Internaute, juste internaute,
mais qui compte le rester et qui soutient toutes associations qui défendent la neutralité du Net, et la liberté d'expression :)
Л
Il y a déjà un moment que CIPA est dans le collimateur de tous ceux qu veulent avoir un Internet libre. Votre billet ne ressemble pas à grand chose si ce n’est une incitation à décourager les internautes. Je vous invite à aller ailleurs vous aussi afin de vous renseigner avant d’écrire.
Français,
n’ayez plus peur d’avoir honte ! Informez vous !
Absolument d’accord avec agathe, ceci est de la censure malveillante. Cela suffit bien avec loppsi . Soyez honnête, laissez les intervenants intervenir . @Georges Yang je vous plussoie ++++
Je ne participe que rarement à ce genre de débat même si je suis intéressée par vos écrits et attentive aux commentaires qu’ils suscitent. J’aimerais vous laisser un lien qui a la particularité d’être un savoureux mélange d’ironie et de clairvoyance (vous devez connaître). « per nostre pais » ;)
"Le
partage de fichiers représentant des oeuvres couvertes par le droit
d’auteur entre individus sans but de profit a été rendu illégal
au cours des 30 dernières années dans la plupart des pays et dans la plupart des cas. Cela ne m’empêche d’affirmer haut et
fort que l’acte de prendre une oeuvre numérique qu’on a acquis2
et de la copier, la rendre accessible à d’autres ou leur envoyer
est non seulement légitime, mais une contribution essentielle à
l’établissement d’une culture commune.
Je propose de défendre cette position en
suivant les points suivants : montrer l’utilité du partage
(délimité comme ci-dessus) et sa légitimité même sans
autorisation des auteurs, montrer que lorsqu’on l’interdit, les
pratiques culturelles appauvrissantes chassent les pratiques
enrichissantes, et finalement affirmer que la prohibition du partage
sera un jour vue comme un étonnant obscurantisme.
1. Le partage est utile et légitime même
lorsqu’il concerne des œuvres dont on n’est pas l’auteur
Pendant des siècles, chacun fut
libre de transmettre à d’autres des œuvres comme les livres ou
les disques selon son bon vouloir. Cela fut codifié par deux
mécanismes distincts : la doctrine de l’épuisement des
droits par la première vente et la reconnaissance que les actes
dans la sphère privée ne regardent en rien les détenteurs de
droits3.
Il était accepté qu’un telle transmission des œuvres était à
la racine d’une culture partagée, et au bout du compte bénéficiait
aux auteurs et autres contributeurs.
Avec le développement de l’informatique, de la numérisation et
d’Internet, l’échelle et la portée du partage furent
considérablement étendus. Son utilité n’en souffrit nullement.
De fait, le partage se trouva doté d’une nouvelle fonction :
contrebalancer à un certain degré la capacité des médias
centralisés à concentrer l’attention du public sur un tout petit
nombre d’œuvres pour maximiser le profit tiré de chaque titre.
Dans l’ère de l’information, si le partage à grande échelle ne
fournissait pas un canal alternatif de distribution, l’accès
effectif à la culture serait sérieusement appauvri.
Depuis
2006, il m’a été possible de démontrer un effet positif
important du partage de fichiers sur la diversité d’attention aux
œuvres, d’abord dans le cas du partage volontaire et plus récemment pour le partage pair à pair eDonkey/eMule.
2. Récompenser et financer la production des
œuvres est utile en soi, et non à titre de compensation
L’informatique et Internet portent un développement explosif de la
créativité, de l’expression publique et de l’échange
d’information. Le nombre de personnes qui s’impliquent dans ces
activités, et parmi elles, de celles qui souhaitent investir plus de
temps et d’énergie pour des productions plus élaborées est en
croissance constante. Réussir à fournir à autant de personnes les
moyens de mieux contribuer aux communs culturels est un défi majeur,
que ces moyens consistent en récompenses pour des œuvres déjà
produites ou en soutien à la production de nouvelles œuvres. Comme
la valeur ajoutée du numérique ne se matérialise qu’en l’absence
de coûts de transaction dans le chemin de l’accès et de l’usage,
de nouveaux modèles de mutualisation de ressources seront
nécessaires, au-delà des soutiens publics et des marchés qui
continueront à jouer un rôle important. Cette mutualisation existe
déjà en partie, utilisant des mécanismes volontaires, bottom-up
comme Kickstarter et
Flattr, par exemple. Beaucoup
pensent néanmoins (et j’en suis) qu’il sera nécessaire de
mettre en place des mécanismes de contribution obligatoire de tous
pour collecter et distribuer les ressources adaptées à l’échelle
immense des activités informationnelles. Quels que soient les
modèles qui seront mis en place, une chose est sûre, leur
pertinence n’a rien à voir avec la compensation des souffrances
supposées de certaines industries6.
D’abord, parce que considérés macroscopiquement, ces secteurs
économiques vont on ne peut mieux7.
Ensuite, parce que ce qui ne va authentiquement pas bien dans chacun
de ces secteurs, à savoir la concentration de l’attention du
public et des revenus sur un petit nombre d’artistes et de
détenteurs de leurs droits, sera en partie corrigé par un partage
rendu légal. Les ressources d’une masse très étendue de
créateurs seront significantivement accrues si un système de
financement spécifique à Internet et socialement équitable8
est mis en place. Le reste relève de la conduite de politiques de
concurrence exigeantes dans le domaine des médias.
3. Quand le partage est réprimé, de mauvais
types de technologies et d’usage remplacent ceux qui sont
socialement utiles
La situation présente,
caractérisée par la stigmatisation et la répression du partage est
profondément insatisfaisante du point de vue culturel. Les droits
légitimes des usagers sont niés, l’accès non autorisé ne
disparait pas, mais il est rabattu sur l’usage de technologies
appauvrissantes, comme le streaming. Celui-ci, par exemple, maintient
la plupart des usagers9
dans une situation de réception passive quand les technologies
disponibles leur permettraient - quand ils le souhaitent
de s’investir dans toute la gamme des activités qui vont de la
réception critique à la production amateur ou semi-professionnelle.
La guerre spécifiquement conduite contre le partage pair à pair par
des moyens technologiques, juridiques ou de lavage de cerveau
constitue une régression culturelle aberrante. Le résultat net de
15 ans de répression du partage de fichiers est de maintenir une
part importante de la population dans des situations de réception
passive et de ne permettre à une minorité de bénéficier des
bénéfices des communs cuturels que dans un environnement
marginalisé, stigmatisé et pollué.
4. On se demandera un jour comment il fut
possible à certains de prétendre priver tout un chacun de la
capacité à distribuer la culture
Agir
comme un distributeur volontaire des productions culturelles10
est une capacité fondamentale de près de deux milliards d’êtres
humains. Un jour, on se demandera comment il fut possible à certains
d’entre nous de vouloir priver leurs concitoyens de cette capacité.
Dans la Grèce antique, quand l’écriture alphabétique se répandit
et permit de transcrire la parole, certains prêtres et philosophes
virent dans cette capacité un sacrilège et un risque de destruction
de leur civilisation11.
Heureusement, l’écriture ne fut pas mise hors la loi, mais il
fallut des millénaires pour que la majorité des populations se
l’approprie. Espérons qu’il ne faudra pas autant de temps, pas
même un siècle, pas même dix ans, pour reconnaître le partage."