Des élections européennes aux multiples inconnues
Les élections européennes de juin prochain interviendront au lendemain d’une présidence française de l’Union Europénne particulièrement bien menée et dans un climat de crise économique jamais vue depuis 1929. Deux dossiers sur lesquels le président de la république Nicolas Sarkozy aura tenté tant bien que mal de peser, transformant ainsi cette échéance en un mini-réferundum sur la politique du gouvernement et du président de la république. Cette affirmation se confirme d’autant plus que l’UMP a incité nombre de ses figures dirigeantes, Rachida Dati en première ligne, à se lancer dans la bataille, personnalisant ainsi une élection où le parti de la majorité espère faire mieux qu’il y a cinq ans (16,6%).
Mais un succès dépendra surtout des bénéfices que parviendra à tirer Nicolas Sarkozy de son implication dans la crise économique internationale. Cependant le NPA, emmené par le charismatique Olivier Besancenot, a toutes les cartes en main pour être le premier bénéficiaire d’une crise qui engendre d’ores et déjà une hausse conséquente du chômage. Aujourd’hui, la question de la récupération politique de la crise reste floue tant les prévisions économiques ne semblent pas refléter la consommation et les habitudes des français, vraisemblablement stables en dépit de la crise.
En 2004, le Parti Socialiste avait profité d’une érosion de la confiance vis à vis du gouvernement Raffarin, rassemblant 28% des suffrages. Les listes LO-LCR avec 2,6% des suffrages n’avaient à l’époque, pas su bénéficier du rejet de la politique gouvernementale. Une tendance inverse pourrait ainsi s’observer en 2009, du fait de la décrédibilisation du Parti Socialiste et de l’évolution du statut d’Olivier Besancenot, passé de celui de trouble-fête à celui de leader du vote contestataire. Les scores des différents mouvements de gauche seront probablement conditionnés par la capacité du PS à se relever du psychodrame du congrès de Reims. Une candidature de Ségolène Royal dans sa circonscription n’arrangerait pas les choses pour un Parti Socialiste, qui, si il souhaite conserver une marge suffisante sur l’UMP, devra faire prévaloir l’union et le rassemblement.
Élevé à un nouveau statut depuis les élections présidentielles 2007, Olivier Besancenot et ses listes NPA ont sans aucun doute la capacité de faire mieux qu’en 2004, où la crise économique n’avait alors pas encore frappé. La fondation du Nouveau Parti Anticapitaliste va quand à elle procurer un élan capable de combler une possible remise en forme du PS, jusque là miné par des divisions internes. Si le contre-plan de relance socialiste présenté la semaine dernière s’inscrit dans une véritable dynamique de proposition, il ne fait pas de doute que les listes socialistes sortiront grandes gagnantes de ces échéances européennes.
A l’inverse, pour Olivier Besancenot, le climat dans lequel les listes NPA aborderont les échéances européennes ne sera en rien comparable à celui qui avait prévalu au lendemain des présidentielles. L’élection de Martine Aubry au poste de première secrétaire du PS symbolise un virage à gauche emprunté par le PS, susceptible de ramener dans les rangs les déçus de l’émergence de Ségolène Royal. Autre coup dur pour Olivier Besancenot, Jean-Luc Mélenchon, en fondant le Parti De Gauche qui sera vraisemblablement allié au PCF dans le cadre des européennes, compte lui aussi rallier les déçus de l’orientation du PS. Pour rappel, les listes communistes avaient rassemblé en 2004, 6% des suffrages. Jean-Luc Mélenchon siégeait alors encore au bureau national du PS...
Les élections européennes seront-elles le théâtre d’une nouvelle déroute frontiste ? Il sera en tout cas très difficile pour le Front National de rééditer son score de 2004, soit 9,8% des suffrages exprimés, tant la formation de Jean-Marie Le Pen connaît une grave crise politique et financière depuis les maigres 10% obtenus lors des dernières élections présidentielles. La saignée des sympathisants frontistes opérée par Nicolas Sarkozy et l’UMP semble avoir été efficace et surtout irréversible, tant la défection des militants FN est frappante. L’émergence d’Olivier Besancenot ne facilite pas non plus les choses pour le FN, dont le message contestataire qu’il émet est soumis à la concurrence. Un des espoirs du FN réside dans la crise économique, symbole de la chute d’un système, de l’"etablishment" tant raillé par Jean-Marie Le Pen. Reste que, une fois encore, Olivier Besancenot semble posséder le meilleur profil pour profiter pleinement de la crise...
Enfin, l’ultime inconnue de ces élections européennes concerne l’absention, en constante hausse depuis la tenue des premières échéances européennes en 1979. En 1984, l’absention s’était élevée à 43,3 % des inscrits, 51,3% en 1989, 53,2% en 1999 puis, un record à l’échelle continentale, 57,2% en 2004. L’absention battera-t-elle de nouveaux records en juin ? Tout dépendra de l’évolution de la considération de l’Europe par les Français, si évolution il y a. On peut cependant estimer que les électeurs, grâce à la présidence française de l’Union Européenne, auront réevalué l’importance de l’U.E, et prendront consciense de la nécessité qu’elle représente face à la crise économique. Par ailleurs, la volonté de juger l’action de Nicolas Sarkozy et du gouvernement pourrait pousser les électeurs à se rendre aux urnes.
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