Le racisme comme outil de contrôle
Plutôt qu'une lutte entre races, le racisme est un moyen de maintenir une division artificielle entre des groupes d'humains. Cette définition nous pousse alors à comprendre quel est l'objectif de cette division. Comme toujours lorsque l'on veut comprendre le présent, il faut chercher dans son passé, cherchons ces réponses.

Avant de parler des racines du mal, il faut comprendre ce qu'il se passait avant que le racisme naisse dans l'esprit des Européens.
Ce qui est étonnant c'est bien avant que le premier négrier débarque à Haïti, il y avait une histoire noire sur le sol européen. Ces noirs n'étaient pas des esclaves ou des domestiques. Non ils étaient chevaliers, seigneurs, généraux, intellectuels.
Dès l'époque romaine on retrouve le nom de Saint Maurice à la tête de la légendaire légion thébaine. Maurice (Mauritius, le Maure, le Noir), venu d'Egypte avec sa Légion Maure, installé à Augaunum vers la fin du IIIe siècle, il s’illustre en refusant d’exécuter l'ordre donné par l'empereur maximilien de massacrer des chrétiens, ce qui lui vaut d’être exécuté lui et ses hommes. Le 22 septembre 286, une légion romaine entière de 6500 hommes, général en tête, est passée par l'épée pour n’avoir pas voulu renoncer à sa foi chrétienne.
Voici une statue de Saint Maurice à la cathédrale gothique de Magdebourg en Allemagne.
On retrouve la trace de personnages noirs illustres en Angleterre, en France, en Allemagne, en Sicile avec Jean le noir vizir de Sicile sous Frédéric II, en Italie avec Alexandre de Médicis dit le Maure, même en Russie.
La position du continent européen proche de l'Afrique fait qu'en tout temps des échanges ont eu lieu. Rome était un Empire méditérranéen, les Numides, les Carthaginois, les Egyptiens, les Berbères ne devaient pas avoir la peau claire. Au Moyen-Age, les Maures d'Espagne étaient également des noirs. Bien loin d'être simplement refoulé par Charles Martel, ils se sont installés dans le Sud de la France et on donnait les noms de famille Moraux, Morel, Morland. Et sur le drapeau Corse, un noir également.
Enfin on parle peu de la vision des Européens de l'Afrique au Moyen-Age. L'Afrique est vue comme une terre de richesses où il y a l'or, l'ivoire, les pierres précieuses. Des commerçants européens vont jusqu'au royaume du richissime roi Mansa Musa, l'homme le plus riche de tous les temps.

On voit donc qu'il y a une relation d'égal à égal, l'homme noir trouve sa place dans la société européenne d'avant la traite négrière. La question est alors de savoir pourquoi le racisme est né ?
Encore une fois, il faut étudier l'histoire de la colonisation du nouveau monde pour comprendre quels étaient les vrais enjeux.
Je vais prendre un exemple c'est toujours mieux que de longs discours.
Imaginez-vous, immigré aristocrate, vous êtes venu sur le nouveau monde à la recherche de richesses. En effet en Europe vous avez toujours votre rang mais vous n'avez plus un sou ! Rien de pire que d'être puissant et pauvre. Le nouveau monde c'est donc pour vous une opportunité de faire fortune. Le nouveau monde ce ne sont pas des vacances dans une des îles des Barbade, de la Guadeloupe, ou de Cuba. Non, vous vous voulez du pognon ! Vous avez compris qu'en partant au nouveau Monde vous conserverez votre rang, le système féodal européen s'y applique toujours. Les économies de la vente de vos biens européens vous permettent de démarrer une plantation de café.
Ah la campagne, la terre, les vraies valeurs ! C'est bien gentil mais ce n'est pas vous qui allez bêcher. Donc vous mettez des affiches au port car vous savez qu'il y a toujours des désoeuvrés nouvellement arrivés qui recherchent du travail. Vous leur faites signer un contrat leur fournissant nourriture, et logement les liant à votre terre pour quelques années. Vous êtes toujours le seigneur, et eux les serfs même s'ils croient qu'ils pourront après des années d'efforts s'offrir eux aussi un bout de terre. Les pauvres fous vous vous dites. Seul soucis avec ces serfs de l'ancien monde, c'est que un ils supportent mal le temps, et deux la loi et la religion les protègent de vos abus. Comment s'enrichir si on a même plus le droit d'exploiter jusqu'à leur mort les travailleurs ? La solution à cette question a déjà été apportée par la mise en esclavage des populations indigènes mais on les a tellement bien exploités qu'ils sont tous morts. Il faut donc trouver une autre source de main-d'oeuvre. L'exploitation de vos serfs vous a permis de démarrer une affaire, d'avoir quelques sous. Vous allez donc cette fois au port pour y acheter des esclaves venus d'Afrique. Pourquoi d'Afrique ? Ils sont plus costauds que les indigènes, et les Européens à ce qui paraît.
Vous commencez donc à acheter des esclaves qui vont aller travailler avec vos serfs blancs dans vos champs. Vous agrandissez vos terres, vous achetez, vous vendez, bref vive le capitalisme décomplexé. Vous qui n'aviez rien, vous voilà riche, votre but ayant été de vous enrichir vous avant qui que ce soit d'autre fait que vous ne pensez pas forcément au bien-être de ceux qui sont dans les champs. Par contre eux leur bien-être ça les préoccupe. Durant toutes ces années les blancs, et les noirs travaillant généralement au même poste, dans les mêmes conditions, subissant les mêmes punitions, et bien ils ont fraternisé. Des enfants métisses sont nés, des familles se sont créés, des liens se sont tissés et surtout la haine du patron est montée.

Et ce qui devait arriver, arriva, la rébellion éclate. Des centaines d'hommes noirs, et blancs se pressent sous vos fenêtres. Vous comprenez qu'il vaut mieux les écouter, et leur donner tout ce qu'ils veulent. Puis le lendemain vous appelez la garde, il ne faut pas déconner, ce n'est pas eux qui vont remettre en cause l'ordre établi. Une bonne centaine d'hommes sont arrêtées pour l'exemple, bien plus qu'un simple fait divers, votre affaire intéresse tous les autres nobles car cela peut donner des idées à leurs travailleurs et faire basculer l'ordre de la colonie. En ce temps-là les tribunaux étaient présidés par les hautes personnalités c'est-à-dire vous et les autres personnes de votre rang. Le jugement est donc vite expédié, vous voulez tous la peine de mort pour tous les rebelles. C'est là qu'intervient une personne plus silencieuse que les autres qui expliquent les choses ainsi :
Messieurs, combien sommes-nous dans cette salle ? Nous ne sommes tout au plus qu'une vingtaine. Nous jugeons 100 hommes tous maltraités par notre appât du gain, et notre cupidité. Dehors il y en a plusieurs milliers d'autres qui nous en veulent tout autant. En tuer cent cela ne fera que retarder l'inévitable. Le fait est qu'ils auront notre tête ! Nous ne pouvons pas compter sur les soldats de notre pays pour nous aider. Ils sont trop peu nombreux, et le temps que d'autres arrivent nous serons sûrement tous morts. Non messieurs la solution est de créer un espace de protection supplémentaire entre eux et nous comme un tampon entre le danger et nous. Aujourd'hui achetons-nous des partisans, et divisons-les. Plutôt que tous les mettre à mort. Pendons les noirs, et donnons une amende symbolique aux blancs. De plus octroyons à nos blancs des terres, et des avantages. Cela leur donnera l'envie de nous défendre pour défendre leurs richesses à la prochaine rébellion.
Vous vous regardez. Laisser partir des rebelles aussi facilement ne serait-ce pas un aveu de faiblesse vous vous dites. Mais vous vous rappelez de cette nuit où noirs et blancs étaient rassemblés sous vos fenêtres et où en quelques secondes vous alliez tout perdre. Cela semble une bonne idée. La sentence va donc tuer les noirs, et libérer les blancs.
Vous venez d'inventer la hiérarchie coloniale.

A travers cet exemple, on constate la logique d'un système qui va être d'une efficacité redoutable. La classe la plus à plaindre et qui aura le plus tendance à se rebeller, c'est-à-dire celle des noirs, ne pourra plus atteindre la tête de ceux qui l'oppressent aussi facilement. De plus cette division raciale opérée va gommer les différences sociales entre le maitre et ses serfs blancs mais par contre va exacerber les divisions entre le blanc et le noir. La classe dominante ne va pas se gêner pour exacerber cette division à travers la religion, l'art, l'écriture, la science. L'homme noir devient peu à peu dans l'intellect blanc un être inférieur, malveillant dont il faut se méfier. Cette haine du noir, cette méfiance, cette corruption du coeur des hommes est donc faite pour conserver le pouvoir des puissants avant tout.
Aujourd'hui beaucoup de progrès ont été faits pour réhabiliter l'homme noir et qu'il retrouve son image d'homme comme les autres. Même si la science ou la religion ne jouent plus dans sa stigmatisation, les médias peuvent toujours faire passer l'homme noir pour un criminel dont il faut se méfier. Et surtout en ces temps de crise où les rébellions naissent à nouveau, il est vital pour nos dirigeants de réactiver les divisions entre les hommes. Est-ce qu'on tombera éternellement dans le piège ?
Vous seul pouvez donner une réponse à cette question.
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