Et au-delà ?
Ce qui a eu lieu le 7 janvier est une horreur, quelles qu’en soient les causes.
Cela touche à la liberté d’expression, à la tolérance, à l’irrévérence, qui sont le substrat du pays. Je pense qu’aucun citoyen digne de ce nom ne peut l’accepter, l’admettre, le comprendre. C’est un acte barbare contre la culture, la liberté, la citoyenneté.
De ce côté là, « Je suis Charlie » signifie aussi, je suis la cible de ces barbares. Si j’écris, si je vais au théâtre, si j’écoute de la musique, si je vais au concert, je suis une cible potentielle, car j’affirme ce qu’ils abhorrent, la culture, la liberté, la joie, le rire.

Au-delà de l’émotion suscitée par les événements tragiques qui nous ont touchés, la question du devenir de notre société est néanmoins posée.
Une menace planait, elle s’est concrétisée, au cœur de ce qui fait le pays, la liberté d’expression, et au-delà, la laïcité.
Des voix négatives se font entendre, pour relativiser l’événement.
Facticité de l’attentat ?
Pour un premier groupe, les attentats ne seraient pas ceux que l’on croit, commandités par des forces étrangères, trafiqués, voulus autrement dit par les autorités. Ce ne serait donc pas la faute aux islamistes, ou plutôt, car il s’agit bien de cela, aux islamo-fascistes.
Cette thèse repose en grande partie sur la suspicion face à la presse-système, comme dirait le site dedefensa.org, dont la seule fonction serait de nous manipuler en vue de créer un ordre international, notamment via le désordre et le chaos. Thèse qui s’appuie également sur le idées de Naomie Klein, la stratégie du choc.
Il ne s’agira pas de réfuter ces thèses dans leur généralité, mais d’affirmer, et le nouvel opuscule de Charlie l’énonce également clairement (notamment sur les délire de Thierry Meyssan), que cette grille de lecture ne fonctionne pas dans le cas de l’islamo-fascisme. Ce sont bien des islamistes radicaux qui ont commis ces attentats.
Dire que les attentats sont, plus ou moins, factices, organisés, c’est déclarer que le système contrôle tout et que rien ne peut lui échapper, et surtout que celui, qui affirme cela, connaît la vérité que les médias nous cachent et qu’il en sait plus que tout le monde. Souvent à partir de détails bizarres, mais dont la bizarrerie n’émane ni d’une organisation secrète ni d’un coup monté (s’il était si bien monté, ces bizarreries n’apparaitraient justement pas : par exemple si les attentats de Charlie étaient un coup monté, pourquoi auraient-ils laissé délibérément les cartes d’identité, qui peuvent justement servir de suspicion ? Cela ne tient pas la route), mais d’un certain état de confusion mentale de ceux qui commettent des attentats et des erreurs.
Au-delà, tous ces savoirs universels autoproclamés, tous ceux qui savent tout sur tout sans n’avoir jamais à être confrontés au réel de la situation (j’ai pour ma part plus confiance aux survivants de Charlie qu’aux toutologues en salon), sont je dirais happés par l’inconscient collectif. Leur savoir vient de ce qu’ils comprennent le monde, au sens quasi-mathématique du terme. Ils sont le monde, et rien ne peut leur échapper, et tout ce qu’ils imaginent est par essence vrai, puisqu’ils l’imaginent. Il n’y a donc à attendre d’eux aucun esprit critique. Tous ceux qui les critiquent sont bien entendu complices, ou bien idiots, décérébrés, etc.
Une grille de lecture, c’est comme un modèle physique, on ne peut l’utiliser que s’il y a adéquation entre la grille de lecture et le réel. Lorsqu’il y déconnexion, ce n’est pas le réel qu’il faut réfuter, mais la grille à corriger, reprendre, voire abandonner.
Par exemple, la théorie du choc fonctionne dans le cas du Chili, de l’Europe ultralibérale en Grèce, ou même en France, et dans bien d’autres cas, mais ne peut être appliquée de manière mécanique à un cas qui n’y entre pas. Ou bien une analyse plus profonde serait nécessaire, mais en gardant l’esprit critique sur cette analyse. Il y a toujours danger à transformer une théorie, si bonne et pertinente soit-elle, en dogme.
Dire que la conséquence des politiques franco-américaines catastrophiques au moyen Orient, notamment via l’appui des régimes d’Arabie Saoudite et du Qatar, ait chez nous un effet boomerang est une chose, dire que les actes commis l’aient été par une organisation occidentale est une autre chose. Ou bien il en faudrait de sérieuses preuves, pas le reflet du soleil dans un miroir qui n’est au fond que celui de la profonde bêtise de qui l’annonce.
Responsabilité de Charlie ?
Pour un second groupe, qui recoupe parfois le premier dans le déni au carré, ces attentats, certes déplorables pour ceux qui pensent ainsi, seraient dus à l’offense insupportable provoqués par certains dessins. Une censure serait donc nécessaire pour éviter de jeter de l’huile sur le feu.
Mais de quoi parle-t-on ? De dessins, de représentations, d’idées, de livres. Les nazis ont brûlés les livres, les œuvres, qui ne leurs plaisaient pas. S’agirait-il, dans nos néo-démocraties, de ne pas les créer, sous prétexte que cela insupporte des ultra-radicaux hyper-violents ?
Céder un pouce à ces gens-là serait entrer dans une logique d’offense-réaction censure, ou assassinats pour les récalcitrants. Un sein offense, un cul offense, une chevelure offense, un rôti de porc offense, une musique offense, une œuvre d’art offense, un bouddha offense, une kippa offense ces hyper-radicaux à la gâchette facile. Et la mort de nos proches, ne devrait-elle pas nous offenser ? Y aurait-il un « droit de tuer » pour ceux dont on a peur ?
Charlie a eu raison de caricaturer, à nouveau, n’en déplaise aux Muftis, aux Papes et à tous les malades de leur religion, qui n’est plus qu’un obstacle au développement humain.
Non, il ne faut pas céder. N’en déplaise aussi aux intellectuel islamophiles qui au nom d’un antiracisme qui est compréhensible, refusent la responsabilité des agités de l’Islam, des islamo-fascistes, dont on voit à travers le monde leurs exactions plus horribles les unes que les autres. Non, ces gens là ne sont pas des humanistes limités, ce sont des criminels qu’il faut combattre et dénoncer. Ils représentent la lie de l’humanité, ne comprenant rien à ce qui peut être le sacré, le mystère, la spiritualité.
L’Islam a donné Averroès et Avicenne, lorsqu’il était stable, avancé, ouvert sur l’autre. Il a donné des monuments magnifiques, lorsqu’il était constructeur, il a donné l’astrolabe, lorsqu’il était rationnel, il nous a transmis les pièces de Sophocle, lorsqu’il était respectueux des œuvres du passé.
Les islamo-fascistes d’aujourd’hui ne nous lèguent que le chaos, l’horreur et l’abjection. Oseriez-vous comparer les dessins de Charlie aux massacres de Boko Haram ? Qui peut mettre son offense devant un dessin niant ses interdits face à la cruauté gratuite de ces sectes qui ont délaissé l’humanité, comme autrefois la nazis l’avaient fait en exterminant les juifs ?
Il n’y a pas à négocier devant l’horreur. Seule l’affirmation de la liberté représente la vraie réponse à ces fous qu’aucun dieu ne revendique.
Ce qu’il faut comprendre des régimes comme l’Arabie Saoudite et le Qatar, ou du désormais célèbre Califat, c’est que ce ont des ennemis ontologiques de la démocratie, de toute démocratie. Comme les talibans afghans. Ils se sont servis de leurs ennemis (les USA en tant que démocratie permissive), contre l’URSS. Mais dès que les soviétiques étaient partis, leur ancien « ami » est devenu leur nouvel ennemi. Les USA, et apparemment la France, ne l’ont pas compris, ne le comprennent pas. Des nomades archaïques sont devenus par hasard, assis sur un puits de pétrole, les maîtres de monde. Mais sans repère civilisationnel d’aucune sorte, avec une foi inébranlable en des dogmes jamais soumis à la moindre pensée critique, avec une culture et un degrés d’ouverture quasi nuls, ces nouveaux riches hyper-puissants sont devenus des fous voulant diriger le monde, et près à alimenter tous les désordres possibles pour assurer leur suprématie. Si ce n’est chez les dirigeants directs, présentant une façade acceptable, cela se situe dans des sphères très proches. La France en tant que pays doit impérativement en prendre conscience.
Alors bien sûr, la lutte contre le libéralisme, chère à la gauche radicale, doit continuer. Mais en aucun cas, elle ne doit cacher cet autre menace qui est là devant nos yeux.
La censure : mauvaise réponse
L'une des réponses du gouvernement, au-delà de la cohésion des manifestations du 11 janvier, a été de renforcer le contrôle, d'acter en justice contre des propos diffamants, et de surveiller les propos sur Internet. Certes, l'apologie de crime doit être poursuivie, mais en ce qui concerne les "propos offensants", le cas n'est-il pas le même que celui de Charlie ? Ce ne sont pas les mêmes qui sont offensés, mais si l'offense devient la limite, il n'y a plus de limite à la censure, et finalement, Charlie a perdu, car il deviendrait aussi le seul journal non censuré, le reste de la presse étant ligoté, sans parler d'Internet où tout propos non contrôlé par le système deviendrait infamant pour celui-ci.
C'est au nom de la liberté d'expression que Charlie a été défendu, et ce serait au nom de cette défense que la censure sévirait sur le net, dans les journaux, dans la presse. La contradiction est évidente, et Valls aveugle sur ce qu'il déclenche, une vague de frustration et un sentiment d'arbitraire.
Qu'il faille clairement établir une limite est un fait, mais celle-ci doit être équitable, claire, et sans interprétation. L'apologie du meurtre est à condamner, la critique d'autrui, fait par contre justement partie de la démocratie, lorsque cette critique reste dans une idée de la réciprocité. Que des gendarmes, même bien formés, prétendent trier entre ce qui est offensant et ce qui reste dans le débat démocratique, est justement un recul de la démocratie.
L'idée que n'importe qui puisse aller en prison sous prétexte qu'il a dérapé en renforçant un trait de façon inapropriée pour un gendarme du net est une idée qui condamne toute liberté du débat démocratique,et au final toute démocratie. Ce serait une victoire de ceux qui combattent contre Charlie.
Devant nous, l’abîme ?
L’humanité est entre deux abîmes. L’ultralibéralisme, qui tend à réduire les humains en sous-produits de consommation, en esclaves, voire à les éliminer, et qui avance masquée en rognant jour après jour nos libertés de contestation, nos droits à la santé, à l’éducation, à la retraite, notre capacité d’exister, au profit d’une oligarchie toujours plus puissante. Mais il y a aussi l’islamo-fascisme, qui, appuyé par des régimes à la fois corrompus, hypocrites et hyper-radicaux, tend à façonner un homme dénué de pensée autonome, et une femme devenu simple objet de soumission.
Il y a eu, il y a, collusion entre les deux. Le point central de cette manipulation étant bien entendu les USA et leur politique de changement de régime forcée via des rebelles, qui soumettent les pays à la fois à l’idéologie utralibérale d’un marché sans entrave pour les transnationales et à la barbarie des hyper-radicaux.
On ne pourra pas lutter contre l’un sans lutter contre l’autre. La place de l’Arabie Saoudite et du Qatar, dans les pays occidentaux, et notamment en France, est un problème qui doit être traité de façon urgente, sans quoi toutes les mesures de police seront dramatiquement inutiles.
Ils financent à la fois l’utralibéralisme et l’islamo-fascisme, dont ils sont la racine.
En Europe, les politiques de destruction sociale ont déstructuré la société, de sorte que les repères n’existent plus, et que la raison, la pensée, le questionnement, le respect d’autrui ne sont plus les bases de l’éducation, remplacées par une idée matérielle de la consommation à tout prix. Ce n’est pas l’excès d’idéaux qui mène au terrorisme, mais au contraire la perte de ces idéaux, remplacés par une motivation basique où le moi, la tribu, qui l’emporte sur le vivre ensemble.
Si dans le haut de la société oligarchique, la transgression devient la règle, comment l’ensemble de la société peut-elle tenir sur une base du bien commun ? les victimes de la politique ultralibérale deviennent alors des bourreaux qui se donnent à des idéaux factices qui ne sont que des leurres les menant directement vers l’abîme et la mort.
Quelque part, la boucle est bouclée, les deux menaces se rejoignent pour nous prendre en étau. La contestation du désordre social engendré par les politiques ultralibérales est dont le corolaire de l’exigence de liberté et de laïcité que le pays veut défendre devant des fanatismes plus thanatocratiques que théocratiques.
La population, attaquée à la fois par l’hyper-libéralisme poussant à l’élimination sociale des humains surnuméraires et par l’islamo-fascisme poussant à l’élimination physique de tout obstacle à leurs lois théologiques délirantes, doit trouver de quoi se défendre et survivre dans un avenir dépouillé de ces tendances destructrices pour avancer à nouveau.
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