Les pères hors-la-loi
Trois faits-divers ont médiatisé coup sur coup les enlèvements d’enfant par des pères. Chacun en présente un exemple lamentable de ce que les conflits entre parents peuvent donner.
Le premier a concerné Xavier FORTIN, un cas à part et très fâcheux, puisqu’autant il peut être compréhensible qu’un père kidnappant ses enfants et partant à l’étranger ne soit pas retrouvé, autant je suis extrêmement surprise qu’on puisse rester près de 11 ans en cavale en FRANCE. L’exemple est encore plus navrant au vu de la condamnation symbolique pour ses onze années. Xavier FORTIN a été condamné très très légèrement à deux mois de prison pour avoir soustrait ses deux fils à leur mère. Une peine destinée uniquement à couvrir la durée de la détention provisoire qu’il avait effectuée.
Bel exemple donc à ceux qui voudraient l’imiter : il suffit de cacher les enfants jusqu’à la majorité. La raison de cette clémence vient évidemment de la splendide com’ médiatique mise en place par les deux ados. Ces deux-là peuvent légitimement dire qu’ils ne sont pas des "enfants des bois", je les trouve au contraire très manipulateurs. 11 ans de cavale les ont manifestement dotés de sérieux dons de comédie et de double-jeu. Car il faut bien se demander à un moment pourquoi on ne voyait qu’eux dans les médias et pourquoi avaient-il choisi d’accorder des interviews dans une affaire qui aurait largement pu ne pas être médiatisée ? Simplement pour envoyer des signaux à leur mère car les deux petits malins ont bien compris que l’image de leur mère désespérée par 11 années sans ses fils serait une catastrophe pour leur père au procès.
En écoutant les interviews des enfants, une chose frappe en effet, c’est à quel point toute l’interview sonne comme un message envoyé à leur mère. Un message très dur et sans états d’âme lui signifiant qu’eux seuls sont autorisés à parler aux médias en vue du procès, et que si elle s’avise de venir raconter sa souffrance et de militer pour une condamnation du père, ils ne la reverront jamais. La mère l’a bien compris et on ne l’a guère vue parlant aux journalistes. Elle a bien compris également qu’elle avait intérêt à ne pas demander de condamnation lourde au Tribunal. Sans avoir été présente au procès, je peux deviner qu’elle s’en est pris plein la tête. Il faut dire que la tortionnaire les avait enfermés en appartement et envoyés à l’école...
L’avocat de la mère ne cachait pas l’amertume de sa cliente après l’audience : "Elle n’y avait, dès le départ, pas d’espace d’expression. Quoiqu’il advienne, elle était bloquée. Si la peine du père avait été plus lourde, ses fils ne lui auraient pas pardonné et n’auraient pas facilité les relations avec elle : c’est bien ce qu’ils ont dit à l’audience. Ils ont d’ailleurs fait du chantage... Si la peine avait été plus légère, c’était pour elle le symbole de la négation de sa souffrance."
Et c’est donc seulement après le procès que la mère s’est enfin exprimée à la télé, plutôt pessimiste sur les futurs rapports avec ses deux fils, qui ne se pressent manifestement pas pour la rencontrer. Ces fils qui pensent peut-être avoir échappé au conditionnement de la société de consommation mais qui n’ont pas échappé à celui de leur père. Car ce dernier a beau jeu de passer pour un idéaliste ayant inculqué une merveilleuse éducation naturaliste à ses enfants. Il les a surtout bien, et durablement coupés de leur mère. Un conditionnement en chasse un autre. Aux dernières nouvelles, les deux ados ont totalement coupé les ponts avec leur mère et leur frère ainé.
Fabrice DEVAUX, le grand banditisme de la garde d’enfants
Fabrice DEVAUX aura lui raté ses enlèvements et n’avait pas le don pour la cavale de Xavier FORTIN. Ne se sentant écouté par personne, il est parti dans une escalade de la délinquance. Après son divorce et l’éloignement de la mère des enfants, il n’a ,comme c’est l’usage, obtenu que de maigres droits de visite et d’hébergement et a rejoint la cohorte des pères condamnés à voir s’éloigner petit à petit leurs enfants. Mettons de côté les délits de Fabrice DEVAUX pour nous concentrer sur sa motivation, celle d’un père incompris comme il en existe des milliers d’autres, et qui s’est rebellé contre un système. ce qui me fait penser que l’on a pas fini de voir des avatars cette personne.
L’étude de référence de l’INED de 1994 a démontré concernant les enfants dont les parents vivent séparés qu’on peut les classer en trois groupes :
- 1/3 voit normalement ses deux parents
- 1/3 voit une fois par mois le parent n’ayant pas la résidence de l’enfant
- 1/3 ne voit plus du tout le parent n’ayant pas la résidence
Simplement parce qu’en France, on a décidé que le système qui devait prévaloir lors d’une séparation était résidence chez la mère, 1er, 3ème et éventuellement 5ème fins de semaine et la moitié des vacances scolaires chez le père. Un système bancal qui a montré de nombreuses failles.
Tout d’abord, quand bien même l’autorité parentale reste conjointe sur les enfants (décisions sur tout ce qui concerne leur éducation) l’infériorité du père est institutionnalisée. Celui-ci se retrouve dans un rôle de baby-sitter, soumis à la mère toute-puissante qui peut lui accorder ou non un peu de temps en plus avec les enfants. Si le père est docile, il aura le droit de garder les enfants quand la mère en aura besoin, sinon, il n’aura même pas l’autorisation de marcher sur le même trottoir. Cela donne des situations à peine croyables où des pères sont interdits de fréquenter la sortie des classes de leurs enfants ou de venir les voir au sport car ce n’est pas leur jour de garde.
On demande en effet lors d’une séparation aux parents de raisonner d’une drôle de manière, en distinguant l’autorité parentale, le mode de garde et la pension alimentaire. Sauf que les parents n’arrivent pas à faire la distinction, que la mère qui a la résidence des enfants finit par décider de tout ce qui les concerne et traiter le père en intrus, que le père ne comprend pas qu’il doive payer la pension alimentaire s’il ne voit plus ses enfants. Car si les solutions de recouvrement d’une pension alimentaire impayée sont pléthores, on ne peut pas dire que lle non-respect des droits de garde soit une priorité de la justice.
Ajouté à cet imbroglio qu’un week-end sur deux est bien évidemment très insuffisant pour entretenir des liens sérieux avec son enfant, déjà pris dans un conflit de loyauté lors de la séparation. Le père n’ayant pas la garde refait plus vite sa vie que la mère. Il doit alors gérer l’arrivée de la belle-mère qui ne va pas sans mal. On voit également des pères qui ne peuvent pas financièrement garder un grand logement et qui doivent donc se rabattre sur des F1 ou F2, guère pratique lorsque leurs enfants séjournent chez eux. Très souvent donc, vers l’adolescence en général, l’enfant ne veut plus se rendre chez le père, et en la matière, la politique des gendarmes est très claire. A partir du moment où l’enfant ne veut plus se rendre chez son parent, sa volonté doit être respectée.
C’est à cette réalité que Fabrice DEVAUX a voulu échapper par la politique du pire en kidnappant ses enfants, en complotant pour faire accuser la mère de trafic de stupéfiants et pour la faire assassiner. C’est ainsi qu’en dehors de nombreuse actions en justice, le père qui se considère comme bafoué, enlèvera en juillet 2004 ses enfants pour, équipé d’un faux passeport, les emmener jusqu’en Australie. Ils seront retrouvés à Perth. La mère sera obligée d’aller les récupérer là-bas.
l’autorité parentale était donc confiée uniquement à la mère. En août 2005, Fabrice Devaux recommençait et enlevait à nouveau ses enfants. direction la Guadeloupe. Il sera interpellé en compagnie des enfants en République Dominicaine, dix mois plus tard.
L’envie de détruire son ex-compagne allant grandissant, il réussira à comploter avec quelques êtres paumés afin de venir déposer dans le véhicule de la mère deux sachets de 100 grammes de cocaïne, pour s’empresser de la dénoncer à plusieurs reprises aux services de police, comme trafiquante et lui faire retirer la garde des enfants. Il a aussi dénoncé le père de Marie comme s’exhibant nu et en érection devant ses enfants, ce qui bien entendu sera formellement démenti par les petits.
Ne réussissant pas dans ses projets, il embauche contre la somme de 1500 euros, un italien pour qu’il viennent à Caen enlever son ex, sous la menace d’un pistolet électrique. L’homme viendra repérer les lieux de travail de Marie et constatera que la demande est impossible à réaliser en raison de l’état même de ces lieux,. L’ultime solution consistera à proposer 30 000 euros à deux légionnaires de sa région, pour qu’ils viennent à Caen à bord d’une voiture de location maquillée, enlever la mère des enfants. Entreprise qui ne fonctionnera pas, fort heureusement pour Marie et sa famille, mais de façon indépendante de la volonté de Fabrice Devaux. Il a été condamné à six ans de prison.
La petite Elise ou le partage impossible :
Autre dérapage sérieux concernant Elise, dont l’histoire a été découverte par le déclenchement d’un alerte-enlèvement. L’alerte enlèvement censée n’être déclenchée notamment que si l’on craint pour l’intégrité physique de l’enfant a une fois de plus été démarrée abusivement. Les circonstances de l’enlèvement, si elles sont violentes, témoignaient à coup sûr d’un conflit à caractère personnel. Nous avons donc appris qu’Elise en était à son troisième déracinement. Sa mère franco-russe l’avait emmené après la séparation avec elle en Russie, le père l’y avait enlevé, et la mère faisait finalement enlevée l’enfant en France. Dans le cas d’un conflit entre personnes étrangères, il n’y a malheureusement aucune fin de sortie équitable si chacun des parents désire après la séparation vivre dans son pays, et il faudra bien que l’un des deux renonce à avoir l’enfant chez lui et se sacrifie. Il semblerait qu’un accord soit aujourd’hui en cours. Est-ce une véritable volonté ou une manipulation afin de faire oublier, pour chacun des parents, les enlèvements sordides auxquels ils se sont livrés ? L’affaire retombée dans l’oubli resurgira peut-être pour un énième enlèvement de l’enfant.
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