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Accueil du site > Actualités > International > Le multilatéralisme a-t-il un avenir ?

Le multilatéralisme a-t-il un avenir ?

La publication par l’Institut français des relations internationales (IFRI) de son « Ramsès », Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies, est l’occasion intéressante de porter un regard sur l’état des relations internationales, et notamment sur les positions actuelles des sujets de droit international à l’égard des méthodes de gouvernance.

En titrant dans son édition du mardi 11 septembre Le "Retour des nations" met à mal la suprématie américaine, le journal Le Monde souligne le poids sans cesse plus grand des Etats émergents dans le concert des relations économiques, stratégiques et politiques mondiales. Ainsi, le BRIC (les quatre grands Etats émergents : Brésil, Russie, Inde et Chine) pèse-t-il toujours un peu plus sur les décisions prises dans le cadre de réunions multilatérales au sein des organisations internationales : ONU et OMC, où les Etats occidentaux continuent de faire prévaloir une prédominance historique issue du XXe siècle, peinent à trouver des compromis et semblent s’enliser dans des négociations politiques sans fin (voir par exemple le cycle de Doha).

Depuis 2003 et la décision unilatérale des Etats-Unis d’attaquer l’Irak, malgré les appels à la retenue affichés par le Conseil de sécurité de l’ONU, le modèle du multilatéralisme est en grande difficulté. Comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement tellement la stratégie unilatéraliste de Washington a mis à mal les usages et processus de négociation au sein d’organisations internationales, chargées de réguler des relations internationales, et discréditées par l’attitude outrancière de son créancier principal ? Face à l’attitude parfois arrogante des Etats-Unis, suivis par ses alliés historiques - France exceptée sous l’ère Chiraquienne -, les Etats émergents ont choisi de privilégier la défense de leurs intérêts nationaux sur toute vélléité visant à soutenir des équilibres internationaux.

Or, deux facteurs viennent fragiliser cette situation rendue déjà particulièrement instable :
> Seuls, les Etats sont impuissants face à des phénomènes visibles à l’échelle mondiale et où les réponses isolées nationalement sont insignifiantes pour répondre efficacement aux défis qu’ils engendrent : faut-il le répéter pour convaincre les irréductibles, le réchauffement climatique ne connaît pas les frontières nationales ; au même titre que le tsunami en 2005, les crises sanitaires telles que les incendies de cet été 2007 en Grèce, par exemple, réclament des mesures de prévention collectives et une solidarité internationale à toute épreuve pour surmonter ces sinistres à l’envergure exceptionnelle ; enfin, les variations chaotiques des marchés financiers qui fragilisent les économies des Etats nécessitent probablement également la mise en place de mesures supranationales pour prévenir tout risque de crise économique, même régionale.

> Plus de cinquante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et accessoirement de la création de l’ONU, les Etats occidentaux refusent toujours d’admettre que leur prédominance historique n’est plus adaptée à l’heure de la mondialisation des échanges et de l’ascension irrésistible des Etats émergents, particulièrement les BRIC cités précédemment. Or, cette arrogance toute particulière sur la scène internationale explique peut-être en partie cette défiance affichée par les Etats émergents à l’égard des organisations internationales où les décisions continuent d’être définies par les Occidentaux et où les négociations basculent souvent en faveur des "Grands" et au détriment de feu les "Petits" Etats de notre monde.

Avec les difficultés américaines en Irak et l’embellie observée au sein de la fronde à la stratégie de l’unilatéralisme de la Maison-Blanche, la montée en puissance des Etats émergents et le refus des Occidentaux de reconsidérer leur rôle dans un monde en mouvement, c’est l’ensemble du système onusien de maintien de la paix et le droit international en général qui sont en faillite. Certes, vous en conviendrez, cette constatation n’est pas nouvelle. Les débats sur la réforme de l’ONU sont légions et son ancien secrétaire général, K. Annan, en avait fait un objectif prioritaire. Mais à cette crise du système s’ajoute celle, plus grave, de la crise du modèle de gouvernance multilatérale. Le multilatéralisme, seule méthode de gouvernance pragmatique pour lutter contre le réchauffement climatique, les crises sanitaires, l’instabilité des marchés financiers, affronte un retour en force de la préférence nationale. Face aux défis mondiaux, de plus en plus d’Etats tendent ainsi à privilégier leurs intérêts nationaux, au risque de briser les fragiles équilibres encore présents à différents points sensibles de la planète.

Que faire face à ce recul du multilatéralisme ? Sans présager de la volonté politique des "Grands" Etats à agir dans ce sens, une refonte éclairée de la méthode de gouvernance à l’échelle planétaire semble aujourd’hui inévitable. Devant le constat criant du refus des Etats émergents de faire le jeu des Etats occidentaux, face aux urgences imposées par les défis naturels et démographiques planétaires, les Occidentaux n’ont plus vraiment le choix. De leur attitude politique dépendra peut-être l’avenir des (bonnes) relations internationales au cours des prochaines décennies.

Deux orientations stratégiques pourraient peut-être faciliter un retour à la normalisation de l’activité multilatérale au sein des institutions internationales :
> les Occidentaux doivent prendre et assumer la responsabilité de reconsidérer leur position historique initiée en 1945 et négocier avec les autres membres des Nations unies un équilibre nouveau au sein des institutions internationales qui tienne compte des puissances réelles actuelles des Etats dans le monde moderne de ce début de XXIe siècle. Urgente, la réforme des Nations unies s’impose pour esquiver un dérapage (évitable) des relations entre des nations qui découvrent la puissance et qui se méfient des enceintes internationales, et d’autres qui se reposent sur des acquis historiques pour justifier une puissance illusoire, voire obsolète. Cette réforme doit permettre d’asseoir des bases politiques plus saines, fondées sur une régénération de la confiance envers ces institutions. Un retour à la confiance en des institutions internationales indispensables à défaut d’être actuellement efficaces serait en effet un indicateur fort de résurgence d’une (bonne) régulation des relations internationales ;

> le maintien de la paix étant un objectif indiscutable et incontournable, les institutions internationales et leurs membres doivent tout mettre en œuvre pour replacer le droit de la paix au cœur des processus de résolution des conflits et des crises internationales. Aucun écart ne saurait être autorisé, au risque de revivre l’abîme de 2003 causée par l’invasion américaine en Irak.

Au même titre que les forces émergentes des quatre BRIC, la société civile, grâce aux nouvelles technologies, exerce un rôle de plus en plus opérant sur les centres de gravité et pôles de décision nationaux et internationaux. Toutefois, le rétablissement de la méthode multilatérale, après quatre années d’incertitudes et de politique unilatérale américaine, demeure suspendu au devenir politique des Etats-Unis. Une fois encore, le résultat des élections américaines de 2008 sera déterminant. De l’identité du prochain président des Etats-Unis dépendra sans doute, au moins à court terme, l’avenir des relations internationales ainsi que de la réforme des méthodes de gouvernance à l’échelle mondiale. Mais les Etats-Unis ne sont plus seuls. L’Union européenne aura son rôle à jouer, et en son sein, les vieux vainqueurs de la guerre mondiale l’opportunité de prendre leur responsabilité. Encore un peu de patience donc. 2008 et les prochaines années pourraient peut-être marquer l’Histoire de leur empreinte et ouvrir la voie inespérée à un ordre cosmopolitique stable et viable à l’échelle internationale. Ou de verser à nouveau dans les errements et travers dignes des plus sombres pages de notre Histoire.

Sur le rapport "Ramsès" :

Sur les Etats-Unis et le multilatéralisme :
http://www.conflits.org/document969.html

Sur la crise du système onusien :
http://www.institut-gouvernance.org/fr/analyse/fiche-analyse-61.html

Sur la crise du multilatéralisme :
http://www.robert-schuman.org/supplement/questions_europe2.htm


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3 réactions à cet article    


  • NPM 12 septembre 2007 15:09

    « faut-il le répéter pour convaincre les irréductibles, le réchauffement climatique ne connaît pas les frontières nationales ; au même titre que le tsunami en 2005, les crises sanitaires telles que les incendies de cet été 2007 en Grèce, »

    S’il fait plus chaud en Bretagne, je ne vois pas le problémes, ni d’ailleur ce que vient faire l’ONU dans des histoire d’incendie, qui sont de simple échange de bon procédés n’engagenat en rien les interets vitaux des Etats.

    « Une fois encore, le résultat des élections américaines de 2008 sera déterminant. »

    Arf ! Surtout avec des Démocrates, qui sont des interventionistes fanatiques !

    D’ailleur l’ONU n’a jamais servi à rien. On devrait la dissoudre, ca ferait des économies.

    Quand à l’Europe, bein inutile de dire qu’elle est mal parti. Le XXIéme siécle sera US.


    • Neos 12 septembre 2007 15:21

      Bonjour, cet article a pour but d’inviter les lecteurs à porter leur regard sur la société internationale aujourd’hui et sur ses acteurs qui, si on en dote pas celle-ci d’instruments modernes et adaptés aux nouvelles exigences mondiales, risque(nt) de perdre tout crédit auprès des peuples demandeurs de paix, de stabilité et de prospérité.

      Le problème n’est pas neuf, mais l’échec de la politique américaine au Proche-orient et l’émergence de nouvelles puissances (les quatre BRIC : Brésil, Russie, Inde et Chine) précipitent le scénario d’une réforme (notamment des Nations-Unies) réclamée par beaucoup d’Etats depuis de nombreuses années.

      La responsabilité des ’anciens’ et membres permanents du Conseil de sécurité (je pense en particulier à la GB, la France ainsi qu’aux Etats-Unis) qui ont le point commun de préférer en sourdine l’enlisement du projet, est déclarée et il serait souhaitable que les chefs d’Etat de ces pays fassent preuve d’initiative et d’autorité en la matière afin de prévenir toute faillite potentielle du système s’il devait rester en l’état.

      Plutôt que d’attendre la désuétude d’un système, incapable de s’auto-adapter aux nouvelles exigences mondiales, nous attendons donc des propositions concrètes de réforme en vue de le moderniser et d’assoir (enfin !) le droit international comme instrument de principe pour la résolution des crises dans le monde.

      Quand bien même cela ne satisferait pas les intérêts des membres permanents, la société internationale a besoin d’un Conseil de sécurité remodelé, d’une Cour pénale internationale effective et d’un droit international rénové (je pense au droit d’ingérence humanitaire par exemple ou encore aux règles relatives à la prévention des risques naturels).

      A un an des élections américaines, le temps est peut-être venu que les Etats membres de l’UE concernés se concertent avec leurs partenaires (de l’UE et de l’ONU) et débattent de l’avenir de la société internationale et de ses institutions.

      Le temps presse. A la société civile de faire pression en ce sens sur nos chefs d’Etat pour que les concertations commencent ! Des discussions ’multilatérales’ bien évidemment.


      • ZeusIrae 12 septembre 2007 22:43

        Je trouve que vous chargez un peu la barque de l’unilateralisme américains.L’origine du problème n’est pas là ,à mon humble avis ce n’est qu’un symptôme.

        C’est le révélateur d’une idéologie ou d’un mode de pensé qui prévaux en occident qui veut qu’il existe des standard universel(droit de l’homme entre autre) et que les etats democratiques doivent se battre pour les imposer.Cette convictions est largement partagée des deux cotés de l’Atlantique.Elle est à l’origine de l’intervention au Kosovo en 1999.Je crois sincèrement que le désastre Irakien est dans le prolongement de la logique de l’intervention au Kosovo.

        On parle d’unilateralisme americains mais il s’agit aussi d’un unilateralisme occidental.Il y a une conviction profonde dans nos sociétés que nos valeurs sont bonnes et qu’elles doivent s’appliquer à tous.

        L’ironie est que cette idée est en faite la plus subversive qui aie jamais existé pour l’ordre international moderne.Un groupe d’etat se réserve le droit d’intervenir partout pour faire respecter leur standard,ignorant les frontières et toute les réglés du droit international.C’est proprement révolutionnaire.Hier le Kosovo, aujourd’huis l’Irak, demain le Tibet ?

        Pour faire court,les européens eux-mêmes ont commencé à creuser la tombe du multilatéralisme.Le multilateralisme est un moyens pour atteindre une fin.Il implique de parler avec des individu dont on ne partage pas les valeurs et qu’on même parfois mépriser parceque c’est nécessaire.

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