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Fin du pétrole et lutte des classe

 Après l’échec de l’expérience menée par les pays d’Europe de l’Est entre 1917 et 1990, cette question reste posée, mais reste toujours sans réponse. Le consensus mou de la pensée unique socialo-capitaliste tente tant bien que mal, mais avec quelque succès toutefois, d’évacuer ce sujet embarrassant en noyant les peuples dans un cocktail opiacé de consumérisme et d’acquis sociaux.
Aujourd’hui, il ne semble pas qu’il existe une seule analyse réelle et lucide, donc utile pour l’avenir, émanant de quelque parti ou de quelque courant officiels qui soit.
 
L’analyse libérale 
La chute du mur de Berlin fut du pain béni pour le capitalisme, qui accéda de fait au statut mondial d’idéologie dominante, passant ainsi en pertes et profits les maigres 53 années de cette démarque politique inconnue. Cette analyse se décompose en deux parties.
La première partie émane directement du syllogisme suivant :
  1. le marxisme-léninisme est une doctrine visant à abolir l’exploitation de l’homme par l’homme ;
  2. les peuples soumis au marxisme-léninisme ont rejeté cette doctrine au bout de 53 ans.
  3. les peuples sont donc favorables à l’exploitation de l’homme par l’homme
La deuxième partie vise à reformuler différemment le point 3 du syllogisme en une tournure politiquement plus correcte, qui devient alors : « le marxisme-léninisme, ça ne marche pas ! ». Et si d’aventure, au cours d’une polémique quelconque, ce simplisme s’avère insuffisant, on rajoute alors : « voyez comme les acquis sociaux ont progressé avec nous ! ». Dès lors tout débat qui voudrait s’orienter sur le thème de l’exploitation de l’homme par l’homme est aussitôt marginalisé.
 
L’analyse socialiste :
Cette analyse est en tous points identique à l’analyse libérale
 
L’analyse stalinienne
Nous nommerons « stalinienne » toute pensée communiste traditionnelle, même si celle ci préférerait sans doute être qualifiée de « khrouchtchevienne ». Cette analyse considère que la politique bolchevique était la bonne, mais que le petit père de peuples a succombé aux sirènes de l’abus de position dominante, et que les populations ne s’en sont jamais remises. La solution consisterait donc à recommencer la même histoire, mais sans le goulag, et tout irait bien ! Cette analyse, outre qu’elle témoigne d’une myopie historique grave et d’une inculture politique avérée, se révèle la plus hypocrite de toutes car elle n’ose même pas dire son nom. C’est la politique du mensonge permanent et du déni, c’est bien le système stalinien.
 
L’analyse trotskiste
Dès 1930, Léon Trotsky a dénoncé la dérive stalinienne du communisme soviétique et son analyse en temps réel de la situation de l’URSS constitue une œuvre unique, lucide et pertinente, voire prémonitoire de l’échec de 1990. Elle n’est toutefois pas suffisante pour proposer des solutions adaptées aux individus actuels sur-aiguillonnés qu’ils sont par la société de consommation et anesthésiés par la politique des acquis sociaux.
 
Ce que Marx n’avait pas vu
Quand on relit les écrits de K. Marx (politiques, économiques, philosophiques), on est frappé par l’incroyable actualité de ses propos. Au plan politique, c’est l’analyse des « techniques » de la bourgeoisie pour gouverner et gérer les difficultés et crises passagères. Au plan philosophique, c’est l’idée que l’homme se détermine par son action sur la nature (le travail). Au plan économique, c’est la description des rouages internes du capitalisme qui aboutit au concept de lutte des classes. Il est bien évident qu’une pensée aussi complète, pertinente et visionnaire n’a pas d’égale dans la production intellectuelle humaine à ce jour. La lucidité de Marx lorsqu’il pronostique dès 1850 le développement du machinisme et son incidence sur l’organisation de la société est proprement stupéfiante !
Toutefois si nous transposons l’analyse marxiste de nos jours, nous obtenons des conclusions très différentes de celles de son auteur. En effet, contrairement à ce que disent les partis marxistes actuels, que ce soient les staliniens du PCF, ou les trotskistes du NPA, les caractéristiques de la lutte des classes doivent être réactualisées. Voyons cela d’un peu plus près.
Marx a expliqué en 1850 que le capitalisme engendrait une société de classes et que le prolétariat, en tant que classe exploitée (« opprimée », ou « aliénée »), constituait une force révolutionnaire destinée à pendre le pouvoir. Qu’en est il 160 ans après ? Pour rendre lisible notre transposition, nous devons tout d’abord opérer quelques ajustements sémantiques. Nous remplacerons tout d’abord le terme « prolétaire » par le terme « salarié ». Puis nous remplacerons « lutte des classes » par « lutte pour les acquis sociaux ». Enfin nous remplacerons « bourgeoisie » par « état patron ». De fait, tous les partis marxistes ont abandonné l’option révolutionnaire (c’est à dire celle de la prise du pouvoir par une classe et la rupture avec le capitalisme). La preuve en est l’évolution récente de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) qui, après avoir tenté de gommer pendant des années l’adjectif « révolutionnaire » (on voyait LCR ou Ligue Communiste, mais plus « Ligue Communiste Révolutionnaire » en toutes lettres) a fini par se transformer en « Nouveau Parti Anticapitaliste », ce qui constitue une appellation navrante car un parti ambitieux ne se définit pas par opposition à quelque chose mais par rapport au projet qu’il porte en lui.
La marginalisation politique des staliniens (presque plus d’électeurs !) et la gesticulation stratégique des (soi disant)trotskistes (pauvre Léon !) signifient tout simplement que la classe à laquelle ces partis marxistes s’adressent n’est plus réceptive à leur discours. Et si cette classe (les « salariés ») n’est plus réceptive, c’est qu’elle ne se considère plus comme exploitée, aliénée ou opprimée, et qu’elle a, de ce fait, perdu son caractère révolutionnaire.
Marx n’a jamais prétendu que le rôle historique du prolétariat (lire « salariés ») était d’arracher, par la lutte, des acquis sociaux au patronat. Il s’agissait bien de prise du pouvoir » et de rien d’autre. L’ensemble des partis de gauche s’est donc reconverti dans un rôle quasi syndical consistant à promouvoir la « défense et l’accroissement des acquis sociaux » s’éloignant ainsi radicalement de la pensée marxiste.
Il y a toutefois un paramètre important que Marx n’a pas vu, ou pas pris en compte (mais nous lui pardonnerons car il y a des limites au génie). Il s’agit de l’Energie ! Selon Marx, c’est le développement des techniques et de la science qui a permis l’émergence du capitalisme en transformant la société artisanale en société industrielle. Cette analyse n’est d’ailleurs pas contestable, ni contesté, par aucun économiste toutes tendances confondues. Mais il en va de l’analyse politique comme de la médecine. Il ne faut pas confondre le symptôme et la cause. Le problème n’est donc pas d’attribuer l’émergence du capitalisme au développement des techniques, ce qui revient aujourd’hui à enfoncer une porte ouverte, mais à rechercher la, ou les causes qui ont permis ce développement de ces mêmes techniques. A ce point du raisonnement, nous entrons dans le vif du sujet, car il y a réellement deux pensées qui s’affrontent. L’une est religieuse, l’autre agnostique.
 
La religion du progrès :
Les adeptes de cette pensée (c’est à dire 95% des habitants des pays développés) considèrent que le progrès des techniques est dû au génie humain et que la société industrielle qui en a découlé est, de ce fait, devenue irréversible. Ces religieux étant fanatiques, mais pas tout à fait incultes, reconnaissent toutefois que la découverte des ressources fossiles (charbon, pétrole, gaz) et des minerais (fer, cuivre, zinc, etc…) a favorisé ce développement, mais ils sont fermement persuadés que le mouvement amorcé depuis 160 ans (une période pourtant infiniment courte au regard de l’histoire de l’humanité et des civilisations) ne pourra jamais s’arrêter, ni régresser. Ces dévots de la modernité balayent allègrement d’un revers de manche le problème de l’épuisement inéluctables des ressources fossiles et des minerais en se retranchant derrière une croyance aveugle en « ceux qui s’en occupent ». Force est de constater que le culte de ces nouvelles divinités constitue, sur le plan de l’histoire religieuse, une régression surprenante, puisqu’il nous ramène à un polythéisme qu’on pensait aujourd’hui réservé aux tribus les plus reculées de nos forêts tropicales. Bien plus, si le Dieu de la pluie, le Dieu du feu, ou le Dieu de la luxure restaient proches des humains en étant clairement identifiés, ces nouveaux démiurges sont des entités abstraites, aux contours flous et mal définis (politiciens ?.. magnats des multinationales ?…centres de recherches ?…). Au plan des saintes écritures, rien ! Pas de bible, pas de coran, pas d’épître, … Au plan du sacerdoce, rien ! Pas de messe, pas de prière, pas de sacrifice,…Au plan de la communication, rien ! Pas d’émission TV, pas d’article de presse, pas de conférence,… Le silence, rien que le silence ! Comment le progrès des techniques et la société industrielle pourront ils continuer sans l’énergie fossile. Mystère !… Ou plutôt un raccourci : « Ils s’en occupent ! ». Dormons tranquille, les nouveaux dieux veillent sur notre civilisation…. Les individus les plus instruits lancent toutefois des mots, sans les comprendre, tels que : « moteur à eau, pile à combustible, hydrogène, etc…. ». A la question toute simple : « sommes nous prêts techniquement pour l’après fossile », la réponse est unanime : « oui, nous le serons ! ». Mais cette question n’est jamais réellement posée, ni dans les débats politiques, ni dans la presse, ni à la TV, ni à la radio, ni nulle part. Il s’agit en fait d’une question implicite, contenant en elle même une réponse implicite. Et c’est à l’abri de cette omerta intellectuelle que vit actuellement la plus puissante civilisation que notre planète aie jamais connue…
 
L’agnosticisme énergétique :
Les adeptes de cette pensée (5% des habitants des pays développés) considèrent qu’en l’état actuel des connaissances humaines, il n’existe aucune preuve certaine que notre civilisation puisse remplacer les 12.000 millions de tonnes équivalent pétrole utilisés chaque année sur la planète (chiffres IEA 2007 – augmentation à prévoir « grâce » à la Chine, l’Inde, le Brésil, etc…) par quelque chose d’autre que le fossile, ni qu’elle puisse remplacer le fer, le cuivre, le tungstène, le sélénium, l’uranium, etc… par de nouvelles matières premières restant à découvrir. Ces individus sont même tout près de penser que le progrès technique, donc la société industrielle, donc le capitalisme, n’ont pu se développer « que » grâce à la découverte des énergies fossiles.
Sur la question du progrès technique, les religieux du progrès soulignent avec force que certaines avancées de la science ne doivent rien au pétrole. Voire !. En 40.000 ans (c’est à dire depuis la préhistoire jusqu’à 1850) les seuls progrès techniques notoires ayant réellement eu un impact sur le mode de vie des humains sont au nombre de deux, à savoir la roue et l’imprimerie. Par contre en 160 ans (c’est à dire de 1850 à 2010), ce nombre est quasiment incalculable : voiture, avion, train, téléphone, télévision, ordinateur, internet, outils mécaniques, médicaments, engrais, tracteur, pesticides, etc…. Dès lors comment expliquer que « le génie humain » ait autant stagné pendant 40.000 ans et qu’il se soit déchaîné subitement en quelques 160 ans pour atteindre des proportions qu’aucun prédicateur, fut-il illuminé par Yahvé en personne, n’aurait pu imaginer, même au centième ! Doit on y voir une soudaine mutation génétique inexpliquée, notre « lobe » scientifique ayant soudain pris une ampleur insoupçonnée par le pithécanthrope ? N’est ce pas plutôt un bienfait de la république (merci Robespierre, rendons lui enfin hommage) qui a su libérer, dans le sang, la puissance créatrice de l’esprit humain en le délivrant de ses chaînes ? Ou peut être est ce le résultat de l’avènement de cette mythologie moderne dont nous avons parlé plus haut et par conséquent la preuve de la force et de la toute-puissance de nos nouveaux dieux ?
La réponse est pourtant toute simple et beaucoup plus prosaïque : c’est grâce au pétrole !… Il est bien évident que c’est à lui que nous devons nos « toutes petites 160 années » de civilisation industrielle. Nous lui devons donc également le capitalisme et la lutte des classes.
Poursuivons notre raisonnement : si le pétrole vient à s’épuiser (ce qui est absolument certain) et que nous n’ayons rien pour le remplacer à l’identique de son rapport prix/rendement énergétique (ce qui est plus que probable), c’est la fin de la société industrielle, ou pour le moins, le début de sa régression. Déplétion du pétrole, régression industrielle, et décroissance économique constituent donc la trilogie sociétale la plus plausible pour les années à venir. Mais si la décroissance s’installe et que les moyens industriels diminuent, c’est la fin du capitalisme, puisque celui ci est précisément né du développement industriel !…
Il est malheureusement à craindre que cela ne soit pas simple, parce que le capitalisme est maintenant bien installé et qu’il ne va pas disparaître tout seul. Il est à redouter qu’il sache s’adapter à la décroissance sous des formes sans doute moins spectaculaires et peut être moins lucratives (et encore ce n’est pas sûr !), mais le problème de l’éradication de l’exploitation de l’homme par l’homme ne sera pas résolu par la simple décroissance industrielle. Pour liquider efficacement le capitalisme, il faut aussi une action politique menée par une classe opprimée.
A ce point de notre raisonnement, nous aboutissons donc à la conclusion qu’il faut réunir 2 conditions pour liquider (pacifiquement) le capitalisme et abolir l’exploitation de l’homme par l’homme :
  1. L’existence d’une classe « révolutionnaire »
  2. L’existence d’une crise économique majeure
Dans le schéma marxiste, le point 1 suffit. Lorsque les bolcheviques prennent le pouvoir en octobre 1917, la classe prolétarienne existe et se mobilise, mais nous ne sommes pas dans une situation de crise économique extrême, même si la grande guerre est aux frontières de la Russie et si le peuple slave souffre de mille maux. Les marxistes-léninistes liquident alors un capitalisme naissant et embryonnaire qui n’a rien à voir avec le capitalisme triomphant de la mondialisation actuelle.
Pour venir à bout d’un adversaire aussi redoutable que le grand capitalisme du 21e siècle, il faut miser sur autre chose que sur une réédition pas à pas des balbutiements soviétiques.
 
* Premièrement : Il faut que le monstre soit sévèrement ébranlé dans ses bases par une secousse économique majeure. Cette situation sera probablement effective dans la prochaine décennie compte tenu de la déplétion des énergies fossiles. Nous le disons clairement : sans situation d’exception, c’est à dire de très grave crise économique (la « petite » crise des subprimes ne constitue pas une situation d’exception), il n’y a aucune chance de pouvoir éradiquer le capitalisme, donc d’abolir l’exploitation de l’homme par l’homme.
 
* Deuxièmement : Il faut que l’action politique soit initiée par une classe opprimée. Nous avons vu plus haut que cette classe ne peut pas être celle des salariés, qui ont perdu leur caractère « révolutionnaire » par l’accumulation des acquis sociaux, au point d’en faire des quasi-privilégiés du système, ou pour le moins, de confortables « accepteurs » du capitalisme. Cette classe opprimée, qui peut devenir le levier d’une telle révolution pacifique, est celle des travailleurs indépendants.
En outre, ces deux conditions doivent être réunies simultanément :
  1. si une crise économique majeure intervient, mais qu’il n’existe pas de projet politique porté par une classe clairement identifiée et objectivement opprimée, le changement de société n’aura pas lieu.
  2. si une classe clairement identifiée et objectivement opprimée existe et porte un projet politique, mais qu’il n’y a pas de situation de crise économique majeure, le changement de société n’aura pas lieu
Les travailleurs indépendants
Il y a environ 2 millions de travailleurs indépendants (ou travailleurs non salariés – TNS) en France (contre 22 millions de travailleurs salariés). Les travailleurs indépendants ont le choix entre plusieurs statuts juridiques possibles selon qu’ils exercent en nom propre ou en société. S’ils exercent en nom propre il peuvent être : profession libérale, artisan, commerçant. S’ils exercent en société, il peuvent être : gérant majoritaire de Sarl, ou associé de société en nom collectif.
Dans notre société actuelle où l’immense majorité des personnes réclame le maximum de protection au quotidien, de droit dans tous les domaines et de garantie sur l’avenir ; les travailleurs indépendants sont les seuls individus à prendre des risques dans leur activité professionnelle et à ne rien réclamer à l’état patron. Ils mettent souvent en jeu leur patrimoine personnel pour démarrer, consolider ou soutenir leur emploi. Ils ne bénéficient d’aucun "filet de sécurité" en cas d’échec. Ils ne peuvent pas compter sur une indemnisation de type Assedic, ni sur aucun recours judiciaire de type Prud’hommes. Malgré cela, l’administration fiscale et sociale les considère à l’identique des travailleurs salariés et ne fait pas de distinction entre les revenus salariéset lesrevenus non salariés pour l’établissement de l’impôt et des prélèvements obligatoires.
Il serait pourtant logique (d’un point de vue mathématique) et juste (d’un point de vue politique) de considérer qu’un revenu obtenu en prenant des risques financiers, personnels et judiciaires ne puisse être taxé de la même façon qu’un revenu obtenu sans engager de responsabilité personnelle. Ce critère de prise de risque apparaît comme fondamental et tranche radicalement par rapport à celui du recours permanent à l’Etat Providence. Il est pourtant totalement ignoré par la loi et le discours politique. 
Les travailleurs indépendants constituent la seule et dernière force vive d’une société dans laquelle la majorité des individus refuse la lutte contre l’adversité et abdique tout effort non garanti de résultat. Ils constituent la classe défavorisée dans notre société actuelle. Ils doivent se rassembler et porter un projet politique complet, constructif et ambitieux pour réorganiser une société bientôt privée de l’énergie fossile.
 

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6 réactions à cet article    


  • BA 30 juillet 2010 10:44

    26 000 milliards de dollars à trouver.

    Si même les entreprises d’assurances s’inquiétent du dérèglement climatique…

    Rien ne fera jamais plus peur à une transnationale que de perdre de l’argent. Dès le Sommet de la terre de Rio, en 1992, les plus grandes compagnies d’assurance et de réassurance – Swiss Re, Munich Re, Gerling, Skandia, Storebrand – lançaient leurs premières alertes.

    Au vu des chiffres, il était limpide que le dérèglement climatique allait coûter fort cher. Regarder aujourd’hui les courbes des sinistres liés aux catastrophes « naturelles » permet de tout comprendre d’un seul coup d’oeil. Au tournant des années 80, les pertes économiques dues à des typhons, à des sécheresses ou à des tsunamis explosent, passant d’environ 200 milliards de dollars en 1989 à 700 en 2002. Tête des assureurs.

    En 2002 toujours, le puissant président de l’Association américaine des compagnies de réassurance, Franklin W. Nutter, déclare sans trembler : « L’industrie de l’assurance est la première menacée. Il est clair que le réchauffement de la planète pourrait mettre l’industrie en faillite. »

    C’est assez facile à comprendre. Assurer, c’est prévoir. Assurer a toujours été une balance entre des gains certains et des risques potentiels estimables. Tel n’est plus le cas avec la crise du climat, qui rebat toutes les cartes du grand jeu industriel. La célèbre compagnie britannique Lloyd’s vient de publier, le 12 juillet 2010, une étude menée avec une maison réputée dans la prospective, Chatham House. Il s’agit d’un appel à « décarboner » de toute urgence l’économie mondiale.

    Décarboner ? Ce néologisme restera, car il désigne l’action volontaire de moins gaspiller le carbone.

    Que dit le rapport ? Que c’en est fini. Que l’époque où l’humanité pouvait puiser sans réfléchir dans des sources d’énergie bourrées de carbone – pétrole, gaz, charbon – est derrière nous. Car tout ce carbone se transforme tôt ou tard en gaz à effet de serre, qui aggrave le réchauffement. Donc, un mur.

    Pour bien comprendre sa dimension, garder en tête ce chiffre inouï : il faudra trouver, d’ici à 2030, 26 000 milliards de dollars pour satisfaire les besoins d’énergie des humains, selon Nobuo Tanaka, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie. Une somme proprement inimaginable qui n’est encore à peu près rien. Car, dit la Lloyd’s, il faudrait dans le même temps opérer une « révolution énergétique » sans précédent qui nous libérerait au moins un peu de notre tragique addiction au pétrole. Bref, ça craint.

    Et les assureurs sont du même avis que les écologistes. Bref, au risque de se répéter, ça craint.

    Fabrice Nicolino.

     

    http://www.bakchich.info/26-000-milliards-a-trouver,11490.html


    • testarossa 30 juillet 2010 10:57

      Encore une fois l’auteur en employant la dialectique Marxiste ne convainc que lui même et ses partisans : à aucun moment on ne voit evoqué le principe de la baisse tendancielle du taux de profit, pourtant la pierre angulaire du Marxisme. Peut être l’auteur l’ignore t’il lui même !
      Capitalisme = exploitation de l’homme par l’homme : ce n’est qu’une affirmation, pas le résultat de l’analyse marxiste encore une fois de la baisse tendancielle du taux de profit !
      En effet, si le taux de profit baisse avec l’accumulation du capital, la seule façon de générer du profit est d’exploiter la main d’oeuvre.

      Que l’auteur sache bien de quoi il parle !!!


      • lenainbleu lenainbleu 30 juillet 2010 11:54

        En 40.000 ans (c’est à dire depuis la préhistoire jusqu’à 1850) les seuls progrès techniques notoires ayant réellement eu un impact sur le mode de vie des humains sont au nombre de deux, à savoir la roue et l’imprimerie.

        Il fallait la faire celle-ci ! Les progrès en architecture, en agriculture, en physique, en métallurgie, les nouveaux modes de transports (navals et terrestres), l’horlogerie, l’habillement...vous en trouverez beaucoup ici :

        http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_l%27histoire_des_techniques


        • amipb amipb 30 juillet 2010 15:47

          Pourquoi ne pas citer également la médecine et les sciences de l’esprit (religieuses ou pas) ?

          Il y a eu en Inde, en Chine, en Perse et partout ailleurs de notables progrès réguliers dans ces domaines.


        • ffi ffi 1er août 2010 11:20

          L’auteur nous fait une sorte de théorie malthusianno-marxo-poujadiste... Il cumule au moins deux erreurs.

          L’erreur malthusienne : croire que les ressources sont limitées. Cela est évidemment faux, puisque l’univers est doublement infini (infiniment grand, infiniment petit). Il est vrai que l’hypothèse actuelle est que le pétrole est d’origine biotique, mais c’est fort peu probable. Titan recèle une grande quantité d’hydrocarbures. Les hydrocarbures ne sont donc pas nécessairement limités à court terme, ni à moyen terme (voir théorie abiotique du pétrole).

          L’erreur marxiste : croire que le capitalisme est un système. C’est faux, et pour le démontrer, je dois en revenir à l’étymologie. Capital vient de caput, capitis qui signifie tête en latin, et en particulier de capitalis, adjectif qui signifie « qui concerne la tête » qui a pris le sens, par métaphore, de « ce qui est le principal », « ce qui vient en premier », « ce qui est le plus important » d’où la ville capitale, première ville d’un pays. D’un point de vue économique, ce qui est « capital » est ce qui permet de produire d’autres biens (les infrastructures de production). D’un point de vue économique, pour parvenir à une prospérité, il est essentiel de développer ce qui est « capital » en économie. Pour exprimer ce courant idéologique visant à développer de ce qui est « capital » en économie, il suffit d’adjoindre le suffixe -isme, d’où le terme de capitalisme.

          Maintenant, pour ce qui est de l’appropriation par certains de ce capital économique, il s’agit d’un problème face à la gloire : certains ont la mégalomanie de vouloir tout contrôler, tout posséder, c’est un fait, ce sont des comportements humains relativement classiques. Il s’agit donc d’un problème de mœurs, un problème religieux, problème que le christianisme avait pour fonction de réguler (renoncement bien compris à une partie de la gloire, par la promesse d’une vie après la mort). Les excès du capitalisme s’accélèrent ainsi dès le reflux du christianisme (au XIXème siècle). Le communisme, athée, n’a pu l’endiguer, puisque, une fois le capital approprié, les prolo-dictateurs se sont comportés aussi mal, voire pire que les bourgeois libertins. Le marxisme veut ainsi voir l’effet d’un système (et recherche le système magique) tout en niant le problème de mœurs (l’opium du peuple), ce qui prive ses partisans de toute solution appropriée.

          J’ajouterais aussi une troisième erreur, historique, c’est de considérer que le progrès commence au XIXème siècle. C’est évidemment totalement faux. La science occidentale a décollée dès le XVIIème (Fermat - diffraction -, Pascal - hydraulique -, Leibniz - mécanique, calcul différentiel -, les Bernouilli - thermique, cinétique des gaz, élasticité -, Lavoisier - chimie -, Franklin, Coulomb - électricité ...). Pourquoi ? Les mœurs pacifiées de la société ont permis la recherche en toute bonne foi...


          • Marc Viot Marc Viot 1er août 2010 15:45

            La révolution pour un travailleur, ... 

            c’est d’être indépendant !

            Et pour un travailleur indépendant, faire la révolution, c’est très simple : il n’a pas à se déplacer, il lui suffit de ne plus payer ...

             smiley

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