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Commentaire de Qaspard Delanuit

sur Vu de Suède : Charlie Hebdo ou la satire malséante


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Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 19 janvier 2015 18:31

Bonjour Sven-Julien,

Votre article est intéressant et bien écrit. Il m’inspire les commentaires suivants.

1. Il me semble que l’on doit distinguer la liberté d’expression entendue au sens politique (le droit à la liberté d’expression) et la liberté d’expression du point de vue de de la sociabilité et du vivre-ensemble (la courtoisie). Autant je suis farouchement attaché à la plus totale liberté d’expression d’expression possible, autant je pense que celle-ci doit - justement parce qu’elle est légalement permise - être modérée dans son exercice par l’attention à ne pas nuire gratuitement, à ne pas blesser ni offenser sans raison. Je pense que cette distinction est importante. Je ne voudrais pas d’une loi qui m’empêcherait de traiter ma voisine de grosse vache ou de dire à mon collègue qu’il sent le hérisson mouillé, mais je ne m’autorise pas pour autant à blesser quelqu’un avec de tels mots. 

2. J’en viens à votre question : « Peut-on, au nom de la liberté d’expression, publier un contenu qui risque de heurter la sensibilité d’une minorité ? » Je suppose que le verbe « pouvoir » signifie ici « s’autoriser soi-même à ». La réponse dépend évidemment de l’enjeu. Si le but est de blesser pour blesser, c’est « bête et méchant » 
(le slogan ironique de Charlie)... mais au premier degré, donc la réponse est NON. 

3. Et c’est là que votre article est incomplet : il ne parle pas de l’enjeu. Il se trouve qu’il existe un enjeu... et de taille ! Cette enjeu est la civilisation. Nous ne sommes pas seulement entre gens de bonne compagnie n’ayant rien d’autre à faire que de veiller à nos bonnes manières. Si l’islam ne posait aucun problème, si jamais la liberté n’était bafouée en son nom, si personne n’était fouetté, bastonné, défiguré, amputé, réduit en esclavage, menacé, interdit de parole, empêché de faire de l’art ou de simples bonhommes de neige en son nom, alors effectivement, il serait stupide et inutile de tourner cette religion en dérision. Mais il ne faut pas perdre de vue les principales motivations des caricaturistes, de tous les caricaturistes : se moquer de l’oppresseur, réveiller les endormis, protester contre l’inadmissible. 

4. Or, les dessinateurs de Charlie pensaient que la religion islamique est dans le monde un facteur d’oppression et c’est cette oppression qu’ils entendaient dénoncer par la moquerie. Ils ne se sont pas réjouis d’humilier les musulmans juste pour leur faire du mal, mais ils se sentaient le devoir de renverser une idole sanguinaire au nom de laquelle d’abominables crimes se commettent chaque jour. Si l’on ne comprend pas cela, on ne comprend rien à leurs dessins (que l’on peut ensuite apprécier ou non sur le plan esthétique). 


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