A propos du Caucase
… ou l’énorme responsabilité de l’Europe.
Ainsi donc Nicolas Sarkozy est allé “jouer les pompiers de service” dans le Caucase. Il ne faut voir dans cette expression nulle volonté de dénigrement de cette très délicate mission : quand, quelque part, un peuple voit le feu embraser son territoire, il est toujours heureux d’accueillir un pompier, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, pour l’aider à éteindre l’incendie.
Fragile, très fragile compromis qu’a obtenu Nicolas Sarkozy entre les deux principaux protagonistes de ce conflit : la Russie et la Géorgie.
En fait, ce n’est là que le prolongement des scories jamais éteintes et toujours bien vivaces de l’histoire récente de cette région, déchirée notamment par l’arrivée de l’impérialisme soviétique et du communisme triomphant dans la première moitié du XXe siècle.
Examinons rapidement, pour essayer de mieux comprendre la situation, l’histoire récente des acteurs du drame actuel.
• La Géorgie
Rattachée volontairement à l’Empire russe au tout début du XIXe siècle par un pacte d’union, la guerre civile russe de 1918 pousse les Géorgiens à déclarer leur indépendance. Mais, dès 1921, le régime communiste russe envoie son armée occuper cette Géorgie insoumise, renverse le gouvernement en place et impose la création d’une “République socialiste soviétique fédérale de Transcaucasie”, totalement inféodée à Moscou et comprenant aussi l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
Début 1991, alors que l’URSS était sur le point de s’effondrer, la Géorgie proclame de nouveau son indépendance. Depuis, les dernières élections libres ont porté au pouvoir un gouvernement qui cherche maintenant à se rapprocher de l’Otan pour mieux consolider son indépendance face à son puissant voisin russe qui a quelque mal à admettre cette éventualité à sa propre frontière.
• L’Ossétie
Située à cheval sur la chaîne du Caucase entre la Russie et la Géorgie, ce territoire fut annexée par l’empire russe en même temps que la Géorgie au début du XIXe siècle. Staline décide, en 1922, de couper ce territoire en deux régions autonomes : celle du Nord, plus riche en ressources, est rattachée à l’URSS ; celle plus pauvre du Sud, à son nouvel allié géorgien.
En 1994, les Ossètes du Sud souhaitent se réunir de nouveau avec ceux du Nord en un même territoire dont ils proclament l’indépendance. Celle-ci, malgré un nouveau référendum organisé par les Ossètes en 2006 et qui lui est cependant favorable, cette volonté d’indépendance n’est pas reconnue par l’ONU ni par la communauté internationale qui considère ce référendum “illégal”. Seul l’actuel régime de Moscou la reconnaît.
La Géorgie maintient donc ses droits sur l’Ossétie du Sud, même si la population, à majorité russe, reste très acquise à une réunification avec les populations du Nord dans un état autonome.
• L’Abkhazie
La situation de ce territoire n’est pas tout à fait comparable à celle de l’Ossétie.
Située à la frontière russe et en bordure de la mer Noire, ce territoire s’est proclamé “République indépendante” seulement en 1992. Et personne, pas mêmes les Russes, n’ont reconnu cette indépendance. Ce territoire est donc resté annexé à la Géorgie. Mais sa situation géographique et son climat font de ce pays un “eldorado” pour les élites russes, ce qui renforce l’influence économique et sociale de la Russie sur ce territoire.
Voilà donc l’écheveau de ce qui fait l’exceptionnelle complexité du conflit actuel entre Russie et Géorgie.
Alors, pour échapper aux velléités russes de profiter de cette situation pour récupérer quelques lambeaux de cette République qui leur a tourné si résolument le dos, la Géorgie, soutenue en cela par le camp occidental - Etats-Unis en tête - n’avait pas d’autres solutions que de compter sur ses alliés européens et ceux de l’Otan, à défaut des Etats-Unis trop éloignés et militairement trop empêtrés dans d’autres conflits (Irak, Afghanistan, etc.). Mieux : pour montrer sa bonne volonté, la Géorgie envoie même des troupes auprès de celles engagées par les Etats-Unis en Afghanistan.
Mais voici qu’en avril dernier l’Europe prend une étrange position : elle refuse de collaborer à un plan d’action pour l’adhésion de la Géorgie à l’Otan.
Ce refus, à l’évidence, en fragilisant gravement la position du gouvernement géorgien, donnait indirectement à Moscou - et particulièrement aux faucons réunis autour de l’ex-président Poutine devenu ce “Premier ministre” ultra-puissant - ce refus donnait donc le feu vert pour entreprendre une guerre de reconquête sur cette Géorgie infidèle et insoumise, ou du moins pour l’affaiblir durablement. Et aussi pour couper court à de possibles velléités de l’Ukraine qui serait tentée de prendre le même chemin d’une indépendance retrouvée.
Alors, qu’aujourd’hui M. Sarkozy, actuel “président” (pour quatre mois et demi encore) de l’Union européenne, soit conduit à jouer dans ce Caucase les “pompiers de service”, n’est qu’un juste retour des choses.
L’impuissance de l’Europe, son incapacité à décider, même quand il s’agit de l’admission d’une République authentiquement démocratique et située à ses frontières, au sein d’un ensemble qui lui aurait assuré sa sécurité via le bouclier de l’Otan, l’Europe est bien responsable de la situation actuelle en ayant laissé le champ libre aux revanchards russes.
Fragile compromis, fragile équilibre - disais-je - que celui obtenu par M. Sarkozy. Tout est laissé en fait au bon vouloir des Russes.
Même si la Géorgie entend garder son intégrité territoriale telle que la communauté internationale la reconnaît aujourd’hui, la situation nouvellement créée, sa fragilité manifeste - dont l’attitude de l’Europe est en grande partie responsable - remet inévitablement cette intégrité en cause.
C’est bien l’indépendance, la démocratie et l’intégrité d’une partie de l’Europe qui sont en cause aujourd’hui en Géorgie.
Il est à espérer que ces événements, pourtant très graves et préoccupants, n’auront pas trop troublé les Européens… livrés à la dévotion de leurs sacro-saintes vacances.
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