Paroles de Maires
Organisée par l’Association des Maires de France, la journée de protestation des Maires contre la baisse des financements de l’Etat a connu un succès mitigé malgré une couverture médiatique importante.
Cette journée a cependant été l’occasion d’entendre différents propos, différents arguments, pas tous de bonne foi et loin de s’appliquer aux 36685 communes de France.
Les Maires sont tous les jours au contact de la population
C’est à la foi vrai et faux. Vrai dans les petites communes rurales (moins de 500 ou 1000 habitants) où ils exercent des fonctions proches de celles des travailleurs sociaux et où ils sont souvent appelés pour régler des problèmes administratifs ou de voisinage. Leur investissement de terrain au quotidien est une réalité. Faux dans les communes plus importantes chefs-lieux de cantons ou périurbaine, où les structures administratives plus importantes permettent de pallier l’absence des élus pris par d’autres obligations électives (intercommunalités, syndicats intercommunaux, voire Conseil Départemental ou Régional).
Les Maires sont étranglés par les normes qu’on leur impose
Vrai, mais alors pourquoi, les élus cumulards, députés ou sénateurs Maires ne jouent pas leur rôle de législateur, en particulier au Sénat, représentant des collectivités locales, en n’imposant pas les simplifications nécessaires ?
La surrèglementation
« Nous devons faire mieux avec moins d’argent public, mais tout est fait pour nous en empêcher ». Cette remarque, venant d’un Maire, qui lorsqu’il était Président (de droite) d’un Conseil Général s’est affranchi des règles concernant les 35 heures pour octroyer à son personnel des droits que n’auraient pas reniés des fonctionnaires dirigés par une majorité communiste, en dit long sur la crédibilité de la parole politique.
Bientôt, je ne pourrai plus payer mes agents municipaux
Faux, les dépenses de personnel font partie des dépenses obligatoires
Ma commune sera bientôt en cessation de paiement
Dans ce cas, la commune sera mise sous tutelle par le Préfet, qui augmentera les impôts locaux pour faire face aux dépenses. C’est une manière pour le Maire d’échapper à sa responsabilité qui serait cependant très mal vue par les citoyens et mettrait rapidement un terme à sa carrière politique.
On va devoir augmenter les impôts locaux et baisser les subventions aux associations
Le chiffon rouge des impôts locaux est brandi en premier pour affoler les administrés et rapidement ensuite viennent les coupes dans les subventions aux associations, menace fréquente mise quelques fois en pratique (surtout sur les budgets de manifestations culturelles, moins fréquentes pour les équipes de foot, allez savoir pourquoi…). Et si les Maires réduisaient en premier les dépenses de fonctionnement de la commune, les frais de communication, les indemnités, les fêtes et cérémonies auto promotionnelles ? S’ils examinaient les comptes des associations qu’ils subventionnent pour voir les sommes thésaurisées qui ne servent à rien, avant d’octroyer une nouvelle somme ? Difficile quand on est élu et que l’on ambitionne de solliciter un nouveau mandat… mais indispensable lorsqu’on se veut gestionnaire.
Les collectivités publiques sont le moteur de l’investissement
Sauf qu’avec 70 milliards par an, toutes collectivités confondues et pour des investissements pas toujours utiles mais répondant à un effet de mode (aménagements urbains, ronds-points,…), l’investissement public représente à peine 3 % du PIB. Alors 40 ou 50 milliards suffiraient sans doute à couvrir les besoins réels de administrés et cette économie compenserait largement la baisse des dotations de l’Etat.
Le mot de la fin
Il revient à un maire qui déclare : « Si nous voulons être dans l’air du temps, nous devons investir, mais ce ne sera pas possible. Tout le monde va en pâtir ».
Bel aveu : il s’agit avant d’être dans l’air du temps, comme si l’investissement devait répondre plus à un phénomène de mode plus qu’à des besoins réels ! Mais on s’en doutait déjà un peu.
Après cela, étonnez-vous que les élus ne soient plus crédibles et que leur parole ne soit plus audible. Par cette manifestation guignolesque, ils ont montré l’image, d’une corporation, d’un lobby, pourtant investi d’un mandat public, représentant les citoyens et effectuant des actes au nom de la Nation défilant et défiant une autre partie du pouvoir dont ils font partie eux-mêmes en cumulant les mandats ou aspirant à prendre la place : belle image d’instruction civique à montrer dans les écoles !
On aura vu aussi les ténors de l’opposition prendre fait et cause pour ce mouvement, notamment Juppé, qui aspire aux plus hautes fonctions. A-t-il pensé à demander à son collègue Fillon comment il compte faire 110 Milliards d’économies sur les finances publiques sans toucher aux dotations des collectivités ?
Etonnez-vous après cela que les citoyens désertent les urnes.
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