Le vrai visage du hollandisme : le grand écart du Centre-gauche à l’Extrême-droite

Ainsi, il a fallu plus trois années, des scandales politiques tels que l’affaire Cahuzac, la démission de plusieurs ministres, des défaites électorales et des crimes de masse pour que se révèle le vrai visage de ce qu’a toujours été François Hollande : un socialisme mou et condescendant qui cherche l’alliance avec l’extrême-droite. D’une mère catholique de gauche et d’un père défendant l’Algérie française, François Hollande en a appris une de ses pratiques favorites qui lui a permis d’accéder au pouvoir : la fameuse « synthèse » qui mélange des courants contradictoires.
Ce socio-type, assez répandu en France (père facho dominateur adepte de la brutalité et mère socialiste soumise réparant les pots cassés) représente assez bien comment s’exerce le pouvoir depuis les années Mitterrand. Est-il nécessaire de rappeler que François Mitterrand (un autre François, comme quoi le hasard…) était lui-même issu d’un milieu social de droite traditionnelle et a lui-même fricoté avec l’extrême-droite ? Procès d’intentions ? Nullement.
Les êtres humains ne sont pas réduits à devenir ce qu’ont été leurs parents. Mitterrand a connu la guerre, la Libération et les Trente Glorieuses et il a vraiment adopté le socialisme. Ce n’était pas juste une figure de style ou une tactique politicienne. Mis aux oubliettes après 1958 et la guerre d’Algérie, rien ne prédestinait Mitterrand à devenir le président socialiste de 1981. Même un grand manipulateur ne peut pas tromper son monde aussi longtemps. S’allier aux communistes, refonder l’union qui avait été brisée dans les années 1920, c’était quand même sacrilège
Nul n’est réduit à répéter bêtement ce que les parents font, mais il est quand même légitime de se demander pourquoi à gauche le même socio-type – c’est-à-dire l’ascendance qui mélange extrême-droite et catholicisme social – s’impose une nouvelle fois à la présidence de la République. Il peut être objecté qu’après tout c’est le fruit du hasard, que DSK allait l’emporter et Hollande eut beaucoup de chance, et quand un phénomène se répète seulement une fois, il serait bien difficile d’en tirer une conclusion définitive. Certes.
La seule chose qui peut être dite avec certitude est qu’il pourrait en être autrement. Pour contrer une tendance (déterminée ou non), il ne reste plus qu’à faire des propositions inverses dans l’à-venir, en commençant avec une simple question : est-il possible, pour la gauche française, d’avoir un candidat présidentiable qui n’ait eu aucun lien d’aucune sorte avec le catholicisme et l’extrême-droite ? Ce n’est pas une admonestation, ni un ordre, juste une simple proposition.
De l’autre côté, que s’est-il passé à droite depuis les années 1970 ? Chirac, dont les parents étaient catholiques, mais aussi radicaux-socialistes, et Sarkozy, enfant d’immigrés dont il est inutile de rappeler les origines. Face à ces figures, François Hollande donne l’impression de représenter la vieille France de la petite bourgeoisie campagnarde du 19ème siècle, partagée entre Contre-Révolution et catholicisme social, et ayant en horreur le communisme. Bien sûr, il ne faut pas l’oublier, la représentation politique émane aussi de l’expression politique des électeurs. Malgré toutes les manipulations politiciennes, les candidats favoris sont aussi ceux qui sont en position de l’emporter.
Ce qui peut être retenu des constations précédentes est que depuis les années 1970, les candidats de la droite républicaine qui accèdent à la présidence de la République sont issus de milieux sociaux plus variés que ceux des candidats de la gauche. D’où la deuxième question : quelles sont les conditions socio-politiques de telles différences ?
Première réponse, l’histoire et la place de la droite suite aux deux guerres mondiales :
Avant 1945, la droite se caractérisait par son esprit de conservatisme, c’est ce qui traçait sa limite avec la gauche. Défendant des valeurs plutôt traditionnelles, la droite pouvait accepter le progrès pour des raisons économiques mais n’en déduisait pas que l’organisation socio-politique dût se réformer au point de changer toutes les structures sociales. Aujourd’hui, cette position prête à sourire parce que finalement la société française a beaucoup changé. Il n’empêche que cette ligne, s’étant beaucoup adoucie avec le temps, est toujours actuelle et a refait surface avec la question du mariage homosexuel.
Avec les changements imposés par la population, la droite a dû s’adapter et a remis en cause sa pratique politique. Logique, puisqu’à partir du moment où il faut défendre le conservatisme, tous les évènements (nouveaux) brisent cette ligne de défense et oblige à prendre en compte la réalité. Avec le néolibéralisme, la droite a fabriqué un art majeur de savoir intégrer des éléments nouveaux qui contredisent la position officielle. La droite est devenue maître du double-langage, et donc, de la politique (dans le bon et le mauvais sens du terme).
Deuxième réponse : une gauche qui n’arrive plus à aller au-delà d’elle-même
Le rapport de la gauche face à la nouveauté, à l’évènement pur, s’est construit différemment. Avec son capital révolutionnaire, la gauche incarnait elle-même la nouveauté, elle cherchait à devancer les conditions sociales existantes pour créer une nouvelle humanité qui s’autodétermine elle-même, en choisissant librement parmi les « choses » du passé. Le fait que des évènements contredisent son action politique est « naturel » puisqu’elle cherche à transformer le monde, mais en le faisant elle n’a pas l’obligation de s’adapter à un évènement dont elle n’est pas à l’origine. La plupart du temps, la gauche plaque sa vision telle qu’elle le conçoit a priori. Cependant, étant donné que la société évolue elle-même et devance parfois son action, elle mélange aussi bien le conservatisme que le pragmatisme, mais au prix de devenir une droite qui ne s’assume pas, c’est-à-dire une gauche sociale-libérale limite réactionnaire telle que le président Hollande la pratique.
Alors, – troisième question, – qu’est-ce-qui, en dehors de nos propres conditions historico-politiques, pourrait remettre sur ses pieds une vraie gauche, conquérante, novatrice et qui produirait un véritable clivage avec la droite ? Et enfin tourner la page du déclin du catholicisme social charitable auquel moins en moins de citoyens ne croient ?
Le clivage gauche/droite français traditionnel :
Il est incontestable que le clivage entre gauche et droite ne se situe plus au niveau des politiques économiques, non pas parce que les partis qui alternent au pouvoir s’entendent objectivement pour continuer la même politique depuis les années 1980, mais parce que le cadre des décisions à prendre s’est largement déplacé dans le cadre de la mondialisation. Comme chacun le sait, la France et bien d’autres nations ont transféré une grande part de leur souveraineté dans la politique économique. Ce qui amène une première conclusion simple et liminaire : à défaut de pouvoir décider des grandes orientations économiques, le pouvoir effectif s’est replié dans le domaine socio-culturel et démographique. Ce n’est pas rien puisque ce domaine comprend les politiques éducatives, la santé, la culture proprement dit, les cultes religieux, la vie locale associative : toutes les attributions qui sont généralement attachées au concept de « soft power ».
De plus, dans le régime libéral, la principale compétence du gouvernement a toujours été de gérer et de contrôler la population, et la gestion des mécanismes économiques n’a jamais été une compétence obligatoire, même si le pouvoir les établit dans un premier temps. Au mieux, le gouvernement exerce un pouvoir d’arbitrage en favorisant ou en s’opposant à une dynamique sociale. Mais le régime libéral n’a jamais pu complétement se défaire de ce « monstre froid » tel que Nietzsche le percevait, de l’État féodal européen qui garantit la sécurité de la population en échange de son obéissance à des lois que celle-ci définit pour elle-même, et sur un territoire donné.
Avant les questions économiques, ce qui définit en premier le choix politique est donc le type de lien qui existe entre la population et celui ou ceux qui sont chargés d’assurer la bonne application des lois (voir Michel Foucault, Sécurité, territoire, population et Naissance de la biopolitique). Depuis 1789 en France, il existe deux conceptions radicalement différentes sur la nature de ce lien, correspondant imparfaitement au clivage gauche/droite, étant donné la variété des régimes politiques que la France a traversés. La première conception est d’ordre communautaire, monarchique et identitaire, où le pouvoir doit être exactement à l’image de ce qui a toujours été, dans un cadre fixe préalablement défini par l’histoire et la culture. Cette continuité était symbolisée par le roi, dont le pouvoir était tiré du divin. C’est sous des conditions religieuses et philosophiques que la population remet ses pouvoirs à un souverain dont l’intégrité du corps est aussi celui de la nation. C’est une vision organique du gouvernement, communautaire et assez uniforme, basée sur une temporalité immuable, mais qui a le mérite de se refonder elle-même à chaque fois, de se répéter à l’identique jusqu’à sa disparition complète. Une forme de radicalité absolue qui met au second plan les demi-mesures, où la totalité répond à un intérêt général unique. Cette conception du gouvernement se retrouve à droite mais elle est aussi retrouvée à gauche à certains moments de son histoire, surtout pendant les guerres et les révolutions, et lors de l’apogée du communisme français pendant les Trente Glorieuses.
La deuxième conception du gouvernement est d’ordre libéral, républicain et laïc, où le lien entre la population et les autorités n’est pas fondé sur la souveraineté, l’histoire et la culture mais juste sur une entente provisoire qui cherche à répondre aux questions posées par la population. Cette dernière ne délègue qu’une partie de son pouvoir, généralement tout ce qui appartient au domaine régalien (force publique, justice, diplomatie) et confie le reste pour des causes rationnelles liées à la division du travail et aux processus socio-historiques de la mondialisation. Cette conception, largement assimilable au parlementarisme et à la gauche républicaine en particulier, sépare l’État de la société afin que cette dernière soit plus autonome dans l’application des lois. Le gouvernement n’a pas vocation à se reconduire lui-même à l’identique ni à assurer la pérennité de la forme institutionnelle telle qu’elle existe. C’est une vision constructive qui laisse place à la pluralité des acteurs politiques mais a le défaut majeur d’être assez complexe et d’obliger à tout instant à faire des compromis et des alliances contradictoires. Néanmoins, la tendance générale de l’histoire politique française depuis 1789 fut d’aller dans ce sens, même si avec la 5ème République la tendance s’inverse et revient à une conception communautaire et régalienne de la gouvernance.
Laïcité, République et parlementarisme : un ensemble solidaire
Par rapport à la droite, la limite idéologique de la gauche a toujours été de ne pas montrer sa révérence envers les traditions, et la grande conquête de la laïcité doit être interprétée comme une longue bataille de la gauche (et d’une partie de la droite) pour chasser de l’espace public le « maître historique », en l’occurrence l’esprit religieux et communautaire qui s’impose à tout moment et à tout lieu.
Seulement, De Gaulle a eu cette idée géniale de faire revivre la figure du monarque, à une période où la France connaissait des défaites militaires et diplomatiques cuisantes – 1940 bien sûr, Vietnam, Algérie. Il a refondé le pays en attachant son avenir à la question de la souveraineté, de l’histoire et de la monarchie, avec quelques concessions au socialisme, pour son côté pastoral, son mépris des richesses (d’en bas et pas d’en haut, bien sûr), et l’organisation du travail dans la société.
La laïcité a été mise en place sous un régime parlementaire (en 1905), où la présidence était honorifique. Et en mettant à l’écart de l’espace public (politique pour être plus précis) la dévotion religieuse, la laïcité est aussi le refus catégorique de l’incarnation, c’est-à-dire la présence d’une personne sacrée qui siège au-dessus de la communauté politique. Et, ce qui est rarement dit dans les débats politiques actuels, spirituellement la laïcité consacre la victoire du parlement républicain et grave dans le marbre la fin de la monarchie.
Il existe donc une solidarité naturelle entre laïcité et forme de gouvernement, et le caractère monarchique de la 5ème République, en plus de revenir à des pratiques politiques antérieures à 3ème République, entre en contradiction ouverte avec la conception laïque des institutions.
La laïcité n’interdit pas la religion, elle ne fait que limiter sa présence pour tout ce qui a trait à la représentation. Contradictoirement, le sacré doit rester profane pour être accepté comme tel (cf. Le président normal selon Hollande), sinon il est disqualifié pour toute question relative au pouvoir, qui doit lui-même rester profane tout en tirant sa force du sacré. Un jeu d’ombres chinoises très délicat qui joue sur un clair-obscur fuyant et changeant. Règne du parlementarisme et des alliances parfois contre-nature.
Cette articulation et ce partage entre sacré/profane fonctionnait avec le régime parlementaire tant que le pouvoir suprême était « désincarné » et confié à la stratégie des partis politiques. (Il a beaucoup été dit que le régime parlementaire des 3ème et 4ème Républiques était instable, à la merci des divisions partisanes, corrupteur… Bref, tout ce qui est dit aujourd’hui de la 5ème République…). Sous la 5ème République, l’incarnation de la fonction suprême par une seule personne qui est investie par tous les français obéit à une logique communautaire qui s’impose d’elle-même et ne laisse pas beaucoup de place à la pluralité des expressions, puis à long terme finit par détruire les conditions qui rendent possible le partage entre le sacré et le profane, et donc la laïcité elle-même. Dans un régime monarchique, toute question relative au pouvoir devient sacrée, liée à son incarnation dans le corps du roi, exposée chaque fois au milieu de la place publique dès qu’un évènement d’importance l’exige. Le roi s’impose dans l’actualité et le parlement devient superflu. En France, la laïcité est antagonique à toute forme monarchique du pouvoir.
Ainsi, avec ce petit détour par la laïcité, le pouvoir suprême, le président et la monarchie, il devient évident que le terrain de la gauche est minée par des contradictions qui la diviseront pendant longtemps au sujet de la 5ème République. Ceux à gauche qui se moquent des partisans d’une 6ème République ne se rendent pas compte qu’il s’agit là aussi de la principale condition pour que les fondements républicains restent réels, à travers une refondation. Actuellement, la possibilité de définir ce qu’est une politique de gauche est à ce prix. Les désaccords sur les questions économiques parmi les courants de gauche ne sont que les projections biaisées des antagonismes liés aux différentes conceptions du pouvoir qui peuvent se croiser : parlementaire ou antiparlementaire, laïque ou monarchique, libre ou communautaire.
Les partis politiques français entre 1958 et aujourd’hui :
Le clivage républicain/antirépublicain, même si il est réel, est moins pertinent que le clivage parlementaire/antiparlementaire, dans la mesure où la forme de l’État est moins un enjeu immédiat que l’organisation concrète du pouvoir. C’est ainsi qu’un parti républicain peut trouver sa place dans un régime monarchique ; le décalage temporel entre des idées politiques et leur réalisation effective fait que le clivage se situe plus dans l’opposition entre différentes institutions, que dans celle entre deux régimes politiques qui existent virtuellement l’un à côté de l’autre.
En suivant ces lignes de clivage, le parti communiste est à l’origine antiparlementaire et laïque, puis parlementaire et laïque depuis les alliances avec le Parti Socialiste. Ce dernier est monarchique et parlementaire depuis François Mitterrand. Le parti de gauche est parlementaire et laïque. Le NPA n’est rien du tout et tout cela à la fois.
Pour la droite, le FN est monarchique et antiparlementaire (cela peut évoluer), Les Républicains sont monarchiques et parlementaire (comme le PS), l’UDI est parlementaire et un coup laïque, un coup monarchique (pas vraiment comme le parti de gauche…). Dupont-Aignan est rien du tout et un peu de tout cela à la fois.
En prenant cette grille d’analyse, sur les partis politiques français depuis les années 1970, nous remarquons que le PS et Les Républicains sont sur la même ligne, qu’en dépit de toutes les analyses électorales, le PC et le FN sont radicalement opposés, que le centre et la « gauche de la gauche », UDI et Parti de Gauche, partagent des points communs mais différent radicalement sur d’autres, notamment sur les alliances. Toute cette analyse n’est qu’une modélisation abstraite qui ne prend pas en compte les dynamiques électorales et l’histoire propre à chacun des partis, mais ne fait que mettre en perspective les positions des courants politiques en 1958 en comparaison de leurs positions actuelles vis-à-vis de l’institution présidentielle. Aujourd’hui, la confusion est plutôt généralisée et la carte politique est en pleine reconfiguration.
Cependant, il reste intéressant de comprendre l’articulation entre ces grandes structures à travers une analyse qui met en contraste leurs relations initiales avec les pouvoirs constitués de la 5ème République et leurs propres visions actuelles qu’ils ont de ces mêmes relations – la référence au gaullisme est assez centrale dans la vie politique française et serait un bon indicateur de l’évolution de la structure politique des partis, et du décalage entre leurs positions de base et leurs positions aujourd’hui. Cela permet de voir en quoi cette architecture politique oriente le débat sur la laïcité, explique la démobilisation à gauche, la consolidation à droite (mais au prix d’un immobilisme conservateur) et l’expansion du Front National.
La reconstitution de trois partis monarchiques :
Actuellement, c’est avec la question sécuritaire que se définissent les positions par rapport à la présidence de la République. Le noyau dur de l’autorité publique est redevenu un objet de débat dans la politique française depuis la fin de la guerre d’Algérie. C’est lors des graves crises de l’autorité publique que les partis révèlent leur nature profonde. Ainsi, dans la mise en œuvre de la guerre face aux organisations terroristes, la connivence entre les trois grandes formations politiques du moment est bien mise en évidence.
Évidemment, le concept du tripartisme monarchique est emprunté à l’historien René Rémond, même s’il n’aurait jamais eu l’audace d’inclure le Parti Socialiste parmi une des trois familles de la droite. Serait-ce si incongru de prolonger l’analyse en ce sens, quand on sait que le clivage gauche/droite s’est largement déplacé du domaine juridique et institutionnel au domaine social et économique ? Par exemple, la seule grande réforme clivante au niveau des institutions qui a été mise en oeuvre par le gouvernement Hollande fut le mariage homosexuel. Hormis cela, habituellement les clivages se font sur des questions financières ou des questions purement sociales, souvent du ressort des collectivités locales et des acteurs sociaux.
Ainsi, le PS jouerait le rôle de la droite orléaniste, qui veut bien préserver la monarchie à condition de changer de roi et éventuellement, limiter un peu ses prérogatives. Ce sont des réformateurs qui pensent que la monarchie constitutionnelle à l’anglaise est possible en France mais glissent souvent dans le conservatisme dès lors qu’il y a un obstacle. Les Républicains dirigés par Nicolas Sarkozy sont plutôt bonapartistes, veulent un État fort et autoritaire où les anciennes et les nouvelles élites fusionnent, avec l’intermédiaire d’un homme charismatique (une femme, certainement pas) qui reçoit l’approbation lointaine du peuple et délègue tous les pouvoirs à la bureaucratie afin de transformer le pays – sauf que cette bureaucratie est largement occupée par les socialistes-orléanistes et lisent Le Monde. Et enfin, le retour de la droite légitimiste, incarnée par le Front National, qui entend revenir aux sources du gaullisme de droit divin, en restaurant la souveraineté nationale et en défaisant tout ce qui a été fait depuis les années 1970, grâce à une armée de rednecks séduits par des idiots utiles que les deux autres camps utilisent pour se maintenir au gouvernement.
Ce qui structure la vie politique française est le rapport avec la présidence de la République, clef de voûte des institutions et monarque de la France contemporaine. Le FN, Le PS, LR, et tous leurs satellites se reconnaissent dans cette forme de gouvernement et ne remettent pas en cause la nature du pouvoir présidentiel. Il n’y a qu’une petite partie du Parti Socialiste, le Parti de Gauche et quelques nouveaux partis qui partagent la conviction de réformer au profit du Parlement les institutions de la 5ème République. Ils ne sont pas nombreux parce que la société française fait le choix de continuer à appliquer une logique communautaire et identitaire où c’est le consensus qui doit guider l’action politique, et où l’État et la société sont indistincts et sont unies à travers la figure du monarque – ce qui par la même occasion empêche toute velléité de réforme. Le Front National est l’aboutissement de ce processus et son expansion peut être considérée comme une dégénérescence issue directement de la nature de la 5ème République, basée sur le lien personnel entre le souverain et le peuple.
Le souverainisme est donc une propriété appartenant à la nature du régime et ne constitue pas une simple option politique qu’il est possible d’écarter. Le souverainisme est au fondement même des institutions de la 5ème République. Ceux qui s’opposent au souverainisme et siègent pourtant au gouvernement, ne peuvent que détruire les fondations sur lesquelles ils s’appuient, utiliser des mesures d’exception chaque fois que leur propre intérêt est en jeu, et passer dans une zone juridique extraordinaire où tous les coups sont permis. Avec l’Europe et la mondialisation, il est bien possible que l’exception soit devenue la règle et dans un autre temps constitue la prémisse d’un nouveau type de gouvernement et de régime politique. Le Front National étant le programme politique qui promet les bénéfices de l’exception à chacun des français. Sans en imaginer les conséquences sur ceux qui ne le sont pas, bien entendu.
Déchéance de la nationalité : l’alliance objective entre PS, UMP et Extrême-droite :
Plus une entente qu’une alliance à proprement dit, la déchéance de nationalité est un appel du pied aux électeurs du FN par un président socialiste qui cherche de nouveaux soutiens pour rendre légitime son action politique aux yeux des français.
Là aussi, c’est la question de la souveraineté qui donne la bonne clé d’interprétation. Ce qui est fâcheux avec la déchéance, ce moins le problème d’injustice lié à la double peine que le rapport avec les nationalités étrangères, puisque cela revient à faire de celles-ci, quelle qu’elles soient, une catégorie juridique qui décharge les autorités publiques d’assumer l’entière responsabilité de prendre en charge l’ensemble de la lutte contre le terrorisme, où qu’il soit. C’est une politique conservatrice de courte vue qui considère que la France est restée souveraine dans ses frontières et ne compte pas se mêler de ce qui se passe avec les étrangers. Si chacun des pays touchés par le terrorisme décidait de faire la même chose, se produirait une armée d’apatrides qui irait gonfler l’effectif des organisations terroristes et Daech s’étendrait de Tunis à Bagdad.
La déchéance de nationalité est une négation du droit international qui distingue une exception française par rapport aux autres nations dans la lutte contre le terrorisme. Mais à travers ce débat juridique, c’est la question de l’État d’exception et de la souveraineté qui est posée. Le thème de la sécurité revient toujours à celui du contrôle des frontières, des étrangers et des immigrés, à la possibilité d’enlever certaines contraintes à l’action politico-judiciaire, et finalement d’outrepasser toutes les règles en vigueur pour des raisons de défense nationale : Schengen, les conventions internationales, le code de la nationalité, etc.
Ainsi, avec cette mesure, se dessine une certaine cohésion entre les trois grands partis politiques français, de laquelle François Hollande se met en tête : il peut enfin exercer son grand art de la synthèse du Centre-gauche à l’Extrême-droite, et se poser comme souverain sur le lit de justice. Il est devenu, comme les autres présidents de la 5ème République, exceptionnellement... normal.
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