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Accueil du site > Actualités > Société > Vers un « Mai-68 du XXIe siècle » éthique ?

Vers un « Mai-68 du XXIe siècle » éthique ?


Depuis que je suis en âge de comprendre et d’analyser des événements, la génération 68 me pose un problème de conscience. Comment une jeunesse qui s’est battue pour la fin de l’immobilisme peut autant bloquer une société en conservant les emplois les plus intéressants, en barrant la route aux nouvelles générations ? Bien entendu, ils ont simplement eu la chance de naître à une époque propice au changement. Qui pourrait objectivement déclarer que ces gens sont les plus révolutionnaires que le monde ait enfantés ?

Toutefois, je reste fasciné par ces années durant lesquelles la création artistique a été formidable. Quelle chance de pouvoir écouter de jeunes groupes comme "The Doors", de participer à une révolution sexuelle, de remettre en cause l’ordre établi et surtout de voir que cela porte ses fruits ! Le débat d’idées était vif et enthousiasmé, alimenté par des personnes diverses dont l’opinion n’était pas biaisée par une information uniformisée.

Mais, quel ego ! Quel sentiment de supériorité. Chaque fois que je rencontre un ex-soixante-huitard, je l’écoute en me disant qu’il s’exprime comme un ancien combattant qui est persuadé d’avoir vécu l’événement le plus important du siècle.

Que sont-ils devenus ? Comment ont-ils fait évoluer la société ? On ne peut pas être aux postes les plus importants et ne pas être responsable de l’évolution d’une société. Ils se sont révoltés contre un pays sclérosé, avec des valeurs d’un autre temps, pour nous offrir plus de liberté. Mais cette liberté s’est transformée en libéralisme, en économie de marché, en mondialisation par le bas, en consommation de masse, en standardisation de l’être humain, en malbouffe.

Il serait faux de mettre l’ensemble de ces dérives sur le dos de ces ex-soixante-huitards, tout comme il est faux de leur accorder l’ensemble des progrès sociaux. On entend souvent dire, "Nous au moins on s’est bougé, que fait la jeunesse actuelle ?"

Eh bien, pour ma part, je pense que la jeunesse s’engage pour des projets éthiques. S’il devait y avoir un "Mai-68 du XXIe siècle", il pourrait se développer en réaction à une société de surconsommation. Une nouvelle génération ressent le besoin d’arrêter la marche en avant vers toujours plus de consommation de biens standardisés pour générer des points de croissance. Récemment, Nicolas Sarkozy conseillait aux Français de s’endetter pour consommer, en soulignant que si le recours au crédit se développait en France, il restait à un taux parmi les plus faibles en Europe. Travailler plus, gagner plus, prendre un crédit, consommer des produits chers et qui ne durent pas longtemps ou qui deviendront vite technologiquement dépassés. Mais, dans quel objectif ? Celui de rendre heureux les gens ou celui de générer de l’activité économique pour faire gagner de l’argent aux capitalistes ?

Le "Mai-68 du XXIe siècle" devra proposer une alternative crédible et durable. Actuellement, ce mouvement se structure. Il rassemble des gens innovants qui pensent que l’on peut vivre mieux avec moins en privilégiant une façon de vivre qui cherche à être moins dépendante de l’argent et de la vitesse, moins gourmande des ressources de la planète. Comme l’écrit le responsable du département Tendances et Prospectives d’Ipsos, nous sommes à l’an 1 de la consommation durable : http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/2500.asp .

Autour de cette idée, viennent se greffer différents thèmes comme le bio, le commerce équitable, le recyclage, le tourisme responsable, le consomm’acteur, les énergies propres, etc. Des mouvements se structurent : la simplicité volontaire, les créatifs culturels. Les associations ou entreprises qui se proposent d’accompagner le consommateur dans ses changements d’habitudes prennent de l’importance. Les acteurs majeurs de l’industrie, des services, communiquent sur une prise de conscience des facteurs environnementaux et sociaux, parfois en faisant du "greenwashing".

Il faudra sûrement du temps pour que cette nouvelle économie se consolide et devienne pérenne. Comme les ex-soixante-huitards, il faudra prendre le risque de renverser l’ordre établi afin de redistribuer les cartes et de changer les valeurs de la société. Des phénomènes comme la montée des prix du pétrole, des matières premières, la prise de conscience de la fragilité de notre planète nous y aident. Le consommateur est sensibilisé dès que cela touche son argent. Si on lui apporte en plus de l’information qui lui permet de consommer local, durable, d’acheter des produits dont l’impact sur l’environnement est moindre, il peut devenir un consomm’acteur du changement.


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17 réactions à cet article    


  • Marc Bruxman 6 juin 2008 13:56

    Mai 68 c’est comme toutes les révolutions une histoire de pouvoir. Une partie de la société sent qu’elle peut prendre le pouvoir pour certaines raisons et elle se sert de ce poids réel pour faire plier le pouvoir politique.

    • En 1789, la Bourgeoisie qui s’était incroyablement enrichie a chassé les nobles.
    • En mai 1968 c’est une classe d’age forte de son importance démographique qui a décidé d’imposer ses vues. Elle a chassé le vieil ordre moral.

    Pour chercher d’ou va venir la prochaine révolution, il faut chercher ou se situe actuellement le pouvoir, ou sont les changements et qu’est ce qui se passe.

    J’avais écrit un article à ce sujet :

    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=10198

    Que j’invites les personnes intéréssées à consulter.


    • manusan 6 juin 2008 14:12

      cet article optimiste sur la génération pre 68 fait du bien. J’ai cru un moment que les trentenaires était devenu des loOoques humaines.

      mais bon voilà : nous sommes en démocratie et c’est sans surprise que le club vermeil, les plus de 60 ans, ont voté à 75% au second tour contre ce à quoi ils ont combattu en mai 68. Sarko aurait pu chanter Hexagone de Renaud : "je me souvient surtout de ces moutons, effrayés par la liberté s’en allant voter par million, pour l’ordre et la sécurité", son thème de campagne, .... je me maAarre.

       


      • Gargamel Gargamel 6 juin 2008 15:01

        Mai 68 a essentiellement changé les mentalités, fait tomber toutes sortes de tabous et névroses. Les relations parents-enfants se sont considérablement, considérablement assainnies, le rapport au sexe aussi (même si avec le sida il est redevenu moins libre), bref on s’est débarrassé de pas mal d’énormes, énormes vivers de névroses, et ça c’est vraiment plaisant. Je ne pense pas que je me serais senti aussi bien dans la société étouffante et psycho-rigide pré-68.
        Après ça n’a pas du tout reglé tous les problèmes, d’autres sont apparus et les gens de maintenant tirent la seule conclusion qu’on peut tirer quand un évènement historique a reglé des problèmes mais pas tous : "ça n’a servi à rien".

        Je crois que la différence essentielle entre la génération 68arde et la notre c’est qu’elle était idéaliste, nous on est plus blasés. Y a du bon et du mauvais, certains trouvent ça triste que même jeunes n’aient plus de rêves fous, mais d’un autre côté nous donne notre chance de faire changer les choses plus efficacement, et non pas de déchanter après les années baba-cools pour courber l’échine et devenir des capitalistes primaires égoistes ou, encore plus triste, des vieux hippies.


        • faxtronic faxtronic 6 juin 2008 16:52

          "tomber toutes sortes de tabous et névroses. Les relations parents-enfants se sont considérablement, considérablement assainnies, le rapport au sexe aussi (même si avec le sida il est redevenu moins libre), bref on s’est débarrassé de pas mal d’énormes, énormes vivers de névroses, et ça c’est vraiment plaisant. Je ne pense pas que je me serais senti aussi bien dans la société étouffante et psycho-rigide pré-68"

           

          Waarf, warf, wraf, warf, c’est la phrase la plus drole que j’ai jamais lu sur ce forum.... . Merci mec, j’allais m’endormir


        • rocla (haddock) rocla (haddock) 6 juin 2008 17:33

          le plus connu des révolutionnaires de mai 68 , Daniel Cohn-Bendit , émarge tous les fins de mois à environ 7000 euros comme député européen ....

           

          Caramba , la révoloutionne c ’est dour ...


          • alicante 6 juin 2008 20:00

            Mai 68 a été assimilé a une révolution (soit un tour de la planète) orientée contre la figure du père, la férule du maître. Notre société était alors une société verticale, avec ses avantages et ses inconvénients.

            Dire que 68 a assaini quoique ce fut est outrancier : les enfants du baby boom, désirés ou non (il n’y avait pas de contraception) n’avaient prévu ni la mondialisation, ni les avancées technologiques. Trois générations plus tard, nous assistons aux ravages du matriarcat, à la difficulté d’intégrer des ethnies éminemment respectables mais dotées de traditions différentes (polygamie, religion, xénophobie) tandis que nos aînés en étaient à "Gardarem Lou Larzac", "Breizh Atao" et "Corsica nostra" : il y en a encore, au pouvoir, puisqu’on enseigne depuis peu dans les lycées le francique par exemple. Mai 68 a donné surtout lieu à une société du plus de jouir, où chacun se doit de tenter toutes les expériences et de les faire savoir, d’une société horizontale fortement individualiste, friande de délation, de calomnies, de médisances, une inquiétante société où nul n’est bienvenu s’il ne fait pas partie d’une ou plusieurs communautés de jouissance narcissique forcément orientée contre une autre communauté de jouissance narcissique (nous en avons un bon exemple avec les matchs de foot), où la perversion est ordinaire et où tous les coups sont permis, bref, ce type même de société qui, depuis l’aube de l’humanité, appelle une dicature, religieuse ou militaire.Et elle l’appelle d’autant que l’humanité a créé et produit tout ce qu’il était possible de créer et de produire : la tentation de tout détruire n’est malheureusement jamais loin de cet état de fait.

            Mai 68 était inéluctable et fut une très jolie crise d’hystérie collective.mais notre société a versé d’un excès dans l’autre, sans comprendre, ni ce qui lui arrivait, ni ce qui se passait à l’échelon mondial. Et nous risquons de le payer très cher.

             

             


            • Marc Bruxman 6 juin 2008 23:36

              Tiens y’a un vieux con de passage !

               


            • Dalziel 7 juin 2008 12:13

              C’est un fait, alicante, que Mai 68 a popularisé le slogan "Il est interdit d’interdire" qui s’est transformé en un "J’ai envie, donc j’ai le droit" dévastateur.

              Une de ses dernières manifestations en date est le droit offert aux femmes d’être génétiquement mères sans se faire ch... avec une grossesse.

              Voir :http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=40685

              Marc Burxman, jeune con de passage, trouve certainement cela très bien...


            • moebius 6 juin 2008 21:19

              pour un juin 2008


              • moebius 6 juin 2008 21:20

                juillet 2008


              • moebius 6 juin 2008 21:20

                août 2008


              • moebius 6 juin 2008 21:21

                septembre 2008


              • moebius 6 juin 2008 21:21

                octobre 2008


              • moebius 6 juin 2008 21:22

                novembre 2008


              • sery 7 juin 2008 01:52

                Selon l’expression, les activés ’(pour ne pas dire agités) de Mai 68 auront toujours intellectuellement tort car ils seront toujours politiquement minoritaires .

                Pour exister en domaine il leur eut fallu abjurer leurs inconséquences et incohérences

                Certains l’ont humblement fait. Les autres poursuivront "leur destin de feuille morte"


                • Dalziel 7 juin 2008 12:24

                  S’il devait y avoir un "Mai-68 du XXIe siècle", il pourrait se développer en réaction à une société de surconsommation.

                  Quand on sait que le Mai 68 du XXe siècle était violemment dirigé contre la société de consommation, on peut prévoir que le Mai 68 du XXIe siécle déboucherait sur une sur-surconsommation...

                  "Une nouvelle génération ressent le besoin d’arrêter la marche en avant vers toujours plus de consommation de biens standardisés pour générer des points de croissance."

                  C’est pas comme ça smiley mais "Quelques hurluberlus des nouvelles générations ressentent le besoin d’arrêter, etc., etc...." Tout ça, c’est du vent !

                  "Comment une jeunesse qui s’est battue pour la fin de l’immobilisme peut autant bloquer une société en conservant les emplois les plus intéressants, en barrant la route aux nouvelles générations ?"

                  Comment ? Tout simplement parce que les vrais de vrais n’étaient, comme les hurluberlus sus-mentionnés, qu’une minorité de branleurs qui croyaient aux discours qu’ils tenaient. Ils étaient vraiment seuls, et ils le sont restés...


                  • Radix Radix 8 juin 2008 12:08

                    Bonjour

                    Vous écrivez : "Comment une jeunesse qui s’est battue pour la fin de l’immobilisme peut autant bloquer une société en conservant les emplois les plus intéressants, en barrant la route aux nouvelles générations ?"

                    Tout simplement parce-que ce ne sont pas les même qui sont au pouvoir, ils faut plutôt les rechercher dans ceux qui défilaient sur les Champs Elysées, la trouille au ventre, en acclamant De Gaulle !

                    Radix

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