« Ou est donc l’inadaptation que vous avancez ? »
L’inadaptation, elle est dans l’évolution du niveau et du
mode de vie des gens. Marx ne connaît qu’un prolo vivant dans un logement insalubre,
moisi, enfumé et mal chauffé, sans eau courante, mangeant de la viande cinq
fois par an, crachant ses poumons à partir de 45 ans et mourant à 50, comptant
sur le salaire de ses gosses de huit ans pour boucler médiocrement des fins de
mois, qui commençaient aux alentours du 15, 50 % de ses revenus étant, au demeurant,
destinés à l’alimentation
Aujourd’hui, le même ne consacre que 15 à 20 % de son
salaire à la nourriture de sa famille, il dispose d’une bagnole, et parfois sa
damnée de la terre d’épouse aussi. S’il ne peut pas passer trois semaines au
bord de la Méditerranée en été, et dix jours à la neige en hiver, c’est parce
qu’il doit finir de payer son appartement en PPE ou sa villa « Ca m’suffit »,
dans la banlieue d’une grande ville ou dans la campagne avoisinante.
Le gamin ne travaille pas avant 18 ou 20 ans, parfois
davantage, ce qui ne l’empêche nullement d’avoir des Nike, une console
Playstation, un MP3, un téléphone portable et une tablette tactile, ainsi que
dans sa chambre, parce qu’il a une chambre pour lui tout seul, un ordinateur et
une télévision.
Et c’est à ces gens que vous allez parler d’esclavage, d’aliénation,
d’émancipation, de propriété collective des moyens de production, dont ils n’ont
rien à foutre, parce qu’ils se rendent
bien compte qu’en passant d’un système à l’autre, leur condition reste
rigoureusement la même (métro-boulot-dodo), peut-être bien avec un rab’ de bien-être,
lié à la consommation, dans le premier cas de figure.
« J’ai souvenance que le discours d’une autre
doctrine, beaucoup plus ancienne est le même, elle y ajoute même
l’amour, cela ne vous rappelle t’il rien ? »
Si, si, mais je n’en suis
pas non plus.