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Repenser l’éducation… du point de vue des entreprises

Pour Condorcet l'instruction publique devait "Offrir à tous les individus de l'espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d'assurer leur bien-être, de connaître et d'exercer leurs droits, d'entendre et de remplir leurs devoirs…" Nous en sommes bien loin… On nous propose à la place « d'acquérir des compétences adaptées à l'emploi, renforcer les compétences transversales et entrepreneuriales."

JPEG Le rapport proposé lors de la dernière session plénière par la sociale-démocrate Katarína Neved'alová s'intitule « Repenser l'éducation » et c'est bien de cela qu'il s 'agit…

Ce document devrait éclairer les syndicalistes français. Car il enthousiasme l’aile droite des solfériniens. Voyez cela de près. Ce rapport rappelle d'abord dans une hypocrisie totale que « que la mission première de l'éducation est de préparer les personnes à la vie et d'en faire des citoyens actifs dans des sociétés de plus en plus complexes ». Pourtant on comprend rapidement qu'il s'agit moins d'émanciper les citoyens que de former des travailleurs adapté au monde économique. La rapporteuse reprend d'ailleurs à son compte le postulat selon lequel le chômage est d'abord de la responsabilité du chômeur :

  • pas assez formé. Il s'agit « d'adapter les formations aux compétences pertinentes pour l'emploi »

  • pas assez ouvert à l'esprit d'entreprise. Il s'agit de « communiquer aux jeunes l'esprit d'entreprise et d'innovation »

Bref il faudrait se dépêcher de repenser le système éducatif qui, bien sûr, n'est pas adapté… aux besoins du marché de l'emploi : « L'efficacité de l'enseignement et de l'apprentissage en Europe pourrait être renforcée par une meilleure reconnaissance des compétences et des qualifications, ce qui augmenterait la mobilité et contribuerait à la réduction du chômage ».

Pour Condorcet l'instruction publique devait "Offrir à tous les individus de l'espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d'assurer leur bien-être, de connaître et d'exercer leurs droits, d'entendre et de remplir leurs devoirs…"

Nous en sommes bien loin… On nous propose à la place « d'acquérir des compétences adaptées à l'emploi, renforcer les compétences transversales et entrepreneuriales."

Les pistes avancées pour une revalorisation, nécessaire, de l'enseignement professionnel finissent d'achever un système public déjà mal en point. C’est un tissu de mesures qui entérinent la mise en concurrence de l'enseignement public et du secteur privé, puisque l'éducation est un marché. Bien sur les pistes explorées ne manquent pas de justifier les réductions budgétaires par la promotion des nouvelles technologies et de l'enseignement à distance (source d'économie).

Bien sûr pas un mot n'est prononcé sur le rôle d'intérêt général des qualifications dans la bifurcation écologique du système productif. Il est vrai que les têtes d’œufs qui pondent ce genre de texte ne savent même pas de quoi il s’agit. En résumé ce rapport persiste à penser l’éducation comme une simple variable d'ajustement dans l'ordre économique actuel : servir les entreprises et adapter « l’offre » éducative à la « demande » du marché. Les socio-démocrates alliés avec la droite ont voté ce texte. Il y a donc eu une écrasante majorité pour imposer ces vues libérales. Les solfériniens ne s’en vantent pas. Ils ont honte ?


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9 réactions à cet article    


  • AlainV AlainV 13 novembre 2013 12:08

    Vous avez raison de vous référer à Condorcet.
    Jusqu’au début des années 2000, les programmes des ’disciplines’ du Secondaire étaient introduits par une référence éducative fondamentale : l’objectif de chaque discipline était une éducation au Beau, au Vrai, au Bien. Ce qui primait était donc un triptyque : la formation esthétique, la formation scientifique (sciences dures et sciences humaines mises à égalité) et la formation morale.
    Chacune des matières d’enseignement se prévalait de ces trois composantes. Les enseignants les prenaient en compte, plus ou moins consciemment. Nombreux sont ceux qui continuent à former les élèves dans cet esprit, comme des sujets de leur formation et non comme des objets, c’est-à-dire de simples outils de la machine économique (souhait des tenants du néolibéralisme).

    Je n’ai pas retrouvé ces préambules dans les derniers programmes publiés. Aurait-on changé de paradigme ?

    Il est grand temps de re-considérer les jeunes êtres humains en formation comme des citoyens en devenir, comme des Sujets qui parlent au ’je’, qui ont leur mot à dire dans toutes les affaires publiques, y compris au sein de l’entreprise.

    En tant que connaisseur de l’ex-RDA pour y avoir vécu plusieurs années, je constate avec effarement que la Commission de Bruxelles met en place progressivement un régime de coercition semblable à celui de l’Allemagne de l’Est. Dans le domaine de l’éducation, chacun devait prendre sa place dans le système économique. En conséquence, si l’on avait un certain choix dans la palette des métiers offerts, l’individu ne s’y développait qu’en fonction de son utilité pour la société. La place du ’je’ était donc très restreinte, au sein du ’collectif’ où il évoluait. Le sens de sa vie ne pouvait être que la participation au développement du socialisme, en marche vers le communisme. Ceux qui refusaient de participer à cet idéal étaient maintenus dans un rôle subalterne, voire réprimés.

    N’est-ce pas ce qui arrive de plus en plus souvent à ceux qui résistent au néolibéralisme ?

    Et si le communisme avait pour objectif le bien général, de tous, l’objectif néolibéral est l’enrichissement illimité d’un tout petit nombre.
    Comme disait une voisine qui touche le RSA :« C’est normal, il y a toujours eu des riches et des pauvres. » Ce qu’elle oublie, c’est que les riches d’aujourd’hui empêchent les gens d’acheter des médicaments pour se soigner, en France et pas seulement en France.


    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 13 novembre 2013 16:48

      Evidemment, l’éducation ne se résume pas à la recherche de l’employabilité. 


      Mais on ne peut pas ne pas se poser la question du devenir des élèves après l’école. On peut former des tas de diplômés en histoire, en philosophie, en littérature... Que deviendront-ils ensuite sur le marché du travail ?
       On peut sortir de Normale Sup avec une agrégation de lettres classiques et devenir président de la République. Mais on ne peut pas devenir un bon soudeur avec une licence de psycho. On a pourtant besoin de soudeurs... Peut-on se contenter de renvoyer chacun à ses désirs sans se préoccuper de la demande sociale ?

      Ce qui me préoccupe le plus pour mon compte, c’est le sort réservé à chacun dans la structure sociale. Quand valorisera-t-on le travail manuel comme il le mérite. Quand un bon soudeur sera-t-il payé et considéré comme un chef de service dans une administration ?

      Cela dit on peut en même temps former des soudeurs et des citoyens —le soudeur n’est pas prédestiné à être un esclave soumis...

      • soi même 13 novembre 2013 17:25

        Il y a plus récent comme réflexion sur le sujet ; il est vrai qu’il est ostraciser en France car il est autrichiens.


        • mmbbb 13 novembre 2013 18:20

          @ Jean J. MOUROT Oui certes nous avons besoin de bon soudeurs de bon ouvriers Mais les metiers manuels etaient encore mal consideres J’ai fait un salon du meilleurs ouvriers de France Du bel ouvrage mais un artisant me disait qu’il avait du mal a recruter les choses changent mais notre systeme educati est diriges par des idiots qui ne se sont faits contredrire depuis l’avenement de du sacnner et de l’irm Le travail de la main fait travailler toutes les spheres cerebrales Nous risquons a terme d’oublier certains savoirs CQFD l’helice du charles de gaulle mal coule Alors conyinons dans cette voie et formont des bureaucrates nous avons trop de PME PMI performantes en France 


          • soi même 13 novembre 2013 18:43

            @ mmbbb  , ne cherche pas à argumenter Jean J. MOUROT rumine .


          • Pere Plexe Pere Plexe 13 novembre 2013 18:37

            Les mêmes qui souhaitent des jeunes « employables » immédiatement à la sortie du système scolaire nous affirment que désormais il faudra que chacun de ses gamins fassent 5 ou 6 boulots différents.Et que la moitiés de ses jobs n’existent pas à ce jour...


            • tf1Goupie 13 novembre 2013 19:50

              Condorcet un homme issu de la noblesse à une époque où l’instruction était réservée à l’élite de l’élite, où plus de 80% des citoyens étaient paysans, c’est quand même assez rigolo de prendre ça comme référence pour penser l’école d’aujourd’hui !!

              Comment un homme peut-il s’émanciper s’il n’est pas capable de subvenir à ses besoins et préparer son avenir ??

              Et l’auteur semble convaincu que l’école ne permettra de former que des futurs salariés.
              Et les futurs artisans ou professions liberales ou entrepreneurs, ceux-là aussi seront formés par l’école.
              Et apprendre ce qu’est la création monétaire et le système bancaire à l’école ça vous semble vraiment débile ?

              Bref l’inculture économique des Français est notoire et l’auteur voudrait que cela continue.

              A pleurer !!!


              • Beauceron Fabien Roger Bonaparte 13 novembre 2013 21:18

                L’école n’enseigne plus, elle occupe nos chères têtes blondes... nous revenons peu à peu aux garderies sociales du second empire. Mais cela a une logique : faire des enfants de futurs consommateurs bien crétins sans jugeotte aux ordres des TF1 et autres mafias du BTP... l’école publique dérange ces gens-là.


                • Jules Elysard Jules Elysard 20 mai 2014 18:31

                  La petite visite que vous m’avez faite m’a permis de découvrir vos textes.

                  Vous faites donc aussi un peu d’agit prop dans votre entreprise ?

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