Plusieurs bonnes pistes dans cet article, mais aussi des faiblesses.
Tout d’abord, vous confondez en une seule liberté la liberté de penser et la liberté d’expression. Elles ne sont pas assimilables.
Nul ne peut vous interdire de penser ce que vous voulez, sauf à utiliser des méthodes par exemple médicamenteuses pour troubler votre pensée. Votre pensée est toutefois limitée par vos connaissances, vos croyances, votre vocabulaire, votre époque, votre état physique et certainement par bien d’autres choses encore. Votre pensée, tant qu’elle n’est pas exprimée par la parole, l’écrit ou le comportement ne peut faire, le cas échéant, de mal ou de bien qu’à vous seul.
Il en va autrement de la liberté d’expression, qui est une composante de la liberté d’agir : s’exprimer, c’est une action visite, au même titre que choisir une pomme plutôt qu’une poire chez votre épicier : vous exprimez votre choix et le mettez en œuvre. C’est autre chose que se dire in petto « je choisirais bien la pomme » et de repartir les mains vides. Choisir la pomme n’est pas neutre vis à vis d’autrui. La cliente d’à côté, influencée par l’expression de votre choix, peut aussi opter pour la pomme. Et le petit révolté du coin peut s’emparer d’une poire dans l’idée de vous contrarier. Il aurait pu se passer exactement la même chose si vous aviez déclaré : « Si je prenais un fruit, ce serait une pomme ». Faire savoir ce que l’on pense n’est pas plus neutre qu’agir d’une certaine façon.
La plupart des gens seront d’accord sur l’idée que l’on ne peut pas tout faire, qu’il y a des actes interdits, que ce soit par la loi, l’éthique, la morale, la déontologie, le tabou ou par toute autre réaction de la société en réponse à l’acte commis, tenté...
... ou simplement exprimé ! Si l’on dit à Robespierre qu’un type caché derrière la porte a exprimé l’intention de le tuer dès qu’il franchira le seuil, je pense que ce cher Maximilien aura une idée assez précise de ce que cela peut signifier, bien qu’il ne s’agisse pour l’heure que d’une intention exprimée et non encore réalisée (si elle doit l’être jamais !)
Donc, on admet qu’il ne faut pas tuer, que c’est très mal de violer un enfant, de réduire quelqu’un en esclavage, d’envoyer des gens à la chambre à gaz au prétexte qu’ils sont juifs. Et l’on admettrait que quelqu’un puisse en faire l’apologie ? Y compris lorsque cette expression risque d’être suivie d’effets parce qu’elle aura convaincu des peu-pensants ou des exaltés ? Le pousse-au-crime devrait rester impuni, et il faudrait attendre le crime lui-même pour ne sanctionner que celui qui le commet ?
Autre faiblesse de votre raisonnement : vous mettez en vrac dans le même sac une simple opinion (« j’aime pas les gens à peau verte ») et une affirmation non démontrée mais présentée comme une réalité (« les gens à peau verte appartiennent à une race inférieure »). A mettre en parallèle avec le fait qu’une vérité scientifique ne saurait être statufiée. Désolé de vous le faire savoir, mais toute affirmation concernant en particulier la nature d’une chose nécessité qu’elle soit démontrée, et c’est encore plus vrai lorsque cette affirmation est fortement susceptible de provoquer des troubles à l’ordre public, de diffamer, ou de faire du tort à autrui. On ne peut pas laisser quelqu’un diffuser de tels propos, sauf à être capable de les argumenter en suffisance. (Faurisson l’a tenté et l’on a pu constater la médiocrité de son argumentaire). Ce n’est pas limiter la liberté d’expression qu’exiger qu’elle ne procède pas par affirmations gratuites. Tout le monde y gagne : l’exprimant obligé d’étayer ce qu’il dit et le contradicteur ayant alors matière à objecter.
Autre grande faiblesse de votre texte : votre point de vue anti-sioniste, qui n’avait rien à faire ici. Tout ce que vous écrivez semble être dicté par cela, alors qu’en taisant vos préférences vous auriez pu donner dans le consensuel. Vous nous sortez d’intéressantes réflexions d’ordre général sur la liberté, et subitement on s’aperçoit que votre appel à une totale liberté d’expression pourrait bien n’être qu’une légitimation de vos idées sur le sionisme ! Quel dommage !
Pour finir, je précise ce qu’est une quenelle : c’est un aliment petit et tout mou. Essayez de le glisser dans un fondement -y compris bienveillant - et vous m’en direz des nouvelles ! Cela signifie en clair que la quenelle est un aveu d’impuissance de la part d’individus exprimant ce qu’ils aimeraient faire à autrui si la nature ne leur avait joué un vilain tour.
30/01 18:39 - Laurent Dauré
Vous abordez là un point important. Pour ma part je n’ai pas de recettes simples pour (...)
30/01 18:26 - Laurent Dauré
Votre aveuglement sur le FN relève du tour de force intellectuel. Cela dit, l’agressivité (...)
28/01 15:37 - Kiosk
28/01 15:27 - Kiosk
A Logan : Le problème, en fait, c’est que beaucoup confondent liberté et licence. (...)
27/01 19:48 - Gaspard Delanuit
Et vous pensez que la cause palestinienne avance bien sans eux ? Dans 1200 ans, la cause (...)
27/01 17:29 - Laurent Dauré
Pouvez-vous développer un peu votre critique car pour l’instant je n’y vois que des (...)
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