UMP, vous avez dit « Babar » ?
Il n’est un secret pour personne que la droite a longtemps tenu en piètre estime la personnalité de François Hollande, aujourd’hui candidat PS à l’élection présidentielle. Lorsqu’en novembre dernier, sur LCI, le ministre Luc Chatel parle de « Babar » pour qualifier la campagne de l’ancien secrétaire général du parti socialiste, il croit encore aux projections de Nicolas Sarkozy pour qui Hollande s’effondrerait au bout de quelques mois et qu’il n’en ferait qu’une bouchée.
Le retentissant discours du Bourget, dimanche 22 janvier, est venu rappeler à la droite que le « Babar » qu’ils croyaient était, en réalité, un adversaire coriace et qu’il faudra ferrailler s’ils tiennent à prolonger le bail de l’actuel locataire de l’Elysée.
On en est même à se demander si le doute ne gagne pas du terrain dans les rangs de l’UMP. L’absence de réaction, sur le fond, au discours du Bourget, est assez révélatrice. Les ténors de l’UMP, qui nous avaient habitués à des ripostes musclées chaque fois que la gauche s’hasardait à avancer la moindre proposition, ont tout d’un coup brillé par leur discrétion. Manifestement assommés ! Les quelques réactions audibles de la part de la droite ont porté sur des sujets sans rapport, comme sur Yannick Noah et ses embrouilles avec le fisc. En coulisse, les dirigeants UMP reconnaissent la réussite du discours prononcé devant de socialistes, bien dans les rangs, ce qui est assez rare. Même ceux qui, comme Benoît Hamon, s’étaient « risqués » dans un début de polémique sur les recrutements dans l’éducation nationale, sont désormais « disciplinés ».
Il y avait pourtant de quoi monter au créneau et sortir l’artillerie lourde, comme lorsqu’il s’était agi du « quotient familial ».
En effet, le candidat PS qui avait promis 60 mille postes dans l’éducation nationale a, depuis, entretenu la confusion sur le sujet en annonçant que ces « recrutements » dans la fonction publique d’Etat se feraient à effectif constant. Ce qui est inenvisageable compte tenu de la pénurie de fonctionnaires dans les autres secteurs de la fonction publique, du fait, en partie, du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Il a également tourné le dos au projet socialiste qui prévoyait la création de 300 mille emplois jeune et sur lequel tous les candidats aux primaires s’étaient engagés. Il en propose 150 mille, sans grande conviction, puisque personne n’est dupe. L’ampleur de la crise et l’état de dégradation de nos finances publiques sont qu’une promesse de cette nature peut difficilement être tenue. Sans parler de la TVA sociale qui a mis dans l’embarras son propre porte-parole, Manuel Valls, l’homme de la droite du PS, dont les bégaiements, depuis, amènent à se demander ce qu’il continue à faire dans l’entourage d’un François Hollande, au discours de plus en plus ancré à gauche.
De grosses failles donc, à la portée de la droite, comme de juteux morceaux de viande jetés aux lions. Seulement voilà ! Les fauves ne savent plus mordre.
Sur d’autres sujets, comme la crise économique et financière, s’il s’est montré combattif notamment contre ce qu’il désigne désormais comme « son adversaire », le monde de la finance, il n’a pas dit comment il s’y prendrait. On sait que Nicolas Sarkozy s’est cassé la figure pour avoir promis de chercher la croissance avec les dents, de moraliser le capitalisme et de faire disparaître les paradis fiscaux. Son fiasco a peut-être « échaudé » François Hollande, dont la combativité oratoire dissimulait une personnalité hésitante sur la question : « comment on fait, concrètement ? ». Il a ainsi passé une partie de son temps à « mouliner » du vent.
Et, étonnamment, ça marche ! Comme par magie.
Ses sondages sont toujours bons et la panique commence à se propager dans le camp d’en-face. A tel point que Nicolas Sarkozy, malmené depuis de longs mois par des pronostics systématiquement défavorables, a dû avouer qu’il pensait sérieusement à la fin de sa carrière. Des propos qui rappellent ceux d’un certain John McCain qui, à la traîne dans les sondages, avait évoqué, en novembre 2008, l’hypothèse de sa défaite. Barack Obama avait alors le vent en poupe mais les républicains (comme certains UMP aujourd’hui) continuaient à croire, dur comme fer, qu’un miracle se produirait dans la dernière ligne droite, voire dans les isoloirs, le « bradley effect » pouvant, on ne sait jamais, jouer un mauvais tour à Obama.
Non, les miracles sont impossibles ! Les hommes politiques qui s’abreuvent de sondages à longueur de journée sont assez lucides pour anticiper l’issue d’un scrutin mal engagé.
Et Nicolas Sarkozy n’a plus rien à se mettre sous la dent. Chaque semaine, des licenciements médiatisés viennent plomber l’image de celui qui avait promis le retour du politique et qui n’arrêtait pas de railler un certain Lionel Jospin qui, à son époque, avait eu la maladresse (honnête) d’avouer que « l’Etat ne peut pas tout faire ». Les derniers chiffres du chômage ne sont pas pour gommer le sentiment d’impuissance pour l’homme qui avait promis le plein emploi au terme de son mandat . Sinon, avait-il ajouté, « ce serait un échec » et les Français devraient « en tirer les conséquences » !
La réaction de l’UMP au meeting du Bourget, par la distribution de 6 millions de tracts pour défendre le bilan de Nicolas Sarkozy, ressemble à un baroud d’honneur. Les tracts risquent de finir dans la poubelle chaque fois qu’on s’apercevra qu’il s’agit de défendre un bilan déjà sévèrement rejeté dans l’opinion. Même si l’honnêteté intellectuelle recommande de reconnaître que tout n’est pas à jeter des cinq ans de Sarkozy à l’Elysée.
Pour la première fois depuis longtemps, même ses adversaires le trouvent sincère. L’homme a parlé avec son cœur. En réalité, depuis 10 ans, il a fait ce qu’il pouvait. Il croyait pouvoir renverser les montagnes et vider les océans. Il croyait sincèrement que « tout était possible ». Aujourd’hui, à 57 ans, devenu « sage », il prend conscience des limites des pouvoirs d’un seul homme, Président soit-il.
Mais dans l’intérêt de son propre camp, il aurait dû se rendre compte, longtemps à l’avance, qu’il était « cramé ». Comme le Premier ministre espagnol, José Luis Zapatero. Ce dernier avait décidé de renoncer à renouveler son mandat, préférant s’appliquer à gérer la crise jusqu’au bout. Nicolas Sarkozy aurait pu donner sa chance à un Fillon et autres Copé,… pour aller défier François Hollande dans la bataille de l’Elysée. Il ne l’a pas fait et à moins de trois mois, l’UMP n’a d’autre choix que de le soutenir dans une campagne aux allures de Chemin de Croix.
Fini donc de rigoler. Les « Babar » et autres jeux de mot sont désormais à bannir puisqu’il s’agit, pour la majorité, de sauver tout ce qui peut encore l’être.
Boniface MUSAVULI
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