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Commentaire de Lounina

sur Manifeste pour le peer-to-peer


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Lounina Lounina 22 août 2007 23:39

Je salue l’initiative de cet auteur pour cet article ! Effectivement, le P2P n’est pas cet odieux épouvantail que l’on veut nous présenter et les usagers ayant recours au téléchargement ne sont pas de dangereux pirates ! Je ne reviendrais pas sur la loi DADVSI (soit dit en passant, une loi aussi mauvaise qu’inappliquable), pas plus que je ne reviendrais sur certains procédés qui, sous couvert d’une prétendue protection des supports, tend par là même à vouloir faire acquérir tel ou tel matériel ou logiciel (à ce propos, le développement de logiciels libres est-il à ce point criminel ? N’est-ce pas en complète contradiction avec l’affichage d’une volonté de favoriser les innovations technologiques ?) Je souhaite davantage revenir sur un aspect que certains ont souligné avec justesse dans leur commentaire et qui n’est pas abordé dans cet article : la rémunération des auteurs/artistes (rayer la mention inutile pour certains d’entre eux... Par commodité, j’aurais recours au terme parfois abusif « d’artiste » dans la suite de mon commentaire).

D’un côté, on peut apprécier le téléchargement comme une borne d’écoute illimitée et « à la demande ». Celà n’est pas pour autant systématiquement synonyme de « dépouillement des artistes » : chacun est libre ensuite, en fonction de ses moyens, de son approche de la culture, etc., de se rendre au concert de cet artiste autrefois inconnu mais désormais apprécié grâce au téléchargement ou encore d’acquérir la précieuse galette. Sur ce dernier point, le présent débat en rejoint d’autres, récemment soulevés sur AV (concernant notamment le milieu de l’édition) : si les supports culturels tendent à se dématérialiser, certaines personnes continueront encore et toujours d’apprécier « l’objet » (et résumer cette conduite à une posture consumériste, matérialiste, élitiste, ou que sais-je encore, semble par trop réductrice !). Mais d’un autre côté, le téléchargement, bien malgré lui (et je suis la première à déplorer cet état de fait !) contribue à ce que les « petits » artistes n’atteignent pas le seuil de vente et, in fine, de rentabilité suffisant pour susciter l’intérêt des majors. Si je borne mon arumentaire à ces seules majors, c’est sans doute parce que les labels indépendants (et leur légitime engagement pour continuer de faire vivre et connaître certains espaces de créativité) sont économiquement bien dépourvus pour rivaliser avec des maisons de disque « pacmanesques » qui n’auront d’ailleurs pas attendu la démocratisation d’internet pour entrer dans une opération de concentration des moyens.

Force est de constater que le téléchargement a des effets positifs que l’on ne veut lui reconnaître dans certaines hautes sphères, et ce tant pour l’usager (comme le souligne l’auteur de cet article) que pour certains « artistes », qui peuvent désormais utiliser le net comme « vitrine » en court circuitant les circuits de distribution habituels. Mais le téléchargement alimente (malheureusement !!!) un cercle vicieux qui fait le jeu des majors. Pour sécher leurs larmes de crocodiles, ces dernières se concentrent sur la production et la diffusion d’artistes easy listening, rentables et, pour certains, médiocres, au détriment de pléthores d’artistes talentueux.

Pour conclure, le téléchargement ne manque donc pas de pointer une vaste et indigeste hypocrisie. Les majors affirment perdre de l’argent à cause du téléchargement ? Fichtre ! Elles affichent pourtant de coquets chiffres d’affaire. Leurs pathétiques jérémiades ne doivent masquer le fait qu’en privilégiant les aspects mercantiles et économiques sur les aspects culturels, on assiste à un déferlement d’oeuvres de qualité artistiquement douteuse. Un petit effort mesdames les maisons de disque : en proposant des disques et autres DVD plus variés et riches artistiquement parlant, vous vous donnerez peut-être une chance de gagner en crédibilité lorsque vous viendrez à gémir sur les effets néfastes du téléchargement. Un petit effort mesdames les maisons de disque : en acceptant de modifier les modalités de rémunération des artistes en fonction de cette nouvelle donne, votre argumentaire anti-téléchargement pourrait peut-être devenir un peu plus convaincant ! Mais pressentant qu’il n’y a que peu de chance pour que cette situation évolue, il semblerait que l’amateur de musique demeure condamné à une double peine : celle de ne pouvoir télécharger au risque d’être accusé de forcer d’honnêtes artistes à bouffer des nouilles et celle de se voir (tenter) imposer par les maisons de disque d’acheter des opus de médiocre qualité.


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