Qui peut dire que d’un point de vue éthique, philosophique ou tout simplement humain Bernard RUELLE a tort ?
Son argumentation est limpide et incontournable. La morale est de son côté.
Mais la perfection n’étant pas de ce bas monde, son discours peut être contredit par certaines réalités. Et la première qui saute aux yeux est que justement l’homme est imparfait.
Baser un raisonnement, aussi ficelé soit-il, sur un angélisme humain, sur la volonté de ne préserver qu’une seule facette de l’humain (morale, justice, idéaux) en enterrant l’autre sous le tapis (obscurantisme, bestialité, violence), cela s’appelle de l’utopisme. Et l’histoire regorge d’exemples de belles intentions, pures et parfaites, qui ont abouti à des naufrages humains et politiques.
Même la démocratie, création ultime de ce que l’esprit humain peut construire de beau sur cette terre, ne pourra jamais être parfaite. Car quand elle se sent en danger, elle réagit comme un être humain : elle est capable de violence et de bestialité au moment de défendre ses enfants.
Le premier exemple qui me vient à l’esprit est le haut niveau de violence que les démocraties Occidentales ont usé face aux populations civiles pour briser les menaces Nazie et Japonaise (Hiroshima, Nagasaki, Dresde). Qui peut nier qu’il ne s’agissait là que de terrorisme aveugle (on s’attaquait bien à des objectifs civils, sans aucune valeur stratégique) ?
Ne peut-on pas voir cela comme une sorte de torture appliquée à une Nation complète ?
La Démocratie est un corps constitué de cellules. Elle a besoin de cellules pensantes comme Bernard RUELLE pour faire avancer la réflexion. Ces cellules doivent à tout prix être préservées de certaines réalités pour continuer à penser. Et pour cela, hélas, la Démocratie, comme tout corps, a besoin aussi de certaines cellules acceptant de réaliser de basses besognes, les tâches les plus ingrates.
Et heureusement que certaines personnes acceptent ce rôle le moment venu.
Chacun mène, dans son domaine, un combat différend au nom de la Démocratie.
Mais l’une ne peut se passer de l’autre.
Et même si ces cellules, soumises à des réalités si différentes ne peuvent s’entendre (ni même s’écouter), elles sont bel et bien animées par le même amour de la Démocratie et l’envie de la préserver coûte que coûte.
C’est bien ce qu’il y a de plus malheureux dans tout cela. Et de si magnifiquement humain.