Jean-Luc Mélenchon : « Nous sommes armés jusqu’aux dents »
Rencontre avec Jean-Luc Mélenchon, en tête du cortège Front de Gauche dans les rues de Brive, le samedi 6 novembre dernier, à l’occasion de la manifestation contre la réforme des retraites. Alors que le passage en force du gouvernement s’accompagne d’un regain de sa popularité, le fondateur du parti de gauche fustige la résignation et la démobilisation. Invitant les socialistes à considérer l’électorat radical dans le choix de leurs candidats, il exhorte la France à s’émanciper des pressions internationales.
Faudra-t-il désormais attendre 2012 pour pouvoir abroger cette réforme ?
Mais vous n’y êtes pas du tout. La mobilisation continue. Les éléments qui s’effarouchent et se désespèrent nous nuisent dans cette lutte. Les syndicats nous appellent à manifester donc la lutte continue. A quoi bon ces discussions sur demain ? Aujourd’hui, on manifeste et peut-être que la semaine prochaine on nous appellera à nouveau à le faire. 2012 c’est loin, c’est dans deux ans et évidemment, ça se prépare dans la lutte politique qui commence dés maintenant, mais pas comme le croient certains. Ce n’est pas une affaire de personne, c’est une affaire de compréhension de ce qu’il y a à faire. Donc, en 2012, les gens auront à se prononcer sur les retraites. Même si nous gagnons, cette fois il faudra savoir comment on continue à financer notre système des retraites. Chaque chose en son temps et dans le progrès de l’intelligence collective de notre peuple. Tout ça est bon pour nous.
Les élections groupées de 2012 restent l’échéance électorale principale…
Non, pardons de vous contredire, mais encore une fois vous allez trop vite. Il y a premièrement la mobilisation sociale dont on vient de dire un mot mais nous allons avoir également des élections cantonales. C’est canton par canton que nous allons aller retrouver des gens de droite qui se sont mis en travers de notre route, qui ont expliqué qu’il fallait faire travailler les gens jusqu’à 65, 67 ans, et nous allons demander aux citoyens, un par un « alors qu’est ce que vous en pensez ? Vous avez un bulletin de vote. Avec lui, châtiez-les ».
La loi sur les retraites n’entre pas dans les compétences départementales…
Le suffrage universel est universel.
La question relative à 2012 est la suivante, dans l’optique d’une union de la gauche afin de constituer la majorité requise par les institutions de la 5° république pour l’exercice du pouvoir, le choix du candidat lors des primaires socialistes influera-t-il sur vos stratégies d’alliance ?
C’est l’inverse. C’est notre stratégie d’alliance Front de Gauche qui va peser sur les primaires socialistes parce que les socialistes vont réfléchir et sans doute être assez intelligents pour se dire « voyons, si nous désignons un candidat qui est le directeur du FMI, qui a l’intention d’appliquer une politique similaire en France : « allons nous avoir l’avis positif de monsieur Mélenchon, ou d’un tel », à vrai dire peu importe. La question c’est : les électeurs vont ils considérer que cette candidature est conforme à la raison pour la quelle ils se lèvent le matin pour aller voter ? » Et la réponse sera certainement négative. Donc c’est nous qui allons déterminer le rythme et la forme que prendront les discussions chez les socialistes. S’ils discutent sans tenir compte de notre avis, ils devront bien réaliser que l’élection se fera sans tenir compte de leurs discussions.
Vous faisiez référence au directeur du FMI, ne doit-on pas aujourd’hui douter, étant donnés l’influence des logiques des firmes et la puissance réglementaire des organisations, de la capacité d’un gouvernement national à mener une politique se réclamant radicalement de gauche ?
En effet, ces réglementations l’empêchent mais il y a la règle et le peuple, donc si nous décidons de faire autrement, nous sommes 64 millions, la 5ème puissance du monde. Nous sommes armés jusqu’aux dents. Je le signale juste pour que nous réfléchissions deux secondes : nous serions dans la situation dans laquelle se situent les peuples d’Amérique du Sud qui se retrouvent quotidiennement menacés par les Etats Unis. Ce n’est pas possible avec nous. S’il le faut, nous pouvons affirmer notre liberté et décider de faire autrement. Ce n’est pas vrai que le monde s’impose à nous. Ce qui s’impose à nous, c’est la volonté générale des français. Ils ne veulent pas vivre à la sauce Etats-Unis, ils ne veulent pas vivre à la sauce OMC. Nous vivrons autrement. On peut le faire et pour ça il faut lire notre programme, nos propositions, cela est réaliste.
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