurs et donc souvent la politique du chien crevé au fil de l’eau.
Les listes classiques de gauche ou de droite pratiquent le plus souvent ce que j’appelle « la politique de la gourde ou du coton-tige » qui consiste à prendre quelques mesures qui ne mangent pas de pain, comme on dit et qui font consensus. En gros, ces collectivités pratiquent ce qu’on appelle le « green washing », à l’instar des grands pollueurs industriels ou de la grande consommation soucieux de se construire une image en continuant à faire prospérer leur petite entreprise.
Comment décoder les programmes de ces listes interchangeables ?
Ces listes classiques qu’elles soient de gauche ou de droite (canaux historiques), nous parlent donc de « cheminements doux », de « covoiturage », souvent présentés comme l’alpha et l’oméga aux problèmes de transports collectifs, de « l’introduction du bio » dans les cantines, des « circuits courts », des « jardins partagés », de « jardins fruitiers citoyens » ou bien encore « d’éco-pâturage pour l’entretien des bassins tampons » ou de lampadaires à LED et de l’abandon des pesticides (obligatoires).
Bref, en matière de récupération, ces listes, notamment celles conduites par les sortants ont su se mettre à la page depuis six ans, en tirant surtout les conséquences des résultats des élections européennes.
Les sujets tabous
Par contre, sur les programmes de ces listes, il y a des sujets tabous, qui pourtant impactent fortement le quotidien des citoyens, surtout ceux des communes périphériques aux villes moyennes et aux plus grandes agglomérations : l’artificialisation des terres agricoles, pourtant massivement polluées aux produits phyto sanitaires, la fameuse « rénovation urbaine » qui en découle (bourrage urbain, qui détruit les écosystèmes des jardins et parcelles existantes) ou bien encore la création de voies dédiées au transports en communs.
Pour la question des terres agricoles, certaines collectivités signent des chartes avec les Chambres d’Agriculture qui figent les choses, c’est-à-dire qu’elles empêchent de fait la création de quelques infrastructures dédiées à la mobilité. Par contre les élus de certaines de ces collectivités appuient l’implantation de zones commerciales sur ces mêmes terres lorsque l’exploitant désire vendre, au risque de voir se dévitaliser le centre-ville par la fermeture de commerces de proximité…
S’agissant de l’urbanisme et des transports, questions étroitement liées, on part du constat que la ville centre ne peut plus accueillir de nouvelles populations, et par le biais du Programme Local de l’Habitat et du Plan Local d’Urbanisme, lorsque ces compétences s’exercent dans le cadre de l’intercommunalité, on assigne aux communes périphériques des objectifs en matière de constructions qui densifient l’habitat et détruisent l’environnement paysager local sans donner de solutions acceptables en matière de transports collectifs.
Si l’intercommunalité accueille en plus sur son territoire une industrie de l’automobile, le sujet des transports collectifs est doublement tabou et se résume à la fameuse notion des « déplacements doux » qui vont de la marche à pied au covoiturage, en passant par le vélo et la trottinette.
Que reste-t-il de nos communes ?
S’agissant des compétences, de moins en moins de choses, puisque les plus stratégiques pour l’aménagement de l’espace (urbanisme, logement,….) ou celle qui gagnent pour des raisons de gestions à être regroupées (collecte des déchets, approvisionnement en eau,…) peuvent être désormais exercées au niveau des intercommunalités non élues au suffrage universel direct.
Il est donc clair que les programmes électoraux pour les prochaines municipales devaient tenir compte de ces évolutions et se recentrer sur cette compétence floue et à géométrie variable qui est celle de l’écologie et du développement durable qui lorsqu’elle n’est pas accompagnée de politiques fortes, non contrainte par les lobbies de l’agriculture ou de l’automobile constituent des coquilles vides et, disons-le, de l’escroquerie politique.
Certains candidats surfent sur cette vacuité et ne se donnent même pas la peine d’introduire les sujets de la citoyenneté, du vivre ensemble ou de la concertation. Il est vrai que leur campagne donne certains signes d’abandon de ce rôle, ne serait-ce que parce qu’ils ne proposent que très peu de débats publics et à la limite que des « cafés citoyens » chargés de débattre sur du vide et dont le nombre de débatteurs est fixé par une « jauge de participation » fixée à 50 personnes….
Les élus locaux abandonnent le terrain ?
Oui, pour des raisons diverses et variés (diminution des compétences, agressivité ressentie, baisses des dotations de l’Etat, sentiment de ne plus avoir la parole au sein des intercommunalités,…), certains élus ne se représenteront pas. Y aura t-il des candidats pour les remplacer ? Pas toujours.
Par contre on peut se poser la question de savoir s’il y a toujours besoin d’autant d’élus communaux compte tenu de la diminution des compétences communales.
La réponse est peut-être dans la construction du système de représentation politique Français qui a besoin de relais de proximité pour espérer assurer son implantation dans d’autres assemblées (Départements, Régions, Assemblée Nationale et surtout Sénat).
On sait, depuis l’avènement de LREM qu’un système « hors sol » ne fonctionne pas et peut conduire à des erreurs et un isolement politique.
Nous sommes donc à la croisée des chemins. Elle nécessite une relecture de notre découpage territorial afin de l’alléger, en lui donnant en même temps une légitimité incontestable et des moyens d’action susceptibles d’éviter cette escroquerie d’une écologie à la petite semaine qui fait office de cache misère.
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