Comment distinguer un dictateur de son voisin de palier (I)
Castro dans le dernier sprint final, Bokassa mort et enterré, Kim Jong II un peu anesthésié ces derniers temps (les doigts dans le nez !), il ne reste plus beaucoup sur terre de vrais dictateurs, croit-on. Des vrais, avec ce que ça représente de grotesque et de terreur à la fois. De craintes et d’espoirs, selon qu’on est ou non partisan de la manière forte. Et pourtant, il doit bien encore y en avoir de par ce monde. Remarquez, à défaut de vrais, on peut toujours se rabattre sur les ersatz, il n’y a pas que dans les jouets chinois qu’on peut trouver des imitations. Panorama de la question, donc, ou comment distinguer un dictateur de son voisin de palier, ou comment aussi ne pas confondre un dictateur débutant avec un Staline en fin de carrière, ou comment encore regarder l’actualité du 20 heures d’un autre œil. Si vous n’avez pas eu le temps de vérifier avec Khadafi, profitez-en pour réviser. D’autres peuvent encore être invités dans les mois à venir. La démocratie présente en effet un défaut : aux instersections de l’histoire, il n’y a pas de panneau indiquant : « un dictateur peut en cacher un autre ».

Contrairement
aux idées reçues, la plupart des dictateurs n’ont pas pris le pouvoir
par la force, sans même un coup d’Etat, mais ont été élus dans un
fauteuil, après avoir eu une carrière politique assez longue, des
circonvolutions de carrières ou de partis assez pirouettesques (Hitler), et avoir également fait partie d’autres gouvernements précédents (ou dans d’autres pays, parfois, tel Saddam Hussein). Un sujet qu’ils ont tendance à minimiser une fois au pouvoir, ou dans leur biographie officielle (Staline).
Le dictateur, souvent, malgré ses années de service en politique, est
aussi totalement inculte (le même que précédemment). Quand il fait
visiter ses bureaux, à des journalistes triés sur le volet, on découvre
que là aussi, il y aurait à faire, question histoire de l’art. De même
que les gens les plus démunis, aux familles éclatées, mettent partout
des photos de l’ensemble de la famille, histoire de la recomposer
virtuellement, le dictateur (même esseulé) est entouré de cadres avec
des photos de sa famille.
Ou en tout cas, le jour où les journalistes passent il y en a plein, la
mise en scène est en place. Même le pire des dictateurs a quelque part,
chez lui ou dans un magazine, une photo de lui tenant des enfants dans les bras ou posant avec eux (Saddam Hussein, Mussolini, Staline, etc.). Ou des images pieuses, pourquoi pas (Noriega). C’est son côté "dictateur du peuple",
façon bonne nuit les enfants, à part que lui ce n’est pas du sable qu’il
déverse sur eux mais des gaz asphyxiants. Mais le peuple ne le sait
pas, car le dictateur lui raconte ce qu’il veut bien, lui montrant
surtout ses sorties avec moult vedettes du showbiz pour se rendre
intéressant. On n’en voit même qui, n’ayant retenu de la culture que le
côté superficiel (on dirait aujourd’hui people), mettent
leur progéniture en noir et blanc signé Harcourt, ça fait mieux qu’un
vil "Pola" pris à la sauvette, qui ferait pourtant plus réaliste. Et ça
fait plus cultivé, en même temps que plus showbiz. Chez
les dictateurs, en revanche, aucun dessin au crayon d’un seul marmot :
c’est symptomatique. Le dictateur ne supporte pas l’imperfection.
Chez les dictateurs, en effet, il existe un goût certain pour la mise en scène de tout et de rien, les décors de carton pâte sortis à la moindre occasion, à croire que leur film préféré est Ben Hur. On passe de la soirée privée à quatre chez Castel au grand show hitlérien à Nuremberg avec milliers de figurants en une ou deux soirées à peine (Mao Zedong, son vieux fauteuil pourri et la place Tian’anmen rouge de monde, à deux jours d’intervalle près). Chez Castel, le dictateur ne paie pas les consommations. Chez le dictateur, en effet, on est souvent... pingre. Ne comptez pas chez lui à trouver obligatoirement des dorures. Ou, lorsqu’il y en a, c’est pire, c’est tout l’inverse, et il y en a nettement trop. On a vu un dictateur noir se faire fabriquer un trône de plusieurs tonnes, à la symbolique héritée d’une vieille tradition napoléonienne, un aigle bien entendu, décoré à la feuille d’or pour faire chic à son "couronnement" au beau milieu de... l’Afrique (Jean-Bedel Bokassa). Le pire devait être l’étole de fourrure par 42° à l’ombre. On en a vu un autre détruire un mobilier national, dûment répertorié, pour y faire mettre un simple bouton de sonnette, exigé par sa femme de l’époque ! Un autre a rasé un quartier grand comme trois arrondissements de Paris pour se construire son petit palais douillet (Ceaucescu). Le dictateur a, disons, une autre valeur des choses que le commun des mortels.
Question animaux de compagnie, là aussi c’est net : les dictateurs n’en ont pas (sauf Hitler ?). On ne trouve pas chez eux de bons gros toutous bonasses ou de... chats qui miaulent après leurs croquettes. Laissons ça à Paris Hilton, doivent-ils se dire. Ces animaux, les chats surtout, étant réputés ingérables, échappent à la compréhension du dictateur, tout simplement, qui préfère régenter, tout régenter, jusqu’aux puces même du parquet ou du tapis (Antonio de Oliveira Salazar et ses phobies). Pas d’animaux, pas même un poisson rouge (Idi Amin avait des crocodiles dévoreurs, pardonnez-moi cet oubli) donc, mais des hobbies, aussi éloignés que possible de l’image de dureté qu’essaie d’installer depuis des années l’apprenti dictateur. On en a vus collectionner des pierres, d’autres des conquêtes féminines, certains des diamants, d’autres enfin des timbres-poste... bref, un type d’occupations plutôt pantouflardes (à part pour les maîtresses, les Kennedy qui ne furent pourtant pas dictateurs, en savent quelque chose) qui peut surprendre en sachant que pendant que notre dictateur découpe, colle et range, il y en a qui se font torturer quelque part, balancer par les fenêtres, ou couler les deux pieds dans le béton (ça laisse moins de traces). C’est le côté "faut bien que chez moi j’oublie mon boulot" qu’ont eu tous les dictateurs, sans aucune exception (Eva Braun aurait pu vous le dire mieux que moi).
A
défaut d’un chenil ou d’une basse-cour, les dictateurs ont une cour. A
savoir une foule de gens qui n’ont strictement rien à faire auprès d’un
dirigeant politique, et qui sont là, autour de lui, pour jouer les
porte-miroir ou pousser la chansonnette dans l’avion du chef, une fois
le boulot officiel fait. C’est un peu ridicule
en classe VIP. Dans une cour, c’est comme à l’école. On trouve de
tout. Des journalistes ratés, de la presse papier comme de la
télévision, qui passent leur temps à exiger un bureau à eux, vu qu’à
FR3 Bretagne ils n’en avaient même pas, ou des chanteurs de troisième
zone, vieux amis du dictateur au temps où ce dernier faisait les 400
coups en Peugeot 404 (j’ai mis des noms français pour simplifier, je
n’ai pas toutes les marques en tête, n’y voyez pas malice). Ou des
philosophes, attirés par un sujet d’étude intéressant, vu qu’ils ont
tous sorti un bouquin sur le pouvoir (et plus rarement il est vrai un
guide de jardinage, sauf... Michel Onfray, qui faisait des séminaires là-dessus en 2003). On trouve aussi des patrons d’entreprise, prêts à relancer les travaux dans des stalags nouveaux appelés "unités de production délocalisées".
On y trouve aussi de nouvelles maîtresses, la cour, depuis Louis XIV,
faisant aussi office de bureau de recrutement pour occupation des nuits
dictatoriales. Les sardanapales modernes, à oreillettes (i-Pod, téléphone portable). Des nuits qui obligent la création d’un autre
service, celui de l’éradication des micros, Blackberry et webcams,
travail le plus souvent confié à des gendarmes, qui ont l’habitude
depuis peu de distinguer les espèces animales dangereuses des bestioles
inoffensives. Les habitués du patron, ça ne leur fait plus peur : un gendarme qui arrête une Ferrari, ce n’est pas fréquent mais ça existe. Même en France. Un gendarme qui sait distinguer une guitare électrique d’une guitare folk aussi.
Voilà, vous en savez déjà un peu plus, pensez à réviser vos connaissances, demain on révise d’autres chapitres sur le sujet, tenez-vous prêts, ce n’est pas toujours évident à distinguer, un dictateur...
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