Les scientifiques peuvent-ils s’exprimer librement en France ?
La liberté de s’exprimer subit des atteintes dans notre pays, qui peuvent viser une personne et qui nous toucheront peut-être tous dans un proche avenir.
Serons-nous tous plus ou moins susceptibles d’être considérés demain comme des "cyberdissidents" sous prétexte d’avoir publié un contenu jugé non conforme à ce qui pourrait plaire au pouvoir en place ?

Qu’on en juge : "Exclusif : le gouvernement veut un filtrage de masse des réseaux"
et : "Filtrage d’internet : le rapport qui inquiète la blogosphère politique."
Alors je profiterai aujourd’hui du fait que de malsaines mesures "d’assainissement" ne soient pas encore en vigueur pour proposer un point de vue peut-être trop rugueux pour franchir certains filtres...
Je reçois à l’instant de la Fondation Sciences Citoyennes ce texte :
"Christian Vélot est enseignant-chercheur en génétique moléculaire à
l’Université Paris-Sud.
Depuis 2002, il est responsable d’une équipe de recherche à l’Institut de génétique et microbiologie (Institut mixte CNRS – Université) sur le Centre scientifique d’Orsay.
Parallèlement à son activité d’enseignement et de recherche, il anime sur son temps personnel de nombreuses conférences à destination du grand public sur le thème des OGM. Ses conférences didactiques, dont l’une a notamment servi de document de travail à l’intergroupe OGM du Grenelle de l’environnement, ont permis à de nombreux citoyens d’avoir accès à une connaissance de la réalité des OGM et ont contribué à la prise de conscience raisonnée des risques qu’ils portent. Il est souvent intervenu en tant que témoin dans les procès de faucheurs volontaires.
Christian Vélot fait partie de ces lanceurs d’alerte qui œuvrent pour faire valoir la réalité de certains risques et engager des débats démocratiques, là où l’obscurité et l’opacité sont de règle.
Cet engagement lui vaut aujourd’hui, de la part de la direction de son Institut, de nombreuses pressions morales et matérielles, depuis l’accusation infondée d’impliquer son institution dans ses prises de position publiques, la confiscation de la totalité de ses reliquats de crédits pour 2008 et 2009, la privation d’un étudiant stagiaire, jusqu’à l’annonce de l’exclusion arbitraire de son équipe de l’Institut à partir de fin 2009. De plus, Christian Vélot et son équipe ont fait l’objet pendant plus d’un an d’un harcèlement pour qu’ils quittent leurs locaux (allant jusqu’à la menace d’un déménagement manu militari) au prétexte de la mise en place d’un prétendu pôle de biotechnologie qui s’est avéré être un projet fantôme pas même budgétisé.
Nous demandons que toutes les conditions soient rassemblées pour que Christian Vélot, avec son équipe, puisse poursuivre ses activités de recherche indépendante, ce qui implique notamment que la totalité de ses crédits lui soient restitués et que sa direction revienne sur la décision arbitraire de l’évincer au-delà de 2009.
Au-delà du cas de Christian Vélot, nous appelons également à une très grande vigilance face aux atteintes à la liberté d’expression des chercheurs, et demandons un véritable statut juridique des lanceurs d’alerte, dans le cadre d’une loi de protection de l’alerte et de l’expertise, dont le principe a été acté par le Grenelle de l’environnement."
En substance Christian Vélot n’a jamais fait que d’expliquer, de diffuser des connaissances scientifiques, mais il faut bien reconnaître que ces connaissances mises à la disposition de tout un chacun pourraient permettre d’étayer une contestation de certaines utilisations des OGM (Organismes génétiquement modifiés).
Ainsi c’est notre droit à tous de nous construire une opinion qui est bafoué au travers de ce que l’on fait subir à M. Vélot, car rares sont les personnes capables de diffuser certaines connaissances assez difficiles à acquérir, comme le sont celles qui concernent les OGM.
Certes, ces savoirs sont disponibles ici et là, notamment sur internet, mais tout non-spécialiste éprouvera d’assez grandes difficultés à les débusquer et les évaluer.
Il se publie un peu de tout : quelles sources doivent être reconnues comme fiables ?
Lorsque l’on ne connaît pas une discipline il est très difficile de le savoir, et Christian Vélot a bénévolement permis à de très nombreuses personnes d’acquérir des connaissances, de les affiner afin de pouvoir se forger une opinion digne de ce nom.
Car le débat sur les OGM connaît de nombreuses dérives qui permettent à certains de le considérer comme une querelle idéologique (OGM : JP Oury fait fi d’une science véritable...)
Or, si "querelle" il y a, elle est basée sur des considérations, sur des faits, scientifiques d’abord et avant tout car les OGM sont de purs produits de la science.
C’est le manque de véritable science, d’esprit scientifique, qui dévoie le débat vers la sphère "idéologique" dans laquelle tous les flous, généralement très peu artistiques, sont permis.
De ce point de vue, cette méconnaissance des sciences, cette ignorance de ce que DOIT être la science (voir dans l’article en lien ci-dessus le passage sur la fusion froide) semble être assez partagée par nos élus en particulier pour ce qui concerne les OGM, sinon ils auraient exigé que certaines expérimentations, notamment les tests de toxicité, soient reproduits par des équipes différentes et indépendantes jusqu’à ce que nous soyons en présence de résultats incontestables car représentant "le meilleur état possible" de nos connaissances.
Nous attendons toujours de tels résultats...
Mais visiblement certaines "autorités" semblent tenir à ce que nous soyons aussi ignorants que possible de certains aspects des choses qui constitueraient des critères éclairés de choix, de décision, en bâillonnant un "passeur de savoir", que l’on nomme aussi "lanceur d’alertes".
C’est en quelque sorte un déni de citoyenneté, chaque citoyen, pour l’être pleinement, étant supposé pouvoir se prononcer en toute connaissance de cause sur ce qui peut faire débat dans la sphère publique et sur ce qui peut donner lieu à une prise de décision par le vote.
Ceux qui veulent réduire Christian Vélot au silence veulent nous faire taire, tous autant que nous sommes.
Il semble donc que divers dispositifs se mettent en place afin que nous ne sachions pas, puis que nous ne puissions pas dire que nous aurions aimé savoir (filtrage des réseaux, soumis à quels "bons vouloirs" ?).
Le droit de savoir, d’accéder aux meilleures connaissances, le droit de pouvoir comprendre et de s’exprimer... est un droit imprescriptible (Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : "Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.").
Il ne faut pas cesser de se battre pour que ce droit perdure !
PS/
La Fondation sciences citoyennes invite celles et ceux qui se sentent concernés par la situation de Christian Vélot, et plus généralement par la question des lanceurs d’alerte, à une journée de mobilisation :
Le 25 juin 2008
=> à 10 h 30 à Orsay devant l’entrée principale du campus (rue Elisa-Desjobert) et
=> à 15 heures pour un défilé parisien festif du Luxembourg (place Edmond-Rostand) au ministère de la Recherche où une délégation demandera à être reçue.
38 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON