L’horreur en RDC : Près de 200 viols collectifs en quatre jours
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Le premier article de ce blog était consacré au viol utilisé comme arme de guerre en République Démocratique du Congo, dans la région du Kivu. Le constat suivant était fait : à chaque nouvelle attaque d’un village, 75 à 90% des femmes sont violées par les soldats.
Ce cauchemar, près de 200 femmes, ainsi que des enfants, viennent de le subir dans la ville de Luvungi (Nord Kivu).
Une attaque de plus
Le 30 juillet dernier, des insurgés hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des miliciens Maï-Maï ont attaqué Luvungi et s’y sont installés jusqu’au 3 août.
Stefania Trassari, porte-parole du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) : « Pendant cette opération, les rebelles ont pillé les maisons et violé plusieurs femmes à Luvungi et dans les environs. Un groupe humanitaire, le Corps médical international (IMC), a rapporté que les hommes des FDLR avaient violé systématiquement la population pendant quatre jours. Au total, 179 cas de violences sexuelles ont été signalés ». Des femmes se cachent encore, honteuses, effrayées des représailles.
L’IMC a ajouté dans un communiqué : « Presque tous ces viols ont été commis en réunion, parfois par six hommes armés, souvent devant les maris et les enfants des victimes ».
L’ONU impuissante ?
Ces agressions se sont déroulées à 16 km d’un camp de maintien de la paix des Nations Unies. Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations Unies, s’est déclaré « indigné » par ces actes. Il a appelé Kinshasa à ouvrir une enquête et à poursuivre en justice les auteurs de ces crimes. Un haut responsable de l’ONU, Atul Khare, a été envoyé en RDC.
Roger Meece, le nouveau représentant spécial de l’ONU en RDC, a expliqué mercredi que les Casques bleus n’avaient eu connaissance de ces viols que deux semaines après le début des attaques. Pourtant, des patrouilles se sont rendues à Luvungi le 2 et le 9 août. « Les habitants ont-ils craint des représailles s’ils alertaient l’ONU ? C’est possible. Étaient-ils gênés ou honteux de ce qui s’est passé ? C’est possible. Les actions de nos forces pour protéger les civils sont insuffisantes et doivent être améliorées », a reconnu Roger Meece.
« Cet incident terrible met en évidence la nécessité d’une communication directe entre les forces de maintien de la paix et les populations locales », selon Ellie Kemp, porte-parole d’Oxfam en RDC. Des téléphones portables devraient être distribués dans les communautés vivant autour des bases de l’ONU et le réseau de communication radio sera étendu pour toucher les zones les plus reculées.
La Mission de l’ONU envisage des contacts quotidiens avec les villages de la région et, en l’absence de réponse, des patrouilles seront déployées.
Les Etats-Unis promettent d’agir
La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a affirmé que les États-Unis feraient tout leur possible pour que les auteurs de ces actes « rendent des comptes ». « Cette horrible attaque est un nouvel exemple de la manière dont la violence sexuelle sape les efforts pour réaliser et maintenir la stabilité dans ces régions déchirées par le conflit mais qui luttent pour la paix », a-elle déclaré dans un communiqué.
Les rebelles contestent
Face à la réaction virulente de l’ONU suite à cette attaque, la rébellion s’est exprimée dans un communiqué.
Les rebelles hutu rwandais des FDLR « ne sont en rien impliqués dans les cas récents de viols collectifs commis dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et ils s’insurgent contre des accusations dénuées de tout fondement lancées contre [eux] par le secrétaire général de l’ONU ».
La rébellion demande à l’ONU de « mettre en place sans délai une commission d’enquête internationale indépendante chargée de faire toute la lumière sur tous ces actes criminels ». Elle se dit prête à "collaborer" avec cette commission et "disposée" à rencontrer le numéro deux du département de maintien de la paix de l’ONU, Atul Khare.
"Le fléau des violences sexuelles"
Selon le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), plus de 9 000 cas de viols ont été signalés l’an dernier dans les provinces du Nord et du Sud Kivu. On estime que de nombreux cas ne sont pas signalés.
Un rapport publié en avril 2010 par Oxfam International et The Harvard Humanitarian Initiative, basé sur les témoignages de plus de 4 000 femmes violées, explique que 60 % des victimes sont attaquées par des bandes d’hommes armés. Cependant, les agressions commises par les civils sont en forte progression.
D’après Ellie Kemp : « Il y a des violences et des abus systématisés contre les populations civiles dans l’est du pays, auxquels tous les acteurs armés prennent part. La véritable solution au fléau des violences sexuelles passera par une résolution durable du conflit dans cette région. Il faut démilitariser les villages et adopter une approche en profondeur, au lieu de n’avoir recours qu’à la seule option militaire ».
Photo : Hazel Thompson, The New York Times
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